Karolynn Lív Jrvn

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@KarolynnJrvn

Translator, insatiable wanderer, aspiring linguist, bookworm, music enthusiast 🕊

Belgium Katılım Nisan 2017
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Marie Marie, nièce de la Gonfle et meuf à Tonio
On a rarement aussi bien parlé du travail d'écrire. 3 ans, pour ma part, que j'hésite sur une virgule, ce qui bloque la suite. C'est un métier, y a pas de cfa et en plus, dans le cas de Bert, faut devenir la voix de qqun. Vlà la montagne.
Bertrand Dal Vecchio@bdalvecchio

Hier après-midi, je travaillais avec un copain acteur. Je ne peux pas dire son nom, pour d’évidentes raisons de discrétion. Sachez qu’il a la soixantaine, une belle carrière derrière lui et beaucoup de talent. Il y a quelque temps, il m’a demandé de lui écrire un seul-en-scène autour d’un personnage mythologique. Il voulait un texte plein de fureur. « Ok, ok », je lui ai dit. « Je peux faire ça. » Je bosse quelques semaines, je rends ma copie, qu’il valide, et hier nous nous retrouvons pour lire le texte. Une heure dix plus tard, la lecture est terminée et la vérité commande de le reconnaitre : c’est un désastre. Bien sûr, le texte a ses faiblesses et je regarde mes notes, un peu désespéré face à tout ce travail de réécriture à venir. Mais il n’y a pas que ça. Le problème n’est pas tant mon texte que ce qu’il en a fait. Du début à la fin, le gars est complètement à côté. Son jeu grince comme un vieux volet dans le vent d’hiver. Or, depuis huit ans que je fréquente les acteurs, j’ai appris à les connaître. Ils sont névrosés et fragiles comme des vases Ming. Alors je prends sur moi. Je dis que c’est de ma faute, que je vais reprendre le texte et, l’air de rien, je lui demande comment il va. Il secoue la tête. — Le problème, c’est pas ton texte. J’en ai marre. Je n’ai plus envie de faire l’acteur. — T’es un peu jeune pour prendre ta retraite, je lui fais remarquer. — C’est depuis la mort de ma mère. Je sais qu’elle est morte récemment et que ses dernières semaines à l’hôpital ont été très difficiles. — Je faisais l’acteur pour la faire rire, me confie-t-il. Parce qu’avec mon père, la vie était vraiment difficile. Il y avait beaucoup de violence. « Je faisais l’acteur pour la faire rire », c’est une bonne phrase. Je la note mentalement et je me tais, parce que c’est le moment de se taire. Il me raconte alors que sa mère souffrait depuis des années de graves problèmes cardiaques et qu’elle pouvait mourir à n’importe quel moment. Cette perspective la terrifiait. Alors le bon fils qu’il était lui avait donné un téléphone portable. Il lui avait expliqué qu’elle pouvait l’appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et qu’il la rejoindrait immédiatement, où qu’elle soit. Elle ne l’avait jamais appelé. Jusqu’à cette fameuse nuit, alors qu’elle est à l’hôpital et que la fin approche. Au téléphone, elle ne dit rien. Il entend juste sa respiration, haletante, difficile. Il comprend immédiatement, lui annonce qu’il arrive séance tenante. Il raccroche, appelle tout de suite la clinique, tombe sur une infirmière qui accourt dans la chambre de sa mère, téléphone à l’oreille. Elle le rassure : « Votre mère va bien. Elle dort. Sa respiration est normale. » Mais lui insiste. Il annonce sa venue. L’infirmière vérifie les consoles à grands coups de bip-bip et, encore une fois, le rassure : — Non, non monsieur, restez couché. Tout va bien. Vous verrez votre mère demain. Il se recouche et sa mère meurt une heure plus tard. Il a terminé son histoire. Il a les les yeux pleins de larmes et cette terrible culpabilité qui l’écrase. Moi, je n’ai pas grand-chose à lui dire, hormis la vérité : — C’est cette histoire que tu dois raconter sur scène. — Quelle histoire ? fait-il, sceptique. La mort de ma mère ? Je secoue la tête. — Non. Celle de l’acteur qui ne veut plus jouer parce que sa mère est morte. L’égo extravagant de vous autres acteurs. La culpabilité. La mort. La peur de disparaitre et, pourquoi pas, l’art rédempteur. Un silence. L’idée chemine. Il renifle, s’essuie les yeux encore une fois. — Est-ce que tu peux m’aider à écrire cette histoire ? —Bien sûr que je peux t’aider, d’autant plus que tu vas me payer pour ça. Il sourit. Il secoue la tête. Je le fais rire. C’est pour ça qu’il aime travailler avec moi. — Je ne vais pas te payer, dit-il. — Je mets mes enfants dans le privé à la rentrée", je lui explique. "Je veux qu’à la fin de leur scolarité ils soient capables d’écrire leur nom avec des gommettes de couleur. Donc, j’ai besoin de que tu me payes, oui." —J’en ai rien à foutre que tes gosses aillent dans le privé, lâche-t-il dans un grand éclat de rire. Nous nous sommes quittés plus ou moins là-dessus et durant le long trajet retour en RER, je tombe sur l’article du Figaro sur l’A.I., la littérature et les zozos qui pondent trois textes par jour sur Amazon Kindle Machin. Je trouve l’article est un peu confus, mais c’est sans doute parce que la situation elle-même est un peu confuse. Néanmoins, j’aime beaucoup la dernière phrase « Le lecteur cherchera encore ce qu’aucune machine ne peut éprouver : qu’au bout de la phrase, quelqu’un a vraiment tremblé et souffert. » Ça me semble très juste parce que, écrire, jouer, tout cela coûte toujours quelque chose. L’enjeu, c’est d’accéder à une vérité qui est toujours cachée et très souvent douloureuse. C’est comme moi avec cette histoire : écrire un texte pour finalement devoir en écrire un autre, parce que c’est ce chemin-là qu’il faut emprunter pour trouver ce que l’on cherche et que l’on ne savait pas qu’on cherchait. Je sais que ça n’a aucun sens. C’est précisément pour cette raison que l’I.A ne peut pas le faire. Pas encore, en tout cas.

