
Carte blanche no 227 Le colosse et l’éphémère : C4 face à C64 De tout temps, la scène politique congolaise a obéi à une logique binaire. Jadis, le MPR/Parti-État faisait face à l’UDPS, dressée contre la dictature mobutiste. Le maréchal incarnait l’un, le Sphinx de Limete l’autre. Durant la transition des années 1990, la majorité présidentielle restait acquise à Mobutu tandis que l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR) se tenait tout entière derrière Étienne Tshisekedi. À l’avènement de l’AFDL, une partie de la classe politique se rangea derrière Laurent-Désiré Kabila, l’autre continuant de soutenir le même opposant historique. Cette bipolarité se prolongea encore sous Joseph Kabila, face à une opposition longtemps structurée autour de la figure historique d’Étienne Tshisekedi. Puis vint le FCC face au CACH de Félix Tshisekedi. Aujourd’hui, l’Union sacrée de la nation s’est imposée, mais en face, point de rassemblement politique organisé, ni de figure fédératrice reconnue. Résultat : la débandade. Toujours aussi dynamique, la classe politique congolaise ne cesse d’évoluer. Sur fond de divergences relatives aux réformes constitutionnelles, la coalition Article 64 (C64) naît pour s’opposer à tout changement de la Constitution. Comme en physique, à toute action correspond une réaction : la coalition des Congolais pour le changement de la Constitution (C4) voit le jour. Une coalition, pour exister et peser sur la vie nationale, doit être portée par une autorité politique forte, reconnue et incontestée. À défaut, elle ne fera que passer, tel un épiphénomène, comme ces rassemblements éphémères qui vivent l’espace d’un matin, à l’image des roses. Or, force est de constater que la C4 se range sans ambages derrière le président Tshisekedi. Quelle personnalité consensuelle, en revanche, pour incarner la C64 ? Aucune. Et il est peu probable qu’il en émerge une. Dès lors, la C64 court le risque d’être un projet mort-né. Pourtant, nous souhaitons ardemment son existence. Car si le processus de changement constitutionnel que nous soutenons devait se dérouler sans opposition audible, il revêtirait les ors trompeurs d’une époque révolue, celle du MPR/Parti-État. C’eût été une mascarade plébiscitaire. Nous voulons au contraire que la C64 soit debout, active, combative jusqu’au référendum. Qu’elle invite la population à voter non ; nous l’inviterons à voter oui. Telle est la beauté de la démocratie, cette tension féconde. Malheureusement, nous demeurons convaincus que cette coalition adverse pourrait bien s’essouffler rapidement, faute d’un centre de gravité politique capable de fédérer durablement ses composantes, et en l’absence d’une adhésion populaire substantielle. Il nous est toutefois loisible d’espérer qu’elle nous surprenne agréablement, qu’elle échappe à une règle presque consubstantielle à notre pays : sans figure rassembleuse acceptée de tous, aucune coalition ne subsiste durablement en République démocratique du Congo. Elle se dissout comme un morceau de sucre dans l’eau.

























