Sébastien Tertrais@stertrais
Voici une transcription intégrale du discours prononcé par le vice-Président américain JD Vance lors de la Conférence de Munich sur la sécurité ce vendredi 14 février 2025 aprÚs-midi.
Il est important que chacun puisse y avoir accĂšs, car j'observe que plusieurs des vĂ©ritĂ©s implacables qu'il a Ă©voquĂ©es, et que nous sommes trĂšs nombreux Ă partager, gĂȘnent une partie de la doxa et de la classe politique actuelle, et pas la meilleure.
JD Vance :
Lâune des choses dont je voulais parler aujourdâhui, câest bien sĂ»r nos valeurs communes. Et vous savez, câest formidable dâĂȘtre de retour en Allemagne. Comme vous lâavez entendu plus tĂŽt, jâĂ©tais ici lâannĂ©e derniĂšre en tant que sĂ©nateur des Ătats-Unis. Jâai rencontrĂ© le ministre des Affaires Ă©trangĂšres David Lammy et jâai plaisantĂ© en disant que lâannĂ©e derniĂšre, nous avions tous deux des emplois diffĂ©rents de ceux que nous avons aujourdâhui. Mais il est dĂ©sormais temps pour tous nos pays, pour nous tous qui avons eu la chance de nous voir confier le pouvoir politique par nos peuples respectifs, de lâutiliser Ă bon escient pour amĂ©liorer leurs conditions de vie.
Je tiens Ă dire que j'ai eu la chance de passer ces derniĂšres 24 heures en dehors des murs de cette confĂ©rence et j'ai Ă©tĂ© trĂšs impressionnĂ© par l'hospitalitĂ© des gens, mĂȘme s'ils se remettent bien sĂ»r de l'horrible attaque d'hier. La premiĂšre fois que je suis venu Ă Munich, c'Ă©tait avec ma femme, qui est ici avec moi aujourd'hui, dans le cadre d'un voyage personnel. J'ai toujours aimĂ© la ville de Munich et j'ai toujours aimĂ© ses habitants.
Je tiens Ă vous dire que nous sommes trĂšs touchĂ©s et que nos pensĂ©es et nos priĂšres vont Ă Munich et Ă tous ceux qui sont touchĂ©s par le mal infligĂ© Ă cette belle communautĂ©. Nous pensons Ă vous, nous prions pour vous et nous serons certainement de tout cĆur avec vous dans les jours et les semaines Ă venir.
Nous nous rĂ©unissons Ă cette confĂ©rence, bien sĂ»r, pour discuter de sĂ©curitĂ©. Et nous parlons gĂ©nĂ©ralement des menaces qui pĂšsent sur notre sĂ©curitĂ© extĂ©rieure. Je vois de nombreux, trĂšs nombreux chefs militaires de renom rĂ©unis ici aujourdâhui. Mais si lâadministration Trump est trĂšs prĂ©occupĂ©e par la sĂ©curitĂ© europĂ©enne et estime que nous pouvons parvenir Ă un accord raisonnable entre la Russie et lâUkraine â et nous pensons Ă©galement quâil est important que lâEurope prenne des mesures importantes dans les annĂ©es Ă venir pour assurer sa propre dĂ©fense â la menace qui mâinquiĂšte le plus vis-Ă -vis de lâEurope nâest pas la Russie, ni la Chine, ni aucun autre acteur extĂ©rieur. Ce qui mâinquiĂšte, câest la menace qui vient de lâintĂ©rieur. Le retrait de lâEurope de certaines de ses valeurs les plus fondamentales : des valeurs partagĂ©es avec les Ătats-Unis dâAmĂ©rique.
J'ai Ă©tĂ© frappĂ© par la rĂ©cente intervention Ă la tĂ©lĂ©vision d'un ancien commissaire europĂ©en qui s'est rĂ©joui de l'annulation par le gouvernement roumain d'une Ă©lection. Il a prĂ©venu que si les choses ne se dĂ©roulaient pas comme prĂ©vu, la mĂȘme chose pourrait se produire en Allemagne.
