Eugénie Bastié@EugenieBastie
Raconter Jean Luchaire, homme de centre gauche, humaniste, pacifiste, entraîné par son pacifisme dans la réconciliation franco-allemande puis dans la Collaboration, c’est un choix audacieux.
Mais attention à ne pas tordre le sens du film. Il est aussi absurde de dire que ce film est complaisant avec le fascisme que d’affirmer qu’il prouve que la collaboration fut de gauche. Ceux qui s’en servent pour réécrire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale se trompent.
Bien sûr, il y eut des collaborateurs venus de la gauche, Pierre Laval en tête. Simon Epstein a montré, dans Un paradoxe français, qu’il y eut des philosémites à Vichy comme des antisémites dans la Résistance. Mais ce ne furent pas les plus nombreux.
La grande force de Giannoli, c’est précisément de ne pas raconter cette histoire en noir et blanc. Il montre le glissement progressif d’un pacifiste vers la compromission, puis vers la Collaboration, sous l’effet de la faiblesse, de l’ambition, de l’appât du gain. Et il montre aussi la violence de l’Épuration, ce que le cinéma français fait assez rarement, à l’exception peut-être d’Uranus de Claude Berri.
Ce n’est pas un film démonstratif. Comme Lacombe lucien, chef d’œuvre de Louis Malle qui montrait l’itinéraire d’un jeune paysan ordinaire enrôlé dans la Milice, le film de Giannolli n’est ni complaisant ni manichéen, il explore les ressorts de la lâcheté et de l’indifférence au mal. Il ne sombre jamais dans le pathos, mais endosse une complexité à rebours des mentalités binaires contemporaines.