Gabriel Lattanzio@GabLattanzio
Le niveau de Chapoutot ici est indigent. Il parle avec une assurance totale d'un sujet qu'il ne maîtrise pas, et avec des effets de manche comme "matériaux infra-humains" pour désigner les esclaves, terme anachronique qu'aucun américain n'emploie.
Allez, je reprends ses erreurs :
- Il confond, à dessein, le fédéral et le local. Si une localité suit une politique, il dit que c'est le fait "des Etats-Unis" dans l'ensemble. Il le fait avec l'esclavage, il le fait avec les violences, il le fait avec les lois de ségrégation.
- Une illustration de sa confusion est qu'il invente un arrêt de la Cour Suprême qu'il date de 1892 et qui classerait les non-blancs. Il parle de la "one-drop rule", qui est une qualification raciste, pour identifier le blanc et le non-blanc. S'il parle de 1896 sur le sujet de la ségrégation, l'arrêt est Plessy V. Ferguson. Cet arrêt consacre le principe que la séparation de l'espace public est constitutionnelle, mais ça n'est pas la "one-drop rule", qui est une justification plus tardive, et pas loi fédérale.
- justement sur la question de la ségrégation, il y a une période de 1865 à 1877 où le pays défend l'émancipation. Chapoutot date la ségrégation de 1865. Comme je viens de l'écrire, c'est 1896 si on parle du pays entier, et si on parle plus localement, le moment où les revanchards racistes gagnent l'ascendant pour écrire les lois Jim Crow, c'est plutôt à partir de 1877, après les trois amendements heureux de la période, 13ème, 14ème, 15ème, et après le départ de l'armée des Etats du Sud.
- Chapoutot parle de génocide au sujet des natifs américains. Si on accorde une attention aux mots, non. C'est un nettoyage ethnique, une déportation, un ethnocide, mais pas un génocide. C'est déjà bien assez grave. Mais les USA ce n'est pas la même chose que les britanniques XVIIème siècle. Il y a eu des massacres, c'est évident, notamment en Californie. Mais ce n'était pas la politique du pays.
- les Etats-Unis ne sont pas plus les Confédérés sudistes que les Etats-Unis ne sont Lincoln ou Frederick Douglass ou Harriett Tubman. Je vous le dis simplement : si Chapoutot écrivait l'histoire de France, il dirait que la France c'est Pétain, et il ne mentionnerait pas De Gaulle.
- comme je l'ai dit plus haut, il prête aux acteurs historiques des termes qu'eux-mêmes n'emploient pas. C'est sa façon de faire : de la même façon que les managers sont des nazis, les nazis sont en réalité des américains moins racistes, et ainsi de suite, au gré de ses antipathies. "Infra-humain", c'est untermensch, c'est de l'allemand, c'est nazi, et ce n'est pas américain. Il met sur le passé un mot ultérieur. Pour un historien, c'est un péché capital, mais toute l'oeuvre de Chapoutot c'est ça : l'anachronisme motivé par l'étude philosophique brouillonne.
- la mention du Plan Marshall est totalement hors-sujet, je ne comprends même pas comment il fait le lien, ou plutôt je ne le comprends que trop bien : Chapoutot reprend ici, comme il le fait ailleurs, les éléments de langage mythologiques du PCF à l'époque stalinienne. Après la réhabilitation du KPD en Allemagne, voilà la réhabilitation de ce qui mènera à Berlin-Est après la guerre. Bravo Chapoutot.
- autre chose, et là c'est plus personnel qu'une reprise des faits face à son discours, je note que si pour Chapoutot, Trump c'est Hitler, alors Hitler, c'est peut-être pas aussi violent qu'on ne le dit.
Je conviens volontiers que Trump n'est pas un conservateur. C'est autre chose que simplement un politicien de droite. C'est un réactionnaire opposé à la tradition libérale américaine. Mais l'holocauste et les Etats-Unis, tout ça n'est pas assimilable. C'est proprement honteux d'entendre de pareils amalgames. Mais on l'aura compris, pour Chapoutot, les RH c'est déjà des SS, et les Etats-Unis, c'est le pire pays au monde, pire qu'Hitler. On peut dénoncer ICE et la politique de Trump sans faire un point Godwin de plus. Je suis même assez sidéré que l'université en soit là.
L'histoire comme discipline se porte mal ici, mais la propagande de la guerre froide revit.