David Miet

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@MietDavid

Building Organic Urbanism. 🇫🇷 Co-founder & CEO @VillesVivantes, Europe’s leading gentle densification operator.

Bordeaux, France 参加日 Aralık 2019
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David Miet
David Miet@MietDavid·
Les jeunes actifs disent préférer les petites villes. Pourtant, ils continuent à s'installer dans les grandes. Pourquoi ? Je dirige depuis treize ans une jeune entreprise d'architecture et d'urbanisme. Voici ce que j'observe : 1/ Je ne peux embaucher que dans les grandes villes. Paris, Lyon, Bordeaux, Rennes, Toulouse... Hors des métropoles, le pool de candidats potentiels est trop faible. 2/ Nous avons un jour réussi à ouvrir un bureau à Dijon, constitué une équipe (certains candidats ont accepté de déménager à Dijon pour rejoindre Villes Vivantes). 3 ans plus tard, nous avons dû fermer Dijon car nos jeunes sont tous repartis en nous demandant de les intégrer dans nos bureaux... de Lyon, Toulouse, Bordeaux. Dans des villes qui sont finalement plus embouteillées, où le coût de l'immobilier et de la vie est plus cher ! 3/ Le turnover du marché du travail français augmente. Nos parents faisaient un job, parfois deux, dans une vie. Quand on les interroge, les membres de nos équipes, souvent sortis d'école, nous disent qu'ils en feront huit, dix, peut-être davantage. Selon une étude récente du Céreq, un quart des jeunes entrés sur le marché du travail en 2017 avaient déjà quitté leur CDI trois ans plus tard. Pour la génération 2010, c'était 17 %. Et dans deux tiers des cas, c'est le jeune lui-même qui rompt son CDI. 4/ La conséquence semble mécanique. Avec un seul job pour monsieur et un seul job pour madame dans toute une vie, vivre durablement dans une agglomération de 50 000 et même 20 000 habitants était possible. Avec huit à dix jobs par personne, dans deux carrières un peu spécialisées : c'est impossible. Sauf à déménager tous les quatre ans. Pour la même raison que c'est impossible de s'implanter dans des bassins d'emplois trop petits pour tout un tas d'entreprises spécialisées. La contrainte existe du côté de l'employeur comme du côté de l'employé. 5/ Quand on interroge les jeunes actifs, ils disent aimer les villes moyennes. Le sondage IFOP / Villes de France de 2020 est sans ambiguïté : 84 % des Français préfèrent vivre dans une ville moyenne plutôt que dans une grande métropole. Et les jeunes ne font pas exception : 82 % des moins de 35 ans préfèrent eux aussi les villes moyennes. Et si on interroge les habitants actuels des grandes villes, même chose : 50 % d'entre eux disent souhaiter habiter idéalement en ville moyenne. 6/ Mais quand on regarde leurs décisions effectives, ils vont dans les grandes. Les flux migratoires internes, les prix de l'immobilier, la concentration des jeunes diplômés racontent l'inverse de ce que disent les sondages. La France de 2026 voit ses jeunes actifs, en particulier les CSP+, se concentrer à Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Rennes, et pas dans les villes moyennes qu'ils déclarent préférer. 7/ Pendant la pandémie, on a cru que tout allait s'inverser. "L'exode urbain" annoncé. La revanche des campagnes. La fin des métropoles. Cinq ans plus tard, les études convergent. Il n'y a pas eu d'exode urbain massif. La pandémie n'a pas bouleversé les structures territoriales françaises. Les actifs, les jeunes actifs, et les Français en général n'ont pas quitté les grandes villes pour vivre à la campagne. Les couronnes des métropoles ont gagné des habitants à la recherche d'un jardin, certaines villes moyennes proches des grands bassins d'emploi ont profité un peu de ce dynamisme. Mais grandes métropoles du sud et de l'ouest, auxquelles il faut ajouter le littoral, l'Ile-de-France et l'axe Lyon Annecy Genève, continuent de capter une part significative de la création d'emploi et de la croissance démographique. La géographie de l'attractivité économique ne s'est pas rééquilibrée. Le Covid ne l'a pas inversée. Il l'a précisée. Croissance démographique et création d'emplois s'effectuent dans des espaces de plus en plus concentrés. 