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myriam 
myriam @myriam·
Dans cette vallée de larmes au long jour sans fin, on sourirait presque de la créativité absurde et presque naïve dont font preuve ces égarés — probablement plus à plaindre qu’à blâmer. Quoi que, je n’ai pas encore vraiment tranché la question. En ces temps si incertains aux malentendus si contagieux, je tiens à préciser que je parle bien des antisémites, et non des juifs. Et que le cadratin étiré plus haut est humain. Bonjour chez vous,
Adi@Adi13

19 years old Barista served a coffee with swastika symbol on it to the elderly Jewish customer. It happened in the coffee shop, Coffee Cup, North London, customer complaint to the management and manager, Bekim Haradini fired barista the same day.

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Karolynn Lív Jrvn
Karolynn Lív Jrvn@KarolynnJrvn·
@MChalope @nicolascarrie15 Je n’ai lu que quelques-uns de ses tweets, donc difficile de la juger sur le fond, mais j’ai l’impression qu’elle manque un peu de nuances. À part vos tweets et les quelques pages de Bella que vous avez publiées ici, non 😔
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Nausicaa
Nausicaa@pheacienne·
"Ne pas avoir de sens pour l’art, ce n’est pas grave. On peut ne pas lire Proust, ne pas écouter Schubert, et vivre en paix. Mais le misomuse ne vit pas en paix. Il se sent humilié par l’existence d’une chose qui le dépasse et il la hait." Kundera, L'art du roman
Enzo Morel@mtwit75

Un élu écolo parisien critique la « culture bourgeoise du beau », préférant les tags sur la petite ceinture à « l'esthétique parisienne des prétendument beaux quartiers ».

