
Je viens d'écouter cette l’intervention d’Éric Heyer @HeyerEric sur le financement des retraites. Je n’ai rien contre lui, le raisonnement énoncé est propre, les hypothèses sont explicites, et je suppose que le travail de modélisation est sérieux. En revanche, j'en ai franchement marre de ce type de discours, parce qu’il donne l’impression de traiter le problème tout en en minimisant l’ampleur réelle. Eric Heyer nous explique que le déficit dépendra de la productivité : 0,7 → déficit contenu 1,4 → plus de déficit Très bien, mais cela revient à dire que si tout va bien, tout va bien. D'abord, je rappelle que la productivité n’est pas un bouton sur lequel on appuie, IA ou non, et que mine de rien, elle est elle-même fortement affectée par le niveau élevé de prélèvements qu’on se traîne en France qui sert notamment à financer des retraites déjà trop élevées. Ensuite, cela évite surtout de poser clairement le constat que le système est déjà déséquilibré aujourd’hui. Dans ce contexte, proposer de réindexer les pensions sur les salaires plutôt que sur l’inflation est une réponse purement paramétrique. Ce type d’ajustement aurait du sens dans un système globalement à l’équilibre, mais ici, on parle d’un système où le niveau de dépense est déjà trop élevé dans l'absolu (cf. entre autres les deux points de PIB évoqués par le journaliste). On ajuste des curseurs sans jamais interroger le niveau initial. Autre point, Éric Heyer explique que l'augmentation des cotisations ou la baisse des pensions génèrent des chocs récessifs. Dans cet échange, il les évoque dans la même phrase, sans détailler davantage, ce qui donne l’impression qu’ils sont comparables. Je suis d'accord avec lui sur l'augmentation des cotisations qui est une ponction directe sur le travail, avec une hausse du coût qui entraîne une perte de compétitivité avec un effet quasi immédiat. Ce mécanisme est clair et bien documenté. En revanche, baisser les pensions n'est pas du tout la même chose. L’impact dépend du profil des retraités concernés et notamment : - de leur niveau de patrimoine - de leur comportement d'épargne ---> l’effet est diffus, modulable, et non uniforme. Il dépend littéralement des modalités envisagées de la baisse. Mettre ces deux leviers sur le même plan, même implicitement, biaise le débat. Au fond, ce qui me gêne le plus, c'est qu'on parle encore de modélisation aujourd'hui. On simule des trajectoires à 40 ans. On fait varier des hypothèses de productivité On ajuste des paramètres. Mais on ne sort jamais du cadre actuel. Or celui-ci est fondamentalement vicié et il est déjà financièrement insoutenable. Dans ces conditions, continuer à produire des projections dans ce cadre revient à entretenir une illusion de pilotage. Le COR reste incapable de dire l’essentiel, à savoir que le système, tel qu’il est conçu aujourd’hui, ne tient pas A un moment, il va falloir assumer ce constat. Très concrètement, en tant que citoyen, je n’ai pas besoin d’une énième projection à 2070, d’un nouveau scénario optimiste ou dégradé, ou d'une instance qui a déjà démontré ses limites en matière de prévisions J’ai besoin qu’on regarde le réel en face, qu'on constate collectivement le déséquilibre structurel et qu'on décide collectivement d'autre chose, comme des adultes, en faisant des choix. On a besoin d'une réforme systémique, j'ai proposé la mienne, d'autres l'ont fait et c'est ça qui devrait être le débat aujourd'hui.