8/ Comment interpréter ce décalage entre les paroles et les actes ? Une contradiction... chez les jeunes, mais aussi finalement chez tous les Français ? Des politiques publiques qui auraient le pouvoir de trop concentrer les emplois et les services dans les grandes villes ? Et qui empêcheraient ainsi les aspirations des jeunes et des moins jeunes de se réaliser ? Et si ce n'était rien de tout cela ? L'HYPOTHÈSE J'en suis venu à formuler une intuition simple : plus on change de job souvent, plus on a besoin d'un grand bassin d'emploi pour pouvoir se retourner et ne pas être contraint de déménager à chaque changement de job imprévu. Dit autrement : la taille de la ville dans laquelle vous avez besoin de vivre serait grossièrement proportionnelle au nombre de fois que vous prévoyez de changer d'emploi dans votre carrière. Formule simple, géométrique. Mais est-elle vraie ? LA LITTÉRATURE En remontant la bibliographie économique, j'ai découvert qu'un siècle entier de chercheurs s'était posé cette question, et avait donné un nom à ce phénomène : l'épaisseur du marché du travail ("thick labor market effects"). * Alfred Marshall, en 1920, observait déjà que les industries similaires s'agglomèrent dans les mêmes villes parce que cela bénéficie à la fois aux travailleurs et aux employeurs. * Peter Diamond, prix Nobel d'économie, formalise en 1982 le mécanisme : plus il y a d'acteurs cherchant à s'apparier sur un marché, plus la probabilité de trouver le bon partenaire augmente. * Helsley & Strange, en 1990, l'appliquent aux villes : dans une grande métropole, les compétences des travailleurs collent en moyenne mieux aux besoins des entreprises, parce que l'offre et la demande ont plus de chances de se rencontrer précisément. Mais c'est dans les années 2010 que la démonstration empirique devient massive. * Bleakley & Lin, en 2012, mettent au jour un résultat subtil et même paradoxal : > dans les grandes villes américaines, les jeunes travailleurs changent PLUS souvent de secteur (ils explorent, ils essaient, ils trouvent leur voie), > mais les travailleurs installés changent MOINS souvent (ils ont trouvé un bon match qui dure). Les deux apparentes contradictions disent en réalité la même chose : le marché épais améliore l'appariement. * Dauth, Findeisen, Moretti et Suedekum, en 2022, le confirment sur les données administratives complètes du marché du travail allemand entre 1985 et 2014 : 30 millions de travailleurs par an, suivis individuellement. Plus la ville est grande, plus les travailleurs les plus qualifiés sont mis en face des entreprises les plus performantes. Le matching s'améliore. Et puis en mars 2024, vient l'étude la plus ambitieuse jamais réalisée sur la question. MORETTI & YI Enrico Moretti (Berkeley) et Moises Yi (US Census Bureau) publient "Size Matters: Matching Externalities and the Advantages of Large Labor Markets". Ils suivent 423 000 travailleurs américains qui ont perdu leur job parce que leur entreprise a fermé. 120 000 fermetures d'entreprises. Données administratives : ce n'est pas un sondage, mais les enregistrements fiscaux du Census Bureau. Pour éviter tout biais, > ils ne comparent pas "les gens des grandes villes aux gens des petites villes", > ils comparent des travailleurs résidant dans la même zone d'emploi, mais dont le secteur d'activité local est soit dense (beaucoup d'employeurs dans ce métier dans cette zone) soit fin (peu d'employeurs dans ce métier dans cette zone). Exemple : vous êtes architecte. En Île-de-France, votre marché du travail est "épais" : 9 400 architectes inscrits à l'Ordre, plus de 4 200 sociétés d'architecture, soit près d'un tiers de la profession en France. À Châlons-en-Champagne, votre marché est "fin" : quelques dizaines de confrères, une poignée d'agences. Voici l'écart concret. Dans un rayon de 20 miles (32 km) autour de chez vous, > dans un marché épais, 640 entreprises de votre secteur sont accessibles en médiane, > dans un marché fin : 9. Soixante-dix fois moins d'employeurs potentiels lorsque votre entreprise ferme. Et voici ce que mesure le papier, sur des trajectoires individuelles suivies trimestre par trimestre. Quand votre entreprise ferme, et que vous êtes dans un marché du travail épais (9e décile) plutôt que fin (1er décile) : > vous avez +10,7 points de probabilité de retrouver un emploi en 12 mois (pour les cadres), > vous récupérez +19 % de salaire en plus un an après, > vous avez -25 points de