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Benjamin
Benjamin@sdblepas·
Un de mes dessins préférés de @XavierGorce
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Karolynn Lív Jrvn
Karolynn Lív Jrvn@KarolynnJrvn·
“La perspective d’une carrière d’écrivain s’est, je pense, refermée à tout jamais pour un adolescent de 16 ans.” Cette phrase me fout un de ces cafards 😔
Samuel Fitoussi@SamuelFitouss10

Excellente chronique d'Eugénie Bastié, que je trouve presque trop optimiste. Eugénie prédit qu'il restera les vrais écrivains qui savent faire du langage l'instrument d'une sensibilité : je ne suis pas sûr. Il y aura beaucoup de prompteurs qui auront un style fin, beau, sensible et identifiable. Ils auront trouvé une formule dans leur prompt qui donne des résultats élégants et que personne d'autre n'aura à l'identique. Ni la qualité, ni le style ne seront des critères permettant de distinguer ce qui sort du cerveau d'un auteur de ce qui a été généré par un LLM. Dans ces conditions, qui passera encore des heures à écrire, sachant qu'ils peuvent avoir un résultat meilleur en 30 secondes avec Claude, et qu'on les soupçonnera de toutes façons d'avoir utilisé un LLM ? La perspective d'une carrière d'écrivain s'est, je pense, refermée à tout jamais pour un adolescent de 16 ans. Par ailleurs, je ne suis pas certain que les textes IA soient tous sans saveur. Beaucoup de textes IA sont remarquables et agréables à lire (et je suis certain que beaucoup de gens qui se targuent de savoir les repérer se font parfois piéger) ; avec le progrès des modèles, cela s'accentuera. Bref, comme Eugénie je ne vois pas d'autre chemin que celui nous menant vers un monde où (presque) plus personne n'écrira. (Ce qui ne sera pas sans effets secondaires cognitifs : c'est en écrivant qu'on apprend à penser, à structurer un raisonnement, etc.) Pour la lecture, reste une question : y aura-t-il des gens souhaitant lire des textes dont ils savent qu'ils ont été générés par un LLM ? Sachant qu'en plus ils pourront discuter avec leur LLM dans leur coin.

