
NUCLEAIRE - REPRISE (EVENTUELLE) DE NOS CENTRALES
Monsieur le Premier Ministre,
Soyons honnêtes, cette lettre d’intention avec Engie est à saluer.
D’abord, parce qu’elle a pour effet l'arrêt immédiat du démantèlement des sites existants.
Surtout, la décision stratégique d’assumer la propriété directe des actifs nucléaires va dans le bon sens.
Oui, il faut investir dans notre autonomie énergétique pour la même raison qu’il faut investir dans notre défense. Ce sont des enjeux comparables. Comparables parce qu’il s’agit là aussi d’assurer notre autonomie dans un monde plus hostile. Comparables parce qu'il faut là aussi rattraper des dizaines d’années d'erreurs et d’inaction. Comparables enfin par l’ampleur gigantesque des enjeux financiers - et c’est là qu'en revanche, le communiqué n’est pas rassurant.
Car derrière cet accord de principe se cachent des zones d'ombre financières qui pourraient s'avérer vertigineuses pour le contribuable et sur lesquelles nous sommes en droit d’obtenir des précisions :
D’abord, le texte précise que la transaction ne doit avoir « pas d'impact indu, ni négatif ni positif » sur la situation financière globale d'Engie. On a rarement vu une telle clause péremptoire. D’autant qu’on ne trouve dans le texte aucune précaution similaire pour la situation financière de l’Etat belge. Cela ressemble furieusement à un chèque en blanc. Rappelons quand même que le consommateur belge a déjà amorti ces réacteurs.
Ensuite, il y le coût de la remise aux normes : Engie affirmait encore récemment que le redémarrage de réacteurs comme Tihange 1 nécessiterait des travaux gigantesques pour répondre aux normes de sécurité. Maintenant que l'État devient le maître d'ouvrage, avez-vous chiffré les investissements nécessaires pour que ces outils puissent effectivement fonctionner jusqu'en 2045 ?
Enfin, on aura tous bien lu que cette lettre d'intention « ne constitue pas un engagement ferme », on devine bien que c’est Engie et non le gouvernement qui est le rédacteur de cette précision. Question simple: que se passera-t-il si les négociations échouent à l'automne ? Quel est votre plan B ?
Soyons clairs. Je pense qu’il faut investir dans notre autonomie nucléaire - il y a davantage de logique stratégique pour un Etat à être propriétaire d’outils de production énergétique que de banques. Mais il est essentiel que ce gouvernement nous dise son estimation de ce que cette acquisition représentera pour le contribuable et comment il va la financer. Nous n’en avons à ce stade aucune idée.

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