probabilité de devoir déménager dans une autre métropole, et le nouveau job que vous trouvez dure plus longtemps, dans un secteur plus souvent aligné sur votre formation initiale. CONCLUSIONS a - Les grandes villes agissent comme une assurance contre le risque de perdre son emploi. b - Plus le travailleur est spécialisé plus cette assurance vaut cher. c - Plus les couples sont à deux carrières qualifiées, plus elle est vitale (deux emplois à retrouver, pas un). Quand un jeune cadre choisit Paris, Lyon ou Bordeaux plutôt qu'Auxerre ou Châteauroux, il n'est pas un égoïste qui déserte les territoires. Il achète, sans pouvoir le formuler clairement, une protection contre l'éventualité de devoir tout reconstruire ailleurs en cas d'aléa professionnel. Que ce soit de son fait (avoir le sentiment d'avoir fait le tour de son job et pouvoir en changer), ou de celui de son employeur (licenciement suite à une difficulté économique et possibilité de se retourner). d - La crise du logement français, c'est aussi cela : une crise de l'accès à ces assurances territoriales, en dehors de l'Ile-de-France. e - Quand l'offre de logements dans les bassins d'emploi "épais" est artificiellement contrainte, on rationne en réalité l'accès à la sécurité économique. Et la question qui nous est posée, à nous aménageurs, change de nature : on entend tous les jours ce souhait lancinant de "répartir les emplois de façon plus équilibrée sur le territoire", et de "corriger les déséquilibres économiques entre métropoles et villes moyennes". Mais est-ce vraiment le premier enjeu ? f - Comment et jusqu'où devons-nous faire grandir des bassins d'emploi structurants pour qu'ils deviennent suffisamment épais pour offrir, eux aussi, cette assurance dans le monde du travail contemporain ? g - Comment dote-t-on les métropoles de second rang d'une vraie épaisseur économique sectorielle, qui puisse fournir une alternative solide à l'Île-de-France ? SOURCES Ruptures de CDI chez les jeunes actifs * Céreq Bref n°482, Fanette Merlin, mars 2026, Ruptures choisies, ruptures subies : le CDI à l'épreuve des secteurs en début de carrière cereq.fr/ruptures-chois… Préférences résidentielles des jeunes actifs * Sondage IFOP pour Villes de France, avec l'ANCT et la Banque des Territoires, Enquête d'opinion auprès des habitants des villes moyennes, septembre 2020 anct.gouv.fr/actualites/son… Exode urbain post-Covid * France Stratégie : Coline Bouvart & Olivier Bouba-Olga, Exode urbain : une mise au vert timide, La Note d'analyse n°122, juin 2023 strategie-plan.gouv.fr/publications/e… * PUCA/Popsu : Hélène Milet et al., Exode urbain : un mythe, des réalités, février 2023 ecologie.gouv.fr/sites/default/… Sources économiques * Marshall A. (1920) Principles of Economics, Macmillan, 8th edition. * Diamond P. (1982) Aggregate Demand Management in Search Equilibrium, Journal of Political Economy, vol. 90, no. 5, pp. 881-894 jstor.org/stable/1837124 * Helsley R. & Strange W. (1990) Matching and agglomeration economies in a system of cities, Regional Science and Urban Economics, vol. 20, no. 2, pp. 189-212 sciencedirect.com/science/articl… * Bleakley H. & Lin J. (2012) Thick-Market Effects and Churning in the Labor Market: Evidence from US cities, Journal of Urban Economics, vol. 72, no. 2, pp. 87-103 jlin.org/papers/BL-TME.… * Dauth W., Findeisen S., Moretti E. & Suedekum J. (2022) Matching in Cities, Journal of the European Economic Association, vol. 20, no. 4, pp. 1478-1521 eml.berkeley.edu/~moretti/match… * Moretti E. & Yi M. (2024) Size Matters: Matching Externalities and the Advantages of Large Labor Markets, NBER Working Paper 32250, mars 2024 (révisé mars 2025) nber.org/papers/w32250 LEGENDE Source : Moretti & Yi (2024), Figure 1, illustration du modèle d'Helsley & Strange (1990). Imaginez un cercle. Sur ce cercle, les X représentent les compétences des travailleurs ; les Y représentent les besoins des employeurs. Plus un X est proche d'un Y, plus l'appariement entre les deux est de qualité. À gauche, un marché « fin ». À droite, un marché « épais ». Dans le marché épais, chaque travailleur trouve un employeur dont les besoins correspondent presque exactement à ses compétences. Dans le marché fin, il faut faire avec ce qu'on a : le meilleur match disponible est rarement le bon.
