
Malgré les incertitudes, mon inquiétude concernant l’établissement d’un des plus puissants épisodes El Niño jamais mesurés reste intacte depuis mon premier tweet du 6 avril. Et je maintiens le terme : dans l’état actuel des prévisions, la situation est « alarmante ». Le puissant El Niño de 1877-1878 a contribué, parmi d’autres événements météorologiques cocomittant, à la Grande Famine mondiale de 1876-1878 via d’importantes perturbations hydriques autour du Pacifique. Selon l’étude de Deepak Ray et collègues publiée dans le Climatology (« Climate and the Global Famine of 1876-78 », 2018), cette famine aurait causé entre 30 et 60 millions de décès, soit environ 2 à 3,5 % de la population mondiale de l’époque. Certaines analyses décrivent cet événement comme possiblement « la pire catastrophe environnementale ayant frappé l’humanité » au cours des derniers siècles, avec un bilan humain comparable à celui des guerres mondiales ou de la pandémie de grippe de 1918-1919. Évidemment, dans une économie agricole mondialisée, les conséquences d’un El Niño comparable ne seraient probablement pas équivalentes aujourd’hui. Mais plusieurs éléments distinguent notre contexte actuel de celui de 1877 : nous faisons face à une polycrise mêlant tensions géopolitiques, instabilités sur les engrais et l’énergie, ainsi qu’au changement climatique qui ajoute un réchauffement de fond supplémentaire aux anomalies liées à El Niño. Le tout dans un contexte de réchauffement dont la pente est accélérée depuis 7 ans (sur de récentes études, mais dont les conclusions ne sont pas encore partagées par toute la communauté). Même si les modèles persistent à signaler un épisode potentiellement inédit par son intensité, l’incertitude demeure importante jusqu’à l’été. Cependant, lorsqu’il s’agit d’agriculture et de sécurité alimentaire, mieux vaut anticiper que subir, en particulier pour les pays en développement qui restent les plus vulnérables aux chocs climatiques. Je maintiens donc ma position : à ce stade, les prévisions et les observations continuent d’aller dans le sens d’un épisode potentiellement majeur et préoccupant. Pour ce thread, je me suis notamment appuyé sur des échanges avec le compte @MystereMeteo, qui m’a transmis l’article scientifique cité plus haut. Je vous conseille vivement de le suivre. L'image est tirée du Washington Post.