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Bertrand Dal Vecchio
Bertrand Dal Vecchio@bdalvecchio·
Hier après-midi, je travaillais avec un copain acteur. Je ne peux pas dire son nom, pour d’évidentes raisons de discrétion. Sachez qu’il a la soixantaine, une belle carrière derrière lui et beaucoup de talent. Il y a quelque temps, il m’a demandé de lui écrire un seul-en-scène autour d’un personnage mythologique. Il voulait un texte plein de fureur. « Ok, ok », je lui ai dit. « Je peux faire ça. » Je bosse quelques semaines, je rends ma copie, qu’il valide, et hier nous nous retrouvons pour lire le texte. Une heure dix plus tard, la lecture est terminée et la vérité commande de le reconnaitre : c’est un désastre. Bien sûr, le texte a ses faiblesses et je regarde mes notes, un peu désespéré face à tout ce travail de réécriture à venir. Mais il n’y a pas que ça. Le problème n’est pas tant mon texte que ce qu’il en a fait. Du début à la fin, le gars est complètement à côté. Son jeu grince comme un vieux volet dans le vent d’hiver. Or, depuis huit ans que je fréquente les acteurs, j’ai appris à les connaître. Ils sont névrosés et fragiles comme des vases Ming. Alors je prends sur moi. Je dis que c’est de ma faute, que je vais reprendre le texte et, l’air de rien, je lui demande comment il va. Il secoue la tête. — Le problème, c’est pas ton texte. J’en ai marre. Je n’ai plus envie de faire l’acteur. — T’es un peu jeune pour prendre ta retraite, je lui fais remarquer. — C’est depuis la mort de ma mère. Je sais qu’elle est morte récemment et que ses dernières semaines à l’hôpital ont été très difficiles. — Je faisais l’acteur pour la faire rire, me confie-t-il. Parce qu’avec mon père, la vie était vraiment difficile. Il y avait beaucoup de violence. « Je faisais l’acteur pour la faire rire », c’est une bonne phrase. Je la note mentalement et je me tais, parce que c’est le moment de se taire. Il me raconte alors que sa mère souffrait depuis des années de graves problèmes cardiaques et qu’elle pouvait mourir à n’importe quel moment. Cette perspective la terrifiait. Alors le bon fils qu’il était lui avait donné un téléphone portable. Il lui avait expliqué qu’elle pouvait l’appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et qu’il la rejoindrait immédiatement, où qu’elle soit. Elle ne l’avait jamais appelé. Jusqu’à cette fameuse nuit, alors qu’elle est à l’hôpital et que la fin approche. Au téléphone, elle ne dit rien. Il entend juste sa respiration, haletante, difficile. Il comprend immédiatement, lui annonce qu’il arrive séance tenante. Il raccroche, appelle tout de suite la clinique, tombe sur une infirmière qui accourt dans la chambre de sa mère, téléphone à l’oreille. Elle le rassure : « Votre mère va bien. Elle dort. Sa respiration est normale. » Mais lui insiste. Il annonce sa venue. L’infirmière vérifie les consoles à grands coups de bip-bip et, encore une fois, le rassure : — Non, non monsieur, restez couché. Tout va bien. Vous verrez votre mère demain. Il se recouche et sa mère meurt une heure plus tard. Il a terminé son histoire. Il a les les yeux pleins de larmes et cette terrible culpabilité qui l’écrase. Moi, je n’ai pas grand-chose à lui dire, hormis la vérité : — C’est cette histoire que tu dois raconter sur scène. — Quelle histoire ? fait-il, sceptique. La mort de ma mère ? Je secoue la tête. — Non. Celle de l’acteur qui ne veut plus jouer parce que sa mère est morte. L’égo extravagant de vous autres acteurs. La culpabilité. La mort. La peur de disparaitre et, pourquoi pas, l’art rédempteur. Un silence. L’idée