Ces dĂ©clarations dĂ©sinvoltes sont choquantes pour les oreilles des AmĂ©ricains. Depuis des annĂ©es, on nous rĂ©pĂšte que tout ce que nous finançons et soutenons est fait au nom de nos valeurs dĂ©mocratiques communes. De notre politique Ă lâĂ©gard de lâUkraine Ă la censure numĂ©rique, tout est prĂ©sentĂ© comme une dĂ©fense de la dĂ©mocratie. Mais lorsque nous voyons des tribunaux europĂ©ens annuler des Ă©lections et de hauts responsables menacer dâen annuler dâautres, nous devrions nous demander si nous nous tenons Ă des normes suffisamment Ă©levĂ©es. Et je dis bien nous-mĂȘmes, car je crois fondamentalement que nous sommes dans la mĂȘme Ă©quipe.
Nous devons faire plus que parler des valeurs dĂ©mocratiques. Nous devons les vivre. Aujourdâhui, de mĂ©moire dâhomme, la guerre froide a placĂ© les dĂ©fenseurs de la dĂ©mocratie face Ă des forces bien plus tyranniques sur ce continent. Et pensez Ă ceux qui, dans cette lutte, ont censurĂ© les dissidents, fermĂ© les Ă©glises, annulĂ© les Ă©lections. Ătaient-ils les bons ? Certainement pas.
Et Dieu merci, ils ont perdu la guerre froide. Ils l'ont perdue parce qu'ils n'ont ni valorisé ni respecté tous les bienfaits extraordinaires de la liberté, la liberté de surprendre, de faire des erreurs, d'inventer, de construire. Il s'avÚre qu'on ne peut pas imposer l'innovation ou la créativité, tout comme on ne peut pas forcer les gens à penser, à ressentir ou à croire. Et nous pensons que ces choses sont certainement liées. Et malheureusement, quand je regarde l'Europe aujourd'hui, je ne sais pas toujours trÚs bien ce qui est arrivé à certains des vainqueurs de la guerre froide.
Si vous vous présentez par peur de vos propres électeurs, l'Amérique ne peut rien faire pour vous.
Je pense Ă Bruxelles, oĂč les commissaires de la Commission europĂ©enne ont averti les citoyens qu'ils avaient l'intention de fermer les rĂ©seaux sociaux en cas de troubles civils : dĂšs qu'ils repĂ©reraient ce qu'ils jugeaient ĂȘtre un « contenu haineux ». Ou Ă ce mĂȘme pays, oĂč la police a menĂ© des descentes contre des citoyens soupçonnĂ©s d'avoir publiĂ© des commentaires antifĂ©ministes en ligne dans le cadre de la « lutte contre la misogynie » sur Internet.
Je pense Ă la SuĂšde, oĂč le gouvernement a condamnĂ© il y a deux semaines un militant chrĂ©tien pour avoir participĂ© Ă l'autodafĂ© de Corans qui a conduit au meurtre de son ami. Et comme le juge l'a fait remarquer de maniĂšre effrayante, les lois suĂ©doises censĂ©es protĂ©ger la libertĂ© d'expression ne donnent pas, en rĂ©alitĂ©, un « laissez-passer » pour faire ou dire n'importe quoi sans risquer d'offenser le groupe qui professe cette croyance.
Et ce qui mâinquiĂšte le plus, câest peut-ĂȘtre le cas de nos chers amis, le Royaume-Uni, oĂč le recul des droits de conscience a mis en pĂ©ril les libertĂ©s fondamentales des Britanniques religieux en particulier. Il y a un peu plus de deux ans, le gouvernement britannique a accusĂ© Adam Smith Conner, un physiothĂ©rapeute de 51 ans et ancien combattant de lâarmĂ©e, du crime odieux dâavoir priĂ© en silence pendant trois minutes Ă 50 mĂštres dâune clinique dâavortement, sans gĂȘner personne, sans interagir avec personne, mais en priant seul en silence. AprĂšs que les forces de lâordre britanniques lâont repĂ©rĂ© et lui ont demandĂ© pourquoi il priait, Adam a simplement rĂ©pondu que câĂ©tait au nom de son fils Ă naĂźtre.
