Litsani Choukran@LitsaniChoukran
Urbanisation chaotique à l’Est de Kinshasa: les erreurs de la partie ouest répétées!
En s’éloignant du centre de Kinshasa vers l’Est, au-delà de l’aéroport international de N’djili, on assiste à une expansion urbaine anarchique qui reproduit les mêmes erreurs observées à l’Ouest, notamment à Kintambo, Bandalungwa et Lingwala. Dans les zones de la Nsele et de Maluku, chacun bâtit selon ses moyens et ses envies, sans respect d’aucune norme d’urbanisme, de densité, ni de cohérence fonctionnelle. Cette absence totale de planification compromet dès à présent le futur de cette partie stratégique de la capitale.
Le boulevard Lumumba, artère vitale reliant l’Est de Kinshasa au centre-ville, est déjà saturé sur plusieurs tronçons. À mesure que l’urbanisation s’étend sans schéma directeur, l’accès devient impraticable, les réseaux de drainage inexistants et la gestion des eaux pluviales problématique. Sans corridors de transport planifiés ni réserves d’emprise pour les futurs réseaux (eau, électricité, fibre optique, assainissement), la configuration urbaine en gestation condamne ces communes à une congestion chronique et à des coûts d’infrastructure exponentiels dans les prochaines décennies.
La prolifération d’habitations sur des terrains non viabilisés, souvent situés en zones inondables ou instables, accroît les risques d’effondrement et d’érosion. L’absence de trame orthogonale, de zonage fonctionnel (résidentiel, commercial, industriel) et d’espaces verts compromet toute logique d’aménagement durable. Le tissu urbain se fragmente, entraînant une ségrégation spatiale, une perte de valeur foncière et une insécurité foncière chronique.
Il est urgent que l’État congolais décrète un moratoire sur tout nouveau lotissement à la Nsele et à Maluku, le temps de concevoir un plan d’aménagement urbain global et cohérent. Ce plan devrait :
•établir un cadastre exhaustif des parcelles déjà occupées ;
•définir des zones prioritaires de développement selon la capacité portante du sol, l’accessibilité et les contraintes environnementales ;
•planifier les infrastructures de base (voirie, assainissement, réseaux techniques, espaces publics) avant toute délivrance de permis de construire ;
•intégrer des modèles d’urbanisation modernes, inspirés des expériences réussies d’Afrique australe et d’Afrique de l’Ouest (pôles satellites, écoquartiers, plan de mobilité).
Kinshasa doit sortir du cycle infernal du bricolage urbanistique. La capitale a besoin d’un organe métropolitain de planification, doté d’un pouvoir réel de contrôle et de coordination entre les communes, les services fonciers, et les opérateurs privés. La mise en œuvre d’un Système d’Information Géographique (SIG) urbain permettrait de suivre en temps réel l’évolution des occupations du sol et d’empêcher les constructions illégales.
Litsani Choukran