chemine. Il renifle, s’essuie les yeux encore une fois. — Est-ce que tu peux m’aider à écrire cette histoire ? —Bien sûr que je peux t’aider, d’autant plus que tu vas me payer pour ça. Il sourit. Il secoue la tête. Je le fais rire. C’est pour ça qu’il aime travailler avec moi. — Je ne vais pas te payer, dit-il. — Je mets mes enfants dans le privé à la rentrée", je lui explique. "Je veux qu’à la fin de leur scolarité ils soient capables d’écrire leur nom avec des gommettes de couleur. Donc, j’ai besoin de que tu me payes, oui." —J’en ai rien à foutre que tes gosses aillent dans le privé, lâche-t-il dans un grand éclat de rire. Nous nous sommes quittés plus ou moins là-dessus et durant le long trajet retour en RER, je tombe sur l’article du Figaro sur l’A.I., la littérature et les zozos qui pondent trois textes par jour sur Amazon Kindle Machin. Je trouve l’article est un peu confus, mais c’est sans doute parce que la situation elle-même est un peu confuse. Néanmoins, j’aime beaucoup la dernière phrase « Le lecteur cherchera encore ce qu’aucune machine ne peut éprouver : qu’au bout de la phrase, quelqu’un a vraiment tremblé et souffert. » Ça me semble très juste parce que, écrire, jouer, tout cela coûte toujours quelque chose. L’enjeu, c’est d’accéder à une vérité qui est toujours cachée et très souvent douloureuse. C’est comme moi avec cette histoire : écrire un texte pour finalement devoir en écrire un autre, parce que c’est ce chemin-là qu’il faut emprunter pour trouver ce que l’on cherche et que l’on ne savait pas qu’on cherchait. Je sais que ça n’a aucun sens. C’est précisément pour cette raison que l’I.A ne peut pas le faire. Pas encore, en tout cas.
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𝕄𝕒𝕝𝕕𝕠𝕣𝕠𝕣
@MChalope @Lee_H_Ovale @jah_cook tu renverses la sauce sur ma tête, et ma coupe déborde jusqu’aux pavés. Alors le Saint Prépuce de Lee chie à la face des vertueux, et les anges ivres applaudissent dans les ruelles, tandis que grâce et désordre m’accompagnent tous les jours de ma vie.
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gugus bontaquin
gugus bontaquin@gugus_bontaquin·
Excellent texte de Fitoussi. Il a complètement raison de dire qu'à ce rythme de développement fulgurant de l'IA le seul refuge de l'intelligence sera l'oral. Platon a mis 2400 ans à avoir raison mais il avait vu juste depuis le début : « SOCRATE : [...] Cette science, ô roi ! lui dit Theuth, rendra les Égyptiens plus savants et soulagera leur mémoire. C'est un remède que j'ai trouvé contre la difficulté d'apprendre et de savoir. Le roi répondit : Industrieux Theuth, tel homme est capable d'enfanter les arts, tel autre d'apprécier les avantages ou les désavantages qui peuvent résulter de leur emploi ; et toi, père de l'écriture, par une bienveillance naturelle pour ton ouvrage, tu l'as vu tout autre qu'il n'est : il ne produira que l'oubli dans l'esprit de ceux qui apprennent, en leur faisant négliger la mémoire. En effet, ils laisseront à ces caractères étrangers le soin de leur rappeler ce qu'ils auront confié à l'écriture, et n'en garderont eux-mêmes aucun souvenir. Tu n'as donc point trouvé un moyen pour la mémoire, mais pour la simple réminiscence, et tu n'offres à tes disciples que le nom de la science sans la réalité ; car, lorsqu'ils auront lu beaucoup de choses sans maîtres, ils se croiront de nombreuses connaissances, tout ignorants qu'ils seront pour la plupart, et la fausse opinion qu'ils auront de, leur science les rendra insupportables dans le commerce de la vie. » 𝑃ℎ𝑒̀𝑑𝑟𝑒, 274e-275b
Samuel Fitoussi@SamuelFitouss10