Lui et son ancienne petite amie avaient déjà avorté des années auparavant. Mais les policiers n'ont pas bougé. Adam a été reconnu coupable d'avoir enfreint la nouvelle loi sur les zones tampons, qui criminalise la priÚre silencieuse et d'autres actions susceptibles d'influencer la décision d'une personne à moins de 200 mÚtres d'un centre d'avortement. Il a été condamné à payer des milliers de livres sterling de frais de justice au ministÚre public.
Jâaimerais pouvoir dire quâil sâagit dâun hasard, dâun exemple unique et insensĂ© dâune loi mal rĂ©digĂ©e adoptĂ©e contre une seule personne. Mais non. En octobre dernier, il y a quelques mois Ă peine, le gouvernement Ă©cossais a commencĂ© Ă distribuer des lettres aux citoyens dont les maisons se trouvent dans des zones dâaccĂšs dites sĂ»res, les avertissant que mĂȘme la priĂšre privĂ©e dans leur propre maison peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une infraction Ă la loi. Naturellement, le gouvernement a exhortĂ© les lecteurs Ă signaler tout concitoyen soupçonnĂ© dâĂȘtre coupable de dĂ©lit de pensĂ©e en Grande-Bretagne et dans toute lâEurope.
La libertĂ© dâexpression, je le crains, est en recul et, dans lâintĂ©rĂȘt de la comĂ©die, mes amis, mais aussi dans lâintĂ©rĂȘt de la vĂ©ritĂ©, je dois admettre que parfois les voix les plus fortes en faveur de la censure ne viennent pas dâEurope, mais de mon propre pays, oĂč lâadministration prĂ©cĂ©dente a menacĂ© et intimidĂ© les sociĂ©tĂ©s de mĂ©dias sociaux pour quâelles censurent ce quâon appelle la dĂ©sinformation. De la dĂ©sinformation, comme par exemple lâidĂ©e que le coronavirus avait probablement fuitĂ© dâun laboratoire en Chine. Notre propre gouvernement a encouragĂ© les entreprises privĂ©es Ă faire taire les personnes qui osaient dire ce qui sâest avĂ©rĂ© ĂȘtre une vĂ©ritĂ© Ă©vidente.
Je ne viens donc pas ici avec une simple observation, mais avec une proposition. Et tout comme lâadministration Biden semblait dĂ©sespĂ©rĂ©e de faire taire les gens qui sâexprimaient, lâadministration Trump fera exactement le contraire, et jâespĂšre que nous pourrons travailler ensemble sur ce sujet.
Ă Washington, un nouveau shĂ©rif est en poste. Sous la direction de Donald Trump, nous pouvons ĂȘtre en dĂ©saccord avec vos opinions, mais nous nous battrons pour dĂ©fendre votre droit de les exprimer sur la place publique. Aujourdâhui, la situation est devenue si mauvaise quâen dĂ©cembre dernier, la Roumanie a purement et simplement annulĂ© les rĂ©sultats dâune Ă©lection prĂ©sidentielle sur la base des soupçons fragiles dâune agence de renseignement et dâune Ă©norme pression de ses voisins continentaux. Si jâai bien compris, lâargument Ă©tait que la dĂ©sinformation russe avait infectĂ© les Ă©lections roumaines. Mais je demanderais Ă mes amis europĂ©ens de prendre du recul. Vous pouvez croire que câest mal pour la Russie dâacheter des publicitĂ©s sur les rĂ©seaux sociaux pour influencer vos Ă©lections. Nous le pensons certainement. Vous pouvez mĂȘme condamner cela sur la scĂšne internationale. Mais si votre dĂ©mocratie peut ĂȘtre dĂ©truite avec quelques centaines de milliers de dollars de publicitĂ© numĂ©rique provenant dâun pays Ă©tranger, alors elle nâĂ©tait pas trĂšs solide au dĂ©part.
