
Je corrige des copies de première année. Pour un bon quart d'entre elles, le seul commentaire honnête et respectueux tiendrait en cinq mots : "Abandonnez les études de lettres." Je ne le dirai évidemment pas ; il y aurait des plaintes. Et même quelques collègues (hypocrites) me feraient les gros yeux... Je crois que je vais malgré tout scanner quelques copies et les garder par-devers moi, pour qu'on ne m'accuse plus d'exagérer quand je parle d'effondrement de la langue, de la culture, et pis encore : de l'intelligence. On invoquera, à bon droit, l'absurdité de notre système d'orientation qui conduit des bacheliers quasi illettrés à végéter... en lettres. Mais cet argument ne suffira jamais à me consoler. Le mal vient de plus loin ; il est dans le mensonge auquel nous avons collectivement consenti, en baissant si drastiquement le niveau d'exigence. C'est un mensonge national, qui entraîne d'autres mensonges à la chaîne. Et une terrible perte d'énergie, pour ces étudiants égarés comme pour leurs enseignants. Je ne suis même pas sûr que la situation soit rattrapable ; et il n'est pas exclu que l'usage intempérant de l'IA, dans les années qui viennent, achève ce travail de décervelage des jeunes générations.






