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David Miet
David Miet@MietDavid·
L’arrière de la maison.
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David Miet
David Miet@MietDavid·
Voici ce que nous devrions autoriser partout dans toutes les zones constructibles de nos PLU.
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David Miet
David Miet@MietDavid·
@Seb37592738 On y voit le signe d’une « spéculation » à combattre alors que celle-ci est la conséquence de la rareté (très largement artificielle).
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Seb
Seb@Seb37592738·
@MietDavid Pourriez-vous expliciter la phrase suivante ? : "Le prix des logements était une information, il est devenu un symbole à combattre." En quoi le prix des logements est un symbole ?
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David Miet@MietDavid·
Pour résoudre la crise du logement il faudra faire en sorte que les Français soient, à nouveau, libres de "faire construire". Lentement, sans nous en rendre compte, nous avons réduit chaque Français au silence et l’avons privé de l'une de ses capacités les plus fondamentales : adapter son cadre de vie à ses besoins. Pendant des siècles, nos villes et villages se sont fabriquées ainsi : > les habitants décidaient, pour eux-mêmes, selon leurs moyens et leurs besoins, de construire, de diviser ou d'agrandir, pour eux-mêmes ou pour louer ; > les logements étaient donc produits à la demande, et modifiés à la demande, grâce aux savoir-faire disponibles ; > les usages évoluaient, s’adaptaient aux besoins, aux climats, aux désirs, aux mœurs : maisons isolées, maisons de bourgs, maisons de ville, de faubourg ou de village, maisons à patios, petits immeubles, etc. > les erreurs étaient corrigées en marchant. Nos villes et nos villages étaient imparfaits. Mais on pouvait les corriger pas à pas. Les amender. Et c'est ainsi qu'ils étaient pilotés par la vie réelle. Quant à la puissance publique, elle investissait et fournissait, en avance ou en retard, l’infrastructure et les équipements nécessaires aux déploiement de nos vies individuelles, en échange d’une contribution financière de chacun. Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point où c’est exactement l’inverse qui se produit. Tout est a priori figé. Congelé, pétrifié. Car nous avons décidé que : > la ville doit être préalablement conçue dans des bureaux, loin de ceux qui y vivent ; > les projets portés par les habitants doivent laisser la place aux grands projets portés par la puissance publique, comme aux grandes politiques sectorielles nationales ; > la production de notre cadre de vie doit être jugée pour sa conformité à un ensemble de règles et non pas par rapport au service réel qu’il rend. L’habitant était l'un des coproducteurs majeur du logement des Français ; il est devenu une source de problèmes, d'initiatives à encadrer, et même à restreindre. Le prix des logements était une information, il est devenu un symbole à combattre. Les évènements de la vie (naissances, mises en couple, séparations, décès) étaient des déclencheurs de projets, ils sont devenues des variables à contenir, plutôt que des besoins à satisfaire. Le résultat de tout cela ? - tout est bloqué, - tout est lent, - tout est conflictuel, - tout est hors de prix. Et on appelle ça, avec une grande désinvolture : - planification, - écologie, - intérêt général, - protection, - modèle français. Alors que dans les faits, c’est en réalité l'organisation méthodique de l’impuissance. On interdit aux habitants : - de diviser une parcelle pour en vendre une partie à un autre, - de faire bâtir la maison qu'il leur faut, - de surélever pour ajouter une chambre ou un logement en plus, - de transformer des usages, - de répondre à une demande locale, souvent la leur, par un projet simple, qu'ils peuvent porter eux-mêmes. Puis on s’étonne : - qu’il manque des logements, - que les loyers explosent, - que les jeunes se sentent à l’étroit, - que la transition écologique échoue. Ce qui est sidérant, c'est que nous poursuivons et approfondissons chaque jour cette politique fondée sur l’interdiction d’agir. Une politique, ou plutôt un bureaucratisme, qui produit de la frustration, de l’impuissance et in fine des effets contraires à ses objectifs. On demande aux citoyens d’être sobres, patients, responsables. Et maintenant… de faire des enfants. Mais on leur refuse toute possibilité d'agir sur leur cadre de vie, de s'aménager un espace décent pour vivre. On empêche d’agir, de faire construire, on infantilise, on rigidifie, on fragilise les forces vives de la France. Et on se demande : - Faut-il plus de règles ? - Faut-il mieux contrôler ? - Faut-il planifier davantage ? - Un nouveau éco-chèque ? - Un nouveau CERFA ? Alors que nous devrions nous demander : sommes-nous prêts à rendre aux habitants un vrai pouvoir, non pas symbolique ou consultatif, mais opérationnel, d’adaptation et de transformation de leur cadre de vie ? De production des logements qu'il nous manque ? Là où ils manquent ?
