Faraj Alexandre Rifai פרג’ אלכסנדר ריפאעי 🇫🇷@AlexandreRifai
Syrie : Macron, le blanchisseur des héritiers d’Ibn Taymiyya
Je vous ai parlé du Salon du livre qui se tenait à Damas pendant la visite de @jnbarrot.
Je vous ai parlé de l’un des ouvrages mis à l’honneur lors de ce salon, pour lequel des centaines de jeunes Syriens faisaient la queue afin de l’acheter : le livre d’Ibn Taymiyya.
Lisez ce qu’il y écrit : il appelle à la mise à mort des Druzes et des Alaouites (Nusayris), où qu’ils se trouvent.
Les écrits de ce cheikh constituent une référence doctrinale pour de nombreux courants djihadistes.
Rappelez-vous les massacres des Alaouites en mars 2025 : des appels au meurtre ont été diffusés dans des mosquées à travers toute la Syrie. Des convois de pick-up sont alors partis de différentes régions du pays pour s’en prendre aux Alaouites. L’armée officielle a, au minimum, laissé faire. De nombreuses milices présentes au sein de cette armée, imprégnées de la pensée d’Ibn Taymiyya, auraient participé à ces massacres.
Le même phénomène s’est reproduit contre les Druzes. Je vous ai montré des témoignages dans lesquels des miliciens djihadistes affirmaient vouloir aller tuer les Druzes, qualifiés de « chiens des Juifs ».
Cette pensée est loin d’être marginale en Syrie. Elle est profondément enracinée dans une partie des milices qui ont accompagné Ahmed al-Charaa à Idleb puis lors de sa « conquête de Damas, capitale des Omeyyades » — une formule qui, pour beaucoup de ses partisans, renvoie à une victoire du sunnisme.
Je le dis depuis le début et je l’explique dans mon livre « L’islamisme reconditionné » : la chute de la dictature sanglante d’Assad est perçue par de nombreux islamistes, en Syrie comme dans le monde arabe, non comme la défaite d’un dictateur, mais comme la victoire des sunnites sur les « kouffars » et sur les minorités, notamment alaouites et druzes.
Elle a été mise en scène comme une conquête islamique, la revanche symbolique des Omeyyades sur ceux qui ne partagent pas leur vision religieuse.
Et l’Occident, selon moi, contribue à légitimer cette lecture en accordant une reconnaissance politique et soutien financier massif à ce pouvoir avant d’exiger des garanties réelles.
Emmanuel Macron, en étant le premier dirigeant occidental à offrir cette reconnaissance politique, a participé à cette normalisation.
À mes yeux, il a servi de premier agent de communication d’un projet porté par d’anciens djihadistes, aujourd’hui présentés sous un visage plus respectable, en costume et cravate.
Je le répète depuis des mois : oui, il faut aider la Syrie. Mais ce que font Emmanuel Macron, Donald Trump et une partie de l’Occident, à mes yeux naïf et déconnecté des réalités idéologiques, revient à pousser la Syrie dans les bras d’un projet islamiste et djihadiste qui finira par se retourner contre ceux qui l’auront encouragé.
Je vous le redis : cette idéologie demeure très présente au sein des milices qui entourent Ahmed al-Charaa.
Lorsque le président Macron a signé le registre des visiteurs de la mosquée des Omeyyades, il a posé un geste hautement symbolique. À mes yeux, ce geste a été perçu comme une forme de légitimation d’un pouvoir dont une partie des soutiens continue de se référer à une vision profondément hostile aux minorités.
Non, Monsieur Macron @EmmanuelMacron. Pas bravo.
Votre politique en Syrie, selon moi, ne protège ni les Syriens, ni les minorités, ni les intérêts de la France. Elle risque au contraire d’aggraver durablement la situation.