La bonne nouvelle, câest que je pense que vos dĂ©mocraties sont bien moins fragiles que beaucoup de gens le craignent.
Croire en la démocratie, c'est comprendre que chacun de nos citoyens a de la sagesse et a une voix
Je crois vraiment que permettre Ă nos citoyens de sâexprimer les rendra encore plus forts. Ce qui nous ramĂšne bien sĂ»r Ă Munich, oĂč les organisateurs de cette confĂ©rence ont interdit aux parlementaires reprĂ©sentant les partis populistes de gauche comme de droite de participer Ă ces discussions. Nous ne sommes pas obligĂ©s dâĂȘtre dâaccord avec tout ce que disent les gens. Mais lorsque les dirigeants politiques reprĂ©sentent un groupe important, il nous incombe au moins de participer au dialogue avec eux.
Aujourdâhui, pour beaucoup dâentre nous de lâautre cĂŽtĂ© de lâAtlantique, cela ressemble de plus en plus Ă de vieux intĂ©rĂȘts bien ancrĂ©s se cachant derriĂšre des termes laids de lâĂšre soviĂ©tique comme « mĂ©sinformation » et « dĂ©sinformation », qui nâaiment tout simplement pas lâidĂ©e que quelquâun avec un point de vue alternatif puisse exprimer une opinion diffĂ©rente ou, Dieu nous en prĂ©serve, voter diffĂ©remment, ou pire encore, gagner une Ă©lection.
Il sâagit dâune confĂ©rence sur la sĂ©curitĂ© et je suis sĂ»r que vous ĂȘtes tous venus ici prĂ©parĂ©s Ă parler de la maniĂšre dont vous comptez augmenter les dĂ©penses de dĂ©fense au cours des prochaines annĂ©es, conformĂ©ment Ă un nouvel objectif. Et câest formidable, car comme le prĂ©sident Trump lâa clairement indiquĂ©, il estime que nos amis europĂ©ens doivent jouer un rĂŽle plus important dans lâavenir de ce continent. Nous ne pensons pas que vous entendiez ce terme de « partage des charges », mais nous pensons quâil est important que les EuropĂ©ens intensifient leurs efforts tandis que lâAmĂ©rique se concentre sur les rĂ©gions du monde qui sont en grand danger.
Mais permettez-moi de vous demander comment vous allez commencer à réfléchir aux questions budgétaires si nous ne savons pas ce que nous défendons en premier lieu. J'ai déjà entendu beaucoup de choses au cours de mes conversations et j'ai eu de trÚs nombreuses conversations intéressantes avec de nombreuses personnes réunies ici dans cette salle. J'ai beaucoup entendu parler de ce contre quoi vous devez vous défendre, et bien sûr, c'est important. Mais ce qui m'a semblé un peu moins clair, et certainement à de nombreux citoyens européens, c'est ce pour quoi vous vous défendez exactement. Quelle est la vision positive qui anime ce pacte de sécurité partagé que nous considérons tous comme si important ?
Je crois profondĂ©ment quâil nây a pas de sĂ©curitĂ© si lâon a peur des voix, des opinions et de la conscience qui guident son propre peuple. LâEurope est confrontĂ©e Ă de nombreux dĂ©fis. Mais la crise Ă laquelle ce continent est confrontĂ© en ce moment, la crise Ă laquelle nous sommes tous confrontĂ©s ensemble, je crois, est une crise que nous avons nous-mĂȘmes provoquĂ©e. Si vous vous prĂ©sentez dans la peur de vos propres Ă©lecteurs, lâAmĂ©rique ne peut rien faire pour vous. Et dâailleurs, vous ne pouvez rien faire pour le peuple amĂ©ricain qui mâa Ă©lu et qui a Ă©lu le prĂ©sident Trump. Vous avez besoin de mandats dĂ©mocratiques pour accomplir quoi que ce soit de valable dans les annĂ©es Ă venir.