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Thomas Hanss
Thomas Hanss@ThomasHanss1·
On présente souvent la transpiration des arbres comme leur superpouvoir rafraîchissant. Mais ce mécanisme a une particularité troublante : il s'affaiblit précisément quand la chaleur est la plus forte... c'est-à-dire quand on en aurait le plus besoin. L'arbre en ville n'est pas un climatiseur miracle : 7 idées reçues que la science nous invite à revisiter - 2/7 1/ Là où l'intuition se trompe La transpiration des arbres contribue au rafraîchissement ressenti sous leur canopée à hauteur de 20 à 30 %. Intuitivement, on pourrait attendre que ce mécanisme s'intensifie avec la chaleur : plus il fait chaud et sec, plus la demande évaporative est forte, plus l'arbre transpirerait et serait capable de nous rafraîchir. Le service serait donc maximal exactement quand on en a le plus besoin. Ce n'est pas ce que montrent les mesures. Car les arbres, eux aussi, subissent la chaleur et la sécheresse. 2/ Quand l'arbre choisit de se sauver plutôt que de nous rafraîchir En période de stress hydrique, un arbre ferme ses stomates - les minuscules pores de ses feuilles qui permettent les échanges gazeux. C'est son premier mécanisme de défense : limiter les pertes en eau quand le sol n'en fournit plus suffisamment pour compenser ce que les feuilles évaporent. La transpiration chute, parfois brutalement. Anys & Weiler (2025, Ecohydrology), qui ont suivi 22 arbres urbains (érables planes et tilleuls à petites feuilles) sur deux saisons à Fribourg, documentent des baisses de transpiration pouvant atteindre 58 % pendant les périodes de sécheresse pour le tilleul à petites feuilles en fosse de trottoir. L'arbre planté dans une fosse entourée de surfaces imperméables - bitume, pavés jointés, trottoir - est aussi celui dont la capacité à transpirer s'effondre le plus vite en cas de sécheresse : l'eau de pluie qui tombe sur ces surfaces est évacuée vers les réseaux au lieu d'être dirigée vers la fosse de plantation. Si l'aménagement ne collecte pas cette eau pour l'amener jusqu'aux racines, le sol de la fosse ne se recharge presque pas. 3/ Le paradoxe de la canicule : transpirer pour ne pas cuire, au risque d'en mourir Cette fermeture stomatique est une réponse adaptée à la sécheresse modérée. Mais elle ne suffit plus quand la chaleur devient extrême et c'est là que la situation bascule. Marchin et al. (2022, Global Change Biology) ont soumis 20 espèces ligneuses à une combinaison de sécheresse et de canicule (42 °C maximum) : certaines espèces - notamment les plus isohydriques, celles qui ferment normalement leurs stomates en période de stress hydrique - répondent à la chaleur extrême en les rouvrant. L'ouverture stomatique augmente la transpiration pour essayer de maintenir la température foliaire en dessous du seuil où les protéines photosynthétiques se dénaturent de façon irréversible. Mais elle accélère simultanément la déshydratation de l'arbre. 4/ La colonne d'eau dans l'arbre : un mécanisme fragile Cette réouverture des stomates en pleine canicule place l'arbre dans une situation critique : il continue de perdre de l'eau alors même que le sol ne peut plus la lui fournir. Pour comprendre pourquoi c'est mortel, il faut saisir comment l'eau monte dans un arbre. Il ne la pompe pas, il la tire vers le haut par une colonne d'eau en tension continue, du sol jusqu'aux feuilles. Cette tension est entretenue par l'évaporation à la surface des feuilles - chaque molécule d'eau qui s'échappe par les stomates en "tire" une autre derrière elle, comme une chaîne. Tant que le sol contient suffisamment d'eau pour alimenter cette chaîne par les racines, le système tient. Mais quand le sol est sec et que la demande évaporative reste forte - comme lors d'une canicule combinée à une sécheresse - la tension dans la colonne augmente jusqu'à un point où elle se rompt : des bulles d'air se forment dans les vaisseaux conducteurs. C'est l'embolie. 