Saliou🇸🇳@Saliou88camara
moi, m’ont bien tabassé et conduit vers le Baobab, tout près du pavillon F. J’y ai trouvé un cortège de policiers bien en place. Chacun prenait sa dose sur mon dos. J’ai profité un moment de leur inattention pour m’échapper. Mais ils m’ont encore rattrapé, frappé puis conduit dans leur fourgonnette. La voiture était pleine à craquer, mais ils nous ont entassés à l’intérieur comme des moutons. De l’intérieur, j’y ai vu des scènes plus qu’horribles, que j’ai décidé de vous épargner pour ne pas heurter la sensibilité de certains. Mais retenez qu’un policier m’a dit en face : « vous n’avez encore rien vu ». Les scènes d’intimidation étaient inhumaines. Insultes à gauche, coups à droite. Je les entendais dire qu’ils allaient nous déférer comme nos camarades précédents, actuellement détenus au poste de police du Point-E.
Les filles en provenance du pavillon H, escortées par la Croix-Rouge, n’ont pas été épargnées par leur barbarie. Certaines ont été frappées, d’autres ont subi de petits attouchements. Elles hurlaient comme pas possible. Trente minutes passées dans la fourgonnette. Ils nous ont relaxés un à un avec des coups de fouet. J’ai trouvé refuge à Amsa, chambre 14 N, chez un ami. Je pouvais à peine marcher. La douleur sur mon dos était inexplicable. J’y suis resté un peu avant de retourner dans notre pavillon, qui prenait feu au quatrième étage, pour récupérer mes affaires et celles de mes camarades. Celui-ci était totalement saccagé. Je ne savais même pas où mettre les pieds. Après avoir récupéré mon portable, j’y ai trouvé plus de 30 appels en absence. Je me suis connecté pour prendre des nouvelles de mes camarades. J’ai vu qu’ils étaient au service médical du COUD. J’y suis allé, mais l’hôpital était débordé. On n’avait même pas où s’asseoir. Depuis l’hôpital, on voyait toutes sortes de blessures. C’était horrible. De plus, on n’a pu manger qu’à l’hôpital. C’est-à-dire que pendant toute la journée, on n’avait rien avalé. C’est à l’intérieur de l’hôpital qu’on nous a servi quelques morceaux de pain.
Pour finir, juste après, on apprend le décès de notre camarade étudiant, Abdoulaye Bâ, qui n’a pas survécu à ses blessures. Qu’Allah lui pardonne et l’accueille dans Son paradis. Amine.
En somme, la violence (physique et morale), nous l’avons vécue au plus profond de notre chair. La suite, vous la connaissez.
Le lendemain, après avoir subi toutes sortes de bavures et d’humiliations, le gouvernement s’est permis, dans un point de presse, de manipuler l’opinion nationale et internationale. Les mots m’échappent pour décrire leur cirque. Je m’en arrête là, pour la mémoire de notre camarade. Sinon, je risque de dire des choses que je vais regretter après.
Toutefois, un de mes camarades dispose des images exactes de ce qui s’est réellement passé et serait prêt à aider à faire cesser la manipulation.