Nâavons-nous pas appris que des mandats trop restrictifs produisent des rĂ©sultats instables ? Pourtant, il y a tant de choses qui peuvent ĂȘtre accomplies avec le type de mandat dĂ©mocratique qui, je pense, rĂ©sultera dâune plus grande rĂ©activitĂ© aux voix de vos citoyens. Si vous voulez profiter dâĂ©conomies compĂ©titives, dâune Ă©nergie abordable et de chaĂźnes dâapprovisionnement sĂ»res, vous avez besoin de mandats pour gouverner, car vous devez faire des choix difficiles pour profiter de toutes ces choses.
Et bien sĂ»r, nous le savons trĂšs bien. Aux Ătats-Unis, on ne peut pas gagner un mandat dĂ©mocratique en censurant ses adversaires ou en les mettant en prison. Qu'il s'agisse du chef de l'opposition, d'un humble chrĂ©tien priant chez lui ou d'un journaliste essayant de rapporter l'actualitĂ©. On ne peut pas non plus gagner un mandat dĂ©mocratique en ignorant son Ă©lectorat de base sur des questions comme celle de savoir qui a le droit de faire partie de notre sociĂ©tĂ© commune.
Parmi tous les dĂ©fis urgents auxquels sont confrontĂ©es les nations reprĂ©sentĂ©es ici, je pense quâil nây en a pas de plus urgent que la migration de masse. Aujourdâhui, prĂšs dâune personne sur cinq vivant dans ce pays a immigrĂ© de lâĂ©tranger. Il sâagit, bien sĂ»r, dâun chiffre record. Câest dâailleurs un chiffre similaire aux Ătats-Unis, Ă©galement un record historique. Le nombre dâimmigrants entrĂ©s dans lâUE en provenance de pays tiers a doublĂ© entre 2021 et 2022 seulement. Et bien sĂ»r, il a beaucoup augmentĂ© depuis.
Et nous connaissons la situation. Elle ne s'est pas matĂ©rialisĂ©e dans le vide. C'est le rĂ©sultat d'une sĂ©rie de dĂ©cisions conscientes prises par des hommes politiques de tout le continent et d'autres pays du monde entier, au cours d'une dĂ©cennie. Nous avons vu les horreurs provoquĂ©es par ces dĂ©cisions hier dans cette mĂȘme ville. Et bien sĂ»r, je ne peux pas Ă©voquer Ă nouveau ce sujet sans penser aux terribles victimes qui ont vu une belle journĂ©e d'hiver Ă Munich gĂąchĂ©e. Nos pensĂ©es et nos priĂšres les accompagnent et resteront avec elles. Mais pourquoi tout cela est-il arrivĂ© en premier lieu ?
Câest une histoire terrible, mais nous lâavons entendue trop souvent en Europe, et malheureusement trop souvent aux Ătats-Unis Ă©galement. Un demandeur dâasile, souvent un jeune homme dâune vingtaine dâannĂ©es, dĂ©jĂ connu de la police, a foncĂ© dans une foule et a brisĂ© une communautĂ©. LâunitĂ©. Combien de fois devrons-nous subir ces revers effroyables avant de changer de cap et de donner Ă notre civilisation commune une nouvelle direction ? Aucun Ă©lecteur sur ce continent nâest allĂ© aux urnes pour ouvrir les vannes Ă des millions dâimmigrĂ©s non contrĂŽlĂ©s. Mais vous savez pour quoi ils ont votĂ© ? En Angleterre, ils ont votĂ© pour le Brexit. Et quâils soient dâaccord ou non, ils ont votĂ© pour. Et de plus en plus de gens partout en Europe votent pour des dirigeants politiques qui promettent de mettre fin Ă une migration incontrĂŽlable. Il se trouve que je suis dâaccord avec beaucoup de ces prĂ©occupations, mais vous nâĂȘtes pas obligĂ© dâĂȘtre dâaccord avec moi.
Je pense simplement que les gens se soucient de leur maison, de leurs rĂȘves, de leur sĂ©curitĂ© et de leur capacitĂ© Ă subvenir Ă leurs besoins et Ă ceux de leurs enfants.