5/ L'embolie du xylème : le point de non-retour Les vaisseaux touchés ne conduisent plus l'eau. Elle ne monte plus. Et au-delà d'un certain seuil, ils ne se reconstituent pas et le dommage est permanent : l'eau n'atteint plus les parties les plus hautes de l'arbre. Les branches du sommet meurent en premier. C'est ce qu'on appelle la descente de cime, signe visible d'un dommage hydraulique souvent déjà irréversible. 6/ 70 % des arbres vivent déjà au bord de la rupture hydraulique Choat et al. (2012, Nature), à partir de données sur 226 espèces forestières dans 81 sites mondiaux, montrent que 70 % des espèces fonctionnent déjà à la limite de leur tolérance hydraulique - la marge entre la tension qu'elles subissent normalement et celle qui déclenche l'embolie est inférieure à 1 MPa (le mégapascal est une unité de pression, 1 MPa équivaut à environ 10 fois la pression atmosphérique). Imaginez une chaîne qui supporte déjà presque tout le poids qu'elle peut porter : il suffit d'un léger surcroît de charge pour qu'elle cède. C'est exactement dans cette situation que fonctionnent la plupart des arbres en conditions normales, au bord de leur limite. Comme le formulent Marchin et al. dans leurs conclusions : l'augmentation active de la transpiration sous conditions chaudes et sèches "propulse les plantes vers les seuils de cavitation du xylème plus rapidement qu'on ne l'avait reconnu jusqu'ici". 7/ Planter mieux, pas seulement planter plus Ce double mécanisme - fermeture stomatique en période de sécheresse modérée, ouverture paradoxale en période de chaleur extrême - explique pourquoi la transpiration comme levier de rafraîchissement est un service conditionnel et non garanti. Il n'est pas stable dans le temps, varie selon les espèces, les sites et les conditions hydriques. L'ombrage reste le levier le plus stable de rafraîchissement des arbres - 70 à 80 % de l'effet de rafraîchissement ressenti sous la canopée. Un arbre qui a fermé ses stomates depuis une semaine projette encore la même ombre. Mais cette stabilité a aussi ses limites : si l'arbre n'a plus la capacité d'irriguer sa canopée, elle disparaît et avec elle, sa capacité à ombrager. L'arbre nous rafraîchit donc surtout quand il en a les moyens. Ce n'est en rien une raison de renoncer aux arbres en ville, c'est une raison pour mieux comprendre leurs physiologie et leurs besoins pour les planter et les soigner comme ils le méritent. L'enjeu n'est pas de planter davantage, mais de planter -et de jardiner - mieux. --- Sources : Anys, Markus, et Markus Weiler. 2025. « Drought Impact on Transpiration Dynamics of Common Deciduous Trees Growing at Contrasting Urban Sites. » Ecohydrology 18 (2) : e70007. doi.org/10.1002/eco.70…. Choat, Brendan, Steven Jansen, Tim J. Brodribb, Hervé Cochard, Sylvain Delzon, Radika Bhaskar, Sandra J. Bucci, et al. 2012. « Global Convergence in the Vulnerability of Forests to Drought. » Nature 491 (7426) : 752–755. doi.org/10.1038/nature…. Knight, Teri, Sian Price, Diana Bowler, et al. 2021. « How Effective Is 'Greening' of Urban Areas in Reducing Human Exposure to Ground-Level Ozone Concentrations, UV Exposure and the 'Urban Heat Island Effect'? An Updated Systematic Review. » Environmental Evidence 10 : 12. doi.org/10.1186/s13750…. Marchin, Renée M., Diana Backes, Alessandro Ossola, Michelle R. Leishman, Mark G. Tjoelker, et David S. Ellsworth. 2022. « Extreme Heat Increases Stomatal Conductance and Drought-Induced Mortality Risk in Vulnerable Plant Species. » Global Change Biology 28 (3) : 1133–1146. doi.org/10.1111/gcb.15….
