Ze Clint@ZeClint
Depuis quelque temps, on entend de plus en plus souvent des propos du type :
« Il faut baisser les retraites de ces boomers ».
Derrière cette phrase, il y a une réalité : notre système de retraites est sous tension.
Le vieillissement de la population, la baisse du nombre d’actifs par rapport aux retraités, et les déséquilibres démographiques rendent la situation objectivement difficile à long terme.
Sur le plan strictement mathématique, il est donc logique de s’interroger sur le niveau des retraites et leur évolution.
Mais transformer ce débat en opposition frontale entre générations est une erreur profonde.
D’abord, parce que cela repose sur une caricature.
Les retraités ne forment pas un bloc homogène de « privilégiés ». Il existe des écarts considérables : entre petites pensions et retraites très élevées, entre carrières complètes et parcours précaires. Une baisse uniforme serait non seulement injuste, mais socialement dangereuse, en exposant les plus fragiles à la pauvreté.
Ensuite, parce que la violence du discours est contre-productive.
Insulter ou stigmatiser une génération entière ne crée ni adhésion ni solution. Au contraire, cela fracture davantage la société et rend toute réforme encore plus difficile à accepter.
Mais il y a aussi des angles morts dans ce débat.
D’une part, les inégalités internes au système.
Aujourd’hui encore, il existe des écarts significatifs entre certaines retraites du secteur public et celles du secteur privé, liés notamment aux modes de calcul, aux régimes spécifiques ou aux règles historiques.
Cette distorsion est perçue comme injuste par beaucoup, en particulier lorsque, à carrière et niveau de responsabilité comparables, les niveaux de pension peuvent différer sensiblement.
Ignorer ces déséquilibres tout en appelant à des efforts globaux ne peut que renforcer le sentiment d’injustice.
Avant de demander des sacrifices indistincts, il est indispensable de traiter ces incohérences structurelles pour rétablir une forme d’équité entre les citoyens.
D’autre part, la structure même de notre modèle.
La France repose très largement sur un système par répartition, où les actifs financent directement les retraités. Ce modèle a longtemps fonctionné, mais il devient de plus en plus fragile dans un contexte de vieillissement démographique.
C’est pourquoi il devient nécessaire d’ouvrir sérieusement la question de la capitalisation, non pas en remplacement, mais en complément.
Développer progressivement des mécanismes de capitalisation permettrait :
De diversifier les sources de financement des retraites
De réduire la pression exclusive sur les actifs
De donner plus de visibilité et de stabilité à long terme
Mais il y a aussi un enjeu économique majeur derrière cette question.
L’absence relative de capitalisation en France prive en partie nos entreprises de financements longs et stables.
Beaucoup d’entre elles se tournent alors vers des investisseurs étrangers, notamment des fonds internationaux, pour se financer, faute de ressources suffisantes au niveau national.
Renforcer la capitalisation, c’est donc aussi :
Soutenir le financement de l’économie réelle
Favoriser l’investissement de long terme
Réduire une forme de dépendance vis-à-vis de capitaux extérieurs
Là encore, il ne s’agit pas d’opposer les modèles, mais de construire un équilibre plus robuste.
Cela ne signifie pas qu’il ne faut rien faire sur les retraites actuelles.
Mais cela implique de faire les choses intelligemment :
Adapter les mesures au niveau réel des retraites, et non appliquer des coupes aveugles
Protéger strictement les pensions modestes
Faire contribuer davantage les retraites les plus élevées, dans une logique d’équité
Corriger progressivement les écarts injustifiés entre régimes
Dans le même temps, il serait tout aussi irresponsable de faire porter l’essentiel de l’effort sur les actifs.
Avec une démographie dégradée, une pression fiscale déjà élevée et des conditions économiques parfois tendues, leur demander toujours plus reviendrait à fragiliser encore davantage le socle productif du pays.
Mais il y a un point souvent évité dans ce débat : la question de l’exemplarité.
Comment justifier des sacrifices, qu’ils concernent les retraités ou les actifs, si dans le même temps certaines dépenses publiques peu efficaces, mal évaluées ou difficilement justifiables perdurent ?
Demander des efforts sans remettre en question les gaspillages ou les arbitrages discutables crée un sentiment d’injustice profond. Et sans sentiment de justice, aucune réforme durable n’est possible.
Si l’on veut que les retraités acceptent des ajustements, si l’on veut que les actifs continuent à porter le système, alors il faut être irréprochable ailleurs :
Prioriser les dépenses réellement utiles
Évaluer sérieusement l’efficacité des politiques publiques
Supprimer ce qui ne fonctionne pas ou n’est pas justifié
Au fond, le vrai choix n’est pas entre « actifs » et « retraités », ni entre « public » et « privé », ni même entre « répartition » et « capitalisation ».
Le vrai choix est entre une logique de confrontation, simple mais stérile, et une logique d’équilibre, plus exigeante mais nécessaire.
Opposer les groupes entre eux, c’est facile.
Construire un système juste, cohérent et durable, c’est beaucoup plus difficile.
Mais c’est la seule voie responsable.