Et ils sont intelligents. Je pense que c'est l'une des choses les plus importantes que j'ai apprises au cours de ma brĂšve carriĂšre politique. Contrairement Ă ce que l'on pourrait entendre Ă quelques montagnes de Davos, les citoyens de nos pays ne se considĂšrent gĂ©nĂ©ralement pas comme des animaux Ă©duquĂ©s ou comme des rouages ââinterchangeables de l'Ă©conomie mondiale. Il n'est donc pas surprenant qu'ils ne souhaitent pas ĂȘtre bousculĂ©s ou ignorĂ©s sans relĂąche par leurs dirigeants. Et c'est le rĂŽle de la dĂ©mocratie de trancher ces grandes questions lors des urnes.
Acceptez ce que vos gens vous disent, mĂȘme si c'est surprenant, mĂȘme si vous n'ĂȘtes pas d'accord
Je crois que le fait de rejeter les gens, de faire fi de leurs prĂ©occupations ou, pire encore, de bloquer les mĂ©dias, dâempĂȘcher les Ă©lections ou dâexclure les gens du processus politique ne protĂšge rien. En fait, câest le moyen le plus sĂ»r de dĂ©truire la dĂ©mocratie. Sâexprimer et exprimer ses opinions nâest pas une ingĂ©rence Ă©lectorale. MĂȘme lorsque des personnes expriment des opinions en dehors de votre propre pays, et mĂȘme lorsque ces personnes sont trĂšs influentes â et croyez-moi, je dis cela avec humour â si la dĂ©mocratie amĂ©ricaine peut survivre Ă dix ans de rĂ©primandes de Greta Thunberg, vous pouvez survivre Ă quelques mois dâElon Musk.
Mais aucune dĂ©mocratie, quâelle soit amĂ©ricaine, allemande ou europĂ©enne, ne survivra Ă lâidĂ©e de dire Ă des millions dâĂ©lecteurs que leurs pensĂ©es et leurs prĂ©occupations, leurs aspirations, leurs appels Ă lâaide, ne sont pas valables ou ne mĂ©ritent mĂȘme pas dâĂȘtre pris en considĂ©ration.
La dĂ©mocratie repose sur le principe sacrĂ© selon lequel la voix du peuple compte. Il nây a pas de place pour les pare-feu. Soit on respecte ce principe, soit on ne le fait pas. Les EuropĂ©ens, les citoyens ont voix au chapitre. Les dirigeants europĂ©ens ont le choix. Et je suis fermement convaincu que nous nâavons pas Ă avoir peur de lâavenir.
Acceptez ce que votre peuple vous dit, mĂȘme si c'est surprenant, mĂȘme si vous n'ĂȘtes pas d'accord. Et si vous le faites, vous pourrez affronter l'avenir avec certitude et confiance, sachant que la nation est derriĂšre chacun de vous. Et c'est lĂ , pour moi, la grande magie de la dĂ©mocratie. Elle ne rĂ©side pas dans ces bĂątiments en pierre ou dans ces beaux hĂŽtels. Elle ne rĂ©side mĂȘme pas dans les grandes institutions que nous avons bĂąties ensemble en tant que sociĂ©tĂ© commune.
Croire en la dĂ©mocratie, c'est comprendre que chacun de nos citoyens est dotĂ© de sagesse et a une voix. Et si nous refusons d'Ă©couter cette voix, mĂȘme nos combats les plus victorieux n'aboutiront Ă rien. Comme l'a dit un jour le pape Jean-Paul II, Ă mon avis l'un des plus extraordinaires dĂ©fenseurs de la dĂ©mocratie sur ce continent ou sur tout autre, « n'ayez pas peur ». Nous ne devons pas avoir peur de nos citoyens, mĂȘme lorsqu'ils expriment des opinions qui ne sont pas celles de leurs dirigeants. Merci Ă tous. Bonne chance Ă vous tous. Que Dieu vous bĂ©nisse.