Gavin Kelly
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Gavin Kelly
@GavinKellyLatin
Professor of Latin Literature and Roman History, University of Edinburgh


Parution : quand je lis "Bas empire romain", je bloque un peu comme quand je lis "chute de l'empire romain"! Je préfère parler d'Antiquité tardive! Si ce n'avais pas été Tiphaine Moreau, docteur en Histoire romaine et spécialiste de la période, qui a écrit ce livre de 400 pages paru aux @EditionsPerrin en janvier 2026, je ne l'aurai même pas ouvert ! Alors pourquoi le choix de ce titre "Bas-Empire" au lieu d'Antiquité tardive" ? Le choix du terme "Bas-Empire" est délibéré et ancré dans l'historiographie classique, mais il n'est pas "désuet" pour autant – il sert plutôt de pont entre traditions anciennes et approches modernes. Ce vocable, popularisé au XVIIIe siècle par des historiens comme Edward Gibbon dans Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romain, évoque traditionnellement une période de décadence et d'affaiblissement, par opposition au "Haut-Empire" des Ier-IIe siècles. Il porte une connotation péjorative, impliquant un "bas" niveau culturel ou politique, ce qui a conduit les historiens contemporains, depuis les travaux de Peter Brown dans les années 1970, à préférer "Antiquité tardive" pour souligner les continuités, les transformations et la vitalité culturelle (par exemple, l'essor du christianisme ou les échanges avec les "barbares"). Tiphaine Moreau opte pour "Bas-Empire" precisément pour réconcilier ces deux visions : elle intègre les acquis de l'"Antiquité tardive" (résiliences, adaptations sociétales) tout en revisitant le savoir classique sur cette ère de crises. Ce titre n'est donc pas un archaïsme gratuit, mais un choix méthodologique pour "réviser la boussole" et "compléter le puzzle" historiographique, en évitant les excès déclinistes tout en reconnaissant les faiblesses structurelles de l'Empire. L'ouvrage suit un plan chronologique clair, divisé en chapitres couvrant les grandes phases : la crise du IIIe siècle (anarchie militaire, invasions), les réformes de Dioclétien et Constantin (tétrarchie, christianisation), les troubles du IVe siècle (usurpations, migrations barbares) et l'agonie du Ve siècle (sac de Rome en 410, chute en 476). L'auteur intercale des "paliers thématiques" (économie, armée, religion, administration) pour approfondir les mécanismes de résilience, comme l'adaptation de l'État romain face aux pressions extérieures et internes. Plutôt que de dépeindre une "chute brutale", elle met l'accent sur un effondrement lent, fait de transformations progressives : l'intégration des barbares dans l'armée, la décentralisation du pouvoir, ou la persistance d'un héritage culturel qui relativise les discours déclinistes actuels (par analogie avec nos crises contemporaines). L'approche est minutieuse et fouillée, s'appuyant sur des sources primaires (textes antiques, archéologie) et une bibliographie actualisée. Le sous-titre "Les derniers feux de l'Occident romain" évoque non pas une extinction totale, mais des lueurs persistantes, soulignant la capacité de l'Empire à se réinventer malgré les crises Le livre est particulièrement érudit mais accessible avec un luxe de détails, offrant un panorama exhaustif qui enrichit la compréhension des dynamiques complexes (par exemple, le rôle du christianisme comme facteur de cohésion ou de division). En renversant la vision d'un déclin inéluctable, l'aiteur met en lumière la "résilience extraordinaire" de l'État romain, ce qui rend l'ouvrage pertinent pour réfléchir à des thèmes actuels comme les migrations ou les effondrements civilisationnels, sans verser dans l'analogie forcée. L'auteur évite les jugements moraux, préférant une analyse factuelle qui "brosse un panorama propre à réviser la boussole" sur les derniers siècle de l'empire romainnd'Occident.

