Certains textes, entièrement générés par l’IA, sont retweetés et loués par des milliers de gens intelligents. Ces textes sont parfois très bons (même si leur ton, assertif, polarisant et souvent sans nuance, peut être agaçant), mais je ne partage pas l’enthousiasme à leur égard. D’abord, il y a un enjeu de probité intellectuelle : s’appuyer sur des auteurs dont on n’a jamais lu une ligne ; présenter comme l'expression d'une réflexion personnelle ce qui sort de la machine, c’est jouer avec la crédulité de ses lecteurs. Surtout, cela annonce la fin de l’écrit comme médium de consommation culturelle. Demain, qui voudra prendre la peine d’écrire (passer des heures sur un texte ou des centaines d’heures sur un manuscrit) s’il sait non seulement qu’il peut obtenir un meilleur résultat en faisant travailler Claude cinq minutes (pratique dont ne se priveront pas ses “auteurs” concurrents), mais qu’en plus, on le soupçonnera dans tous les cas d’avoir fait générer son travail par une IA ? Et en retour, quel lecteur voudra lire un texte ayant une probabilité très élevée d'avoir été généré par Claude ? La lecture et l’écriture continueront peut-être d’exister encore quelques décennies, parce que des auteurs ont montré avant l’IA qu’ils savaient écrire, ont rendu leur subjectivité identifiable, et ceux-là conserveront peut-être un public. Mais dans quelques temps, je vois mal qui lira et écrira encore. Restera l'information brute, dont on se moque qu'elle soit générée par IA ou non ; et le contact oral avec des personnes que l'on a la certitude d'avoir en face de soi. Entre les deux, l'espace de la lecture (celui où nous apprenons à penser, à structurer un raisonnement) risque de se refermer. On pourrait objecter que cette évolution annonce peut-être la fin de l’écriture, mais pas de la lecture, puisque le contenu généré par l’IA est souvent de qualité. Les tweets IA plaisent déjà beaucoup, et les capacités des LLM progresseront encore (demain, l’IA sera sans doute plus créative, plus rigoureuse philosophiquement et analytiquement, que les humains les plus brillants). Mais je pense, et ce n’est qu’une hypothèse, que le succès de ces posts est temporaire : s’ils fonctionnent, c’est parce qu’ils ne sont pour l’instant par identifiés comme étant générés par l’IA. Ceux qui les louent les attribuent à la subjectivité d’un humain. Nous suivons certaines personnes, nous recherchons leur contenu et leur opinion parce qu’ils sont eux, non parce qu’ils sont un Claude indifférencié prompté correctement, reproductible en cinq minutes par n’importe qui. Le plaisir de la lecture tient aussi (surtout ?) au fait d’entrer en contact avec une autre conscience, de suivre les cheminements de sa pensée qui s'est construite contre le monde et qui a été façonnée par un parcours de lecture unique. Et du sentiment d’être respecté par un auteur qui a pesé chacun de ses mots pour nous offrir une lecture agréable. Lire un bon texte, c'est passer un moment en compagnie de quelqu'un qui a tenu à bien nous recevoir. On ne se sent pas bien reçu par un pavé IA. D’autant que notre temps sur Terre est limité, raison pour laquelle nous n’accordons notre attention qu’à ce dont on présume qu'il a coûté quelque chose à quelqu'un. L’effort de lecture rétribue un effort (présumé) d’écriture : avant l’IA, l’existence d’un texte était un signal que son auteur avait jugé son idée digne du temps passée à la formuler - et qu’elle avait donc des chances d’être digne d’être lue. Demain, ce signal sera noyé. Aujourd’hui certains comptes ont un relatif monopole des pavés IA (et ils restent donc en quelque sorte singuliers, identifiables), mais la barrière à l’entrée de ce type de contenu étant nulle, ce monopole est voué à s’effondrer, leur contenu à devenir une commodité, et leur audience à se déliter. Un contre-argument veut que l'IA (comme avant elle l’imprimerie, la photographie, la reproduction mécanique, etc.) ne fasse que déplacer le geste. Elle prend en charge l'écriture et le choix des mots, mais la génération des idées, le raisonnement, l'architecture de l'argument resteraient à la charge de l'auteur ; or c'est la part la plus noble du travail. Malheureusement, l'IA fait très bien les deux. Demandez à Claude un pamphlet contre le centrisme ou le socialisme, ou une réaction à n'importe quel tweet (sans lui souffler le moindre argument) : le résultat sera souvent excellent et même original. Certains s'accrochent à l’espoir que les meilleurs textes seront produits par des humains perfectionnant l’art du dialogue avec leur IA (la nourrir des bonnes pistes, l'orchestrer avec finesse, etc.) ; ceux-ci sauront lui faire produire des choses singulières où transparaîtra leur subjectivité. Mais l'IA produit déjà, du premier coup et sans guidage particulier, des textes remarquables, et le hasard de la génération créera, ici ou là, des textes qu’aucun prompteur talentueux n'aurait su mieux produire. Certains me disent qu’en tant qu’auteur, je leur fais penser aux chauffeurs G7 qui protestaient contre l’émergence d’Uber. Mais dans le cas d’Uber, il y avait en face des perdants une foule de gagnants, ce qui rendait l'évolution défendable. Qui seront les gagnants ici ? Ni les créateurs (dont les contenus seront noyés dans un océan de contenu indifférencié où le signal se perd), ni les lecteurs (pour les raisons évoquées), ni Twitter (que les profils de qualité, qui font sa valeur, fuiront peu à peu). À court-terme, le producteur de contenu opportuniste (celui qui n'avait hier pas le talent d’écrire et qui peut désormais générer du contenu viral en promptant Claude) tire son épingle du jeu, mais c'est un gain fragile qui se retournera contre lui lorsque tout le monde appuiera sur le même bouton. Uber a créé de la valeur ; l'IA semble surtout la dissiper.

