

Pascal Bardoux
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Il y a presque un an, je me réjouissais comme ministre de la Santé que la loi infirmière ait été adoptée à l'unanimité des deux chambres. C'est rare, et ce n'est pas un hasard : elle répondait à un impératif partagé par tous, améliorer l'accès aux soins pour les patients les plus fragiles et les personnes en perte d'autonomie. Son cœur : reconnaître pleinement la consultation infirmière, dans un triptyque clair : diagnostic infirmier, prescription, orientation en ville comme à l'hôpital, dans un cadre coordonné. L'objectif était de permettre un accès direct et rapide aux infirmiers, sans délai, pour ceux qui en ont le plus besoin. Dès l'adoption, j'ai voulu lancer le chantier de l'application, des négociations conventionnelles et, avant d'être freiné par le comité d'alerte ONDAM, souhaité donner de la visibilité sur les revalorisations tarifaires. L'avenant 11 a été signé. Dont acte. C'est une bonne chose que les négociations aboutissent plutôt que de laisser la profession dans le vide plus longtemps encore. Les organisations syndicales ont fait ce qu'elles pouvaient avec ce qu'on leur proposait, du mieux que rien. Mais soyons honnêtes sur ce que "mieux que rien" veut dire concrètement. Le gain annuel moyen est estimé à 4 315 euros par infirmier libéral, soit 360 euros par mois, en chiffre d'affaires, avant déduction des charges. En période d'inflation, avec des charges qui ont bondi, on parle en réalité de l'ordre de 150 euros nets mensuels pour des professionnels dont les responsabilités, elles, ont considérablement augmenté. Le revenu net des infirmiers libéraux a reculé de 7,7 % en euros constants depuis 2008, alors que la part des charges est passée de 43 % à plus de 50 %. C'est dans ce contexte que l'on parle de revalorisation. Ce qui me préoccupe surtout au-delà des chiffres, c'est le déploiement des compétences infirmières. Il se fait lentement et pas dans l'esprit de la loi. Cette loi voulait quelque chose de plus ambitieux : une reconnaissance globale du rôle infirmier, pas un empilement de petites avancées au compte-gouttes. La trajectoire proposée reste en dessous de l'inflation. Ce n'est pas ainsi qu'on retient une profession qui, comme tous les indicateurs récents le montrent, commence à vouloir raccrocher : un infirmier sur trois se dit aujourd'hui prêt à quitter son métier. Face au virage ambulatoire, face à l'augmentation inéluctable des maladies chroniques et des besoins de soins de proximité, 6 millions de Françaises et de Français n'ont pas de médecin généraliste, et d'ici 2060, une personne sur trois aura plus de 60 ans. [SUITE EN COMMENTAIRE]