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David Miet
David Miet@MietDavid·
Il y a toujours un des règles (alignement + servitudes et code civil) ; ce qui n'empêche pas que le cas général était que le propriétaire d'un terrain pouvait très largement construire sans limite forte, une situation qui est aux antipodes de la situation actuelle. Pour une revue historique de l'irruption de cette interdiction massive de construire, cet article de Samuel Hugues est excellent : "Il fut un temps où il était légal de construire presque n’importe quoi, n’importe où. Puis, en l’espace de quelques décennies, presque toutes les villes du monde occidental ont interdit la densification. Que s’est-il passé ? En 1890, la plupart des villes d’Europe continentale autorisaient la construction de cinq à dix étages n’importe où. Dans l’Empire britannique et aux États-Unis, les autorités n’imposaient généralement aucune limite de hauteur. Des règles détaillées de sécurité incendie existaient depuis des siècles, mais les règles encadrant l’urbanisation demeuraient pour le reste très peu contraignantes. Au cours du demi-siècle suivant, ces libertés ont disparu dans presque tous les pays occidentaux." vv.guide/le-grand-downz…
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Antipathique
Antipathique@Antipathique·
@MietDavid Je suis pas expert, mais le postulat "les habitants décidaient pour eux mêmes depuis des siècles" est faux. Les terrains avait déjà des propriétaires, les constructions nouvelles étaient soumises à taxes, et leur ampleur codifiée"
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David Miet
David Miet@MietDavid·
Une variante avec le thème de recherche "faire construire sa maison" : encore plus catastrophique.
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David Miet
David Miet@MietDavid·
L’urbanisme est un art de la répétition. Lorsque j’utilise le terme d’“urbanisme à la parcelle”, je me rends compte que j’ai souvent du mal, en France, à faire comprendre ce que concept désigne : - non pas une approche uniquement centrée à la parcelle, à l’exclusion de ce qui se trouve dans son environnement ; - non pas une approche bornée dans ses limites parcellaires ; - mais une approche incrémentale qui procède par itération, touche par touche, parcelle par parcelle, - et qui procède de façon sur-mesure à chaque itération, à chaque division parcellaire, à chaque projet conçu sur chaque parcelle. En une phrase : à chaque itération, le résultat de l’ensemble des étapes précédentes est pris en compte pour concevoir la suivante. On pourrait décrire cela comme une sorte d’approche récursive. Algorithmique. L’image de droite peut être “dessinée” dans son ensemble. Celle de droite non. Elle ne peut qu’être “engendrée” par une approche “parcelle par parcelle”. La diversité et la mixité ne s’obtiennent pas par un “dessin”. Elles s’engendrent étape par étape par un processus organique.
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David Miet
David Miet@MietDavid·
Organic density. Hanoï. 1/ Fine-grained plots. 2/ Distributed project ownership. 3/ Incremental and bespoke development. Thousands of different clients. Thousands of different designers, builders and craftsmen. Thousands of tailor-made projects. Plot by plot. Year after year. Photo credit : Michael Waibel.
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David Miet
David Miet@MietDavid·
Tokyo, Périgueux, Hanoï, Épinal : partout, la ville qui marche, ce n'est pas celle des grandes opérations urbaines, mais celle qui se fabrique et se transforme, au quotidien, avec ses habitants. Jusqu'ici, aucun cursus n'enseignait cette approche. Cette méthode qui croise le top down et le bottom up. Cet art. On a donc décidé de réparer ça. Le premier Executive MBA "Urbanisme Organique" ouvre en septembre 2026, lancé par Sciences Po Rennes et @VillesVivantes.
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David Miet
David Miet@MietDavid·
Ce MBA est né des colloques Organic Cities (1600 participants, 150 intervenants, de Tokyo à Périgueux : organiccities.co/editions/2024) dont nous avons décidé de faire un cursus : 120 heures, un vendredi sur deux, entre Paris et Rennes, de septembre 2026 à mai 2027. Le public concerné : » Élus locaux et territoriaux, » Agents des collectivités territoriales et des services décentralisés de l’État, » Directeurs, et cadres supérieurs du secteur public ou privé, » Tout professionnel, concepteur, analyste, opérateur. Le programme complet : sciencespo-rennes.fr/formations/urb… Pour envoyer vos candidatures : formation.continue@sciencespo-rennes.fr
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Thijs Niks
Thijs Niks@thijsniks·
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Nicholas Boys Smith
Nicholas Boys Smith@boys_nicholas·
@MietDavid Quelle nouvelle passionnante ! Je serai en France pendant une partie de l'été et ce serait formidable de se voir si possible.
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Rhys Talbot
Rhys Talbot@rhysdtalbot·
@MietDavid @bswud The ankara suburbs you show here are extremely diverse at street level, the apparent homogeneity from the air is presumably because of builders all using the same roof material and maximising the footprint of their buildings within the permitted envelope?
