Brivael Le Pogam@brivael
Il y a un mois, au lendemain de l'IPO de SpaceX, je publiais une analyse expliquant pourquoi cette entreprise vaudrait 30 à 50 trillions de dollars d'ici cinq ans. Trente millions de vues, et pas mal de gens pour me dire que j'avais perdu la tête. Elon m'avait RT.
Hier, Elon Musk a écrit que SpaceX vaudra plus que le reste de la Terre si ses objectifs sont atteints. « More than the rest of Earth. » Tout le monde y a vu une provocation. Moi j'y vois un théorème. Laissez-moi le démontrer.
Posons le problème. La richesse mondiale totale, tout ce que huit milliards d'humains possèdent, immobilier, actions, usines, or, pèse environ 500 trillions de dollars. Dire qu'une entreprise vaudra davantage que tout cela réuni semble arithmétiquement absurde. Et ça l'est. Dans un système fermé. La phrase de Musk ne dit qu'une seule chose, et c'est la plus importante du siècle : le système est en train de s'ouvrir.
Accordons aux décroissants leur unique point valide : la croissance infinie est impossible dans un monde fini. Leur erreur n'est pas logique, elle est géographique. Ils ont cru que le monde s'arrêtait à la Terre. Or la Terre représente 0,0003 % de la masse du système solaire et intercepte un demi-milliardième de l'énergie du Soleil. Nous nous disputons des miettes au pied d'un buffet que personne n'a encore ouvert. Ouvrez-le, et l'hypercroissance cesse d'être un slogan pour redevenir une trajectoire physique.
A. Depuis dix mille ans, la richesse suit une seule variable : la quantité d'énergie et de matière que l'homme sait capter et organiser. Feu, agriculture, charbon, pétrole, atome, silicium. Chaque bond de civilisation est un bond énergétique. Notre civilisation entière tourne sur 20 térawatts. Le Soleil en rayonne vingt mille milliards de fois plus, en continu, gratuitement, depuis quatre milliards et demi d'années. Sur l'échelle de Kardashev, nous sommes une civilisation de type 0,7. Le Soleil, à lui seul, nous emmène au type II.
B. SpaceX ne participe pas à cette transition. SpaceX en possède l'unique porte. Starship divise le coût de l'orbite par cent, la constellation assure les communications, et le deuxième acteur mondial a dix ans de retard. J'ai déjà fait la liste de ce que ça débloque, data centers orbitaux, usines en microgravité, minage d'astéroïdes, Mars. Ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est l'étage que personne ne price : ce que ça débloque dans les têtes.
Car voici ce que les démographes refusent de voir. La natalité occidentale ne s'effondre pas à cause du prix de l'immobilier. Nos arrière-grands-parents faisaient six enfants dans des logements sans chauffage. Elle s'effondre parce qu'on a confisqué le futur. On ne fait pas d'enfants pour un monde qu'on nous décrit comme finissant. On en fait pour un monde qui commence. Le pic de natalité occidental coïncide exactement avec le pic d'optimisme technologique, les jets, l'atome, Apollo. Girard l'avait compris : une civilisation privée de frontière retourne sa rivalité contre elle-même, et c'est très exactement notre époque, guerres culturelles, ressentiment, déclin administré par comités. Rendez-lui une frontière, et la même énergie mimétique redevient émulation, construction, transmission. La colonisation du cosmos est le premier projet capable d'unifier l'Occident depuis 1969. On refera des enfants comme on posait des pierres de cathédrale, pour un édifice qu'on ne verra pas achevé. Le premier bébé né en orbite fera plus pour la démographie européenne que cinquante ans de politiques familiales.
Maintenant, additionnez. Une économie terrestre relancée par un projet commun et une démographie qui repart. Une économie orbitale complète, énergie, calcul, industrie, tourisme, dont chaque dollar transitera par le même péage. Un système solaire dont la matière et l'énergie excèdent tout ce que la Terre contiendra jamais. Et une seule entreprise qui détient l'accès.
Si A, la richesse suit l'énergie captée, et si B, SpaceX ouvre seule un réservoir un milliard de fois supérieur, alors la conclusion tombe d'elle-même : comparer SpaceX à la richesse terrestre est une erreur de catégorie. La Terre cesse d'être le dénominateur. « Plus que le reste de la Terre » n'est pas une hyperbole. C'est un arrondi à l'inférieur.
Personne, devant le premier puits de pétrole en 1859, n'a dessiné Dubaï. Personne, devant le premier transistor, n'a imaginé que le calcul deviendrait la première industrie du monde. Nous sommes en 1859, et le puits vient de jaillir.
Je maintiens ce que j'écrivais il y a un mois : achetez de l'optimisme. Je ne change qu'un détail. La taille du sous-jacent. C'est l'univers.