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David Miet
David Miet@MietDavid·
We don’t have to choose between these two extremes. Over-planned urbanism (centralized, master-planned development) and informal urbanism (spontaneous, untitled development) are the two dominant models of urbanization across the world today. Between them lies a third path that we need to rebuild: organic urbanism. An urbanism that is both top-down and bottom-up, incremental, distributed, professional, and alive. 1/ With infrastructure, services, and public facilities planned by local authorities as a foundation, 2/ But also with genuine flexibility in how plots are developed and built. This model (an ordered framework combined with real freedom to build) is not new. In fact, it was once almost universal. Across all continents, most historic towns and cities were produced through an incremental process, growing project by project, plot by plot, through distributed development led by thousands of individual actors. Entire ecosystems of construction services, technical expertise, and craftsmanship emerged to respond to this diffuse yet massive demand from people wanting to have their homes built. Vietnam, along with a handful of other countries, has managed to revive this process at the scale of metropolitan regions with millions of inhabitants. These cities continue to grow, densify, and renew themselves through a distributed and continuous process of parcel-by-parcel transformation. Yet the two default models remain, both on the ground and in most discussions, the ones illustrated in this image of New Cairo, currently under construction 15 km from Egypt’s historic capital.
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David Miet
David Miet@MietDavid·
On ne sait plus produire de villes vivantes, alors on en fabrique des imitations. Nous voulons absolument tout contrôler, jusque dans chaque détail, mais nous devenons, dans le même temps, de plus en plus nostalgiques de ce que ce contrôle étouffe… la vie. Alors nous essayons de la faire revenir. Nous la mimons. Nous cassons les lignes trop droites. Nous déboîtons les volumes. Nous suspendons des terrasses dans le vide. Nous faisons couler un peu de verdure sur les façades, comme pour y laisser réapparaître quelque chose d’indocile, d’organique, qui aurait échappé au plan. Et, pendant un instant, l’illusion fonctionne. Nous regardons ces architectures et nous croyons y voir le retour du vivant. Nous croyons voir une ville redevenue joyeuse, habitée, presque libre. Nous croyons voir le désordre heureux des formes qui se sont ajustées avec le temps, des usages qui ont débordé et produit des espaces, des vies qui se sont approprié l’espace et y ont laissé leur trace. Mais ce que nous avons sous les yeux, ce n’est pas la vie. C’en est la nostalgie, figée dans un simulacre. Une nostalgie sophistiquée, coûteuse, rigide. Ici, rien n’a poussé. Tout a été minutieusement décidé. La rupture des lignes a été calculée. L’irrégularité a été composée. Le débordement a été prévu. La spontanéité a été administrée. L’apparent désordre y est d’une parfaite obéissance. Et c'est même assez troublant : ce type d'architecture ne célèbre pas la vie, mais son inverse, la soumission. Comme si nous ne savions plus fabriquer que des équivalents plastiques de ce que nous avons méthodiquement chassé de nos villes : la vraie vie. Pendant des décennies, nous avons réduit les possibilités, pour les habitants, d'agir. Nous avons rendu suspecte toute transformation non orchestrée. Et confondu l’ordre avec l’impossibilité, pour l’habitant lambda, d’agir. De transformer, de construire. Et maintenant que le résultat nous apparaît pour ce qu’il est, stérile, monotone et sans joie, nous essayons d’y réinjecter, non sans cynisme, les signes de ce que nous avons soigneusement chassé. Nous demandons à l’architecture de nous rendre, par le biais d’une forme dessinée par un grand nom, ce que nous interdisons, de plus en plus, par effet de système : la liberté. Des accidents qui n’en sont pas. Des imprévus mensongers. De la liberté simulée. L’inverse de la vie. Nous restons fascinés, nous les professionnels de l’architecture et de l’urbanisme, par le contrôle total. Mais nous regrettons de plus en plus bruyamment ce qu’il détruit. Et nous fabriquons des architectures qui imitent des paysages habités, des fragments de ville spontanée... Mais quelle hypocrisie de classe ! Et finalement : quelle laideur. Quelle étrangeté, quelle prison. Vous connaissiez le "donne-moi ta montre, je te donnerai l’heure" ? Voici le "donne-moi ta liberté, et je te donnerai un simulacre de vie".
Agustín scorolli@Agusscorolli

Ayer conocí un edificio que siempre me llamó la atención y es una fantasía absoluta

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