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Marie Marie, nièce de la Gonfle et meuf à Tonio
1. Pris de la c? 2. Baisé à + que 2? 3. Pété la gueule ou quasi à votre boss? 4. Prié pour votre vie? 5. Avez passé les bornes par amour. Toutes? 6. Avez voulu clamser? 7. Avez clamsé? 8. Avez préféré avoir des remords que des regrets? 9. Vivez mal ce questionnaire? 10. Pleurez?
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Raphael Barberi📷
Raphael Barberi📷@itsrapha83·
Romanticising Flemish summer because North Eurosummer deserves love too
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Karolynn Lív Jrvn
Karolynn Lív Jrvn@KarolynnJrvn·
@MChalope Et 10, souvent (mais pas à l’instant). Surtout quand je lis. De rage ou de dépit, sinon.
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Karolynn Lív Jrvn
Karolynn Lív Jrvn@KarolynnJrvn·
@MChalope 5 et 8. (Je suis beaucoup trop sage pour ce genre de questionnaires, je crois 😅)
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Samuel Fitoussi
Samuel Fitoussi@SamuelFitouss10·
Beaucoup comparent l'IA aux précédentes transitions technologiques. Tout comme Gutenberg a libéré le livre du monopole des clercs, l'IA démocratisera l'écriture et brisera le monopole des lettrés. Elle permettra l'émergence d'une nouvelle classe d'écrivains (ou plutôt, de producteurs de textes) qui diffuseront de la pensée de grande qualité, au bénéfice du public. Sauf que cette nouvelle classe n'émergera pas. Nous sommes actuellement dans une période de transition très particulière, qui ne ressemble pas au monde de demain. Certains ont découvert qu'on pouvait faire générer d'excellents textes en un prompt à Claude, et détiennent encore le relatif monopole de cette pratique. Ces utilisateurs ont du succès, et ils l'ont en effet au détriment, sur le marché de l'attention, des commentateurs et des intellectuels d'hier (classe sociologique à laquelle certains ici vouent une haine irrationnelle, comme si l'appartenance à cette classe relevait d'un privilège indu de naissance plutôt que d'une condition acquise par le travail et la reconnaissance d'un public). Mais cette situation (où émergent de nouveaux producteurs de contenus, identifiés et plébiscités par le public) n'est pas un équilibre. Il n'y a pas de barrière à l'entrée pour produire des pavés IA. Bientôt donc, internet en sera inondé. Comme dans tout marché sans barrière à l'entrée ni coût de production, les marges disparaîtront, plus personne ne pourra se distinguer. Il restera un océan de contenu IA dont la provenance ne comptera pas (et dont les lecteurs se détourneront sans doute). Si chacun peut imprimer des billets de banque dans sa chambre, plus aucun billet n'a la moindre valeur... Le contre-argument consiste à dire que l'IA ne permet pas à chacun d'imprimer des billets de banque dans sa chambre. Pour imprimer un billet de banque, il faut nourrir son IA d'idées intéressantes. L'IA est uniquement un amplificateur, permettant à un humain de mieux mettre en forme sa subjectivité ; si l'humain n'a pas une subjectivité intéressante, s'il n'a pas d'arguments originaux, son IA ne produira rien de bon. C'était peut-être vrai avec les modèles précédents mais c'est désormais faux avec Claude Opus 4.7, qui produit en un jet d'excellents textes viraux à partir d'un thème, sans que ne figure dans le prompt le moindre argument. Et les modèles continueront à progresser. Je ne critique pas ceux qui ont flairé l'opportunité et qui à court-terme tirent leur épingle du jeu. Mais on n'est pas obligés de se réjouir de l'avenir que cela annonce.
GRM@grm_off

Il faut reconnaître à Samuel un certain courage dans le premier paragraphe. Celui d'admettre qu'il prend conscience que l'hégémonie des "journalistes" et "intellectuels" à maîtriser le récit et le média est déjà remise en cause, et que ça va aller en empirant. Tout le monde peut désormais lancer un média, une newsletter, une chaîne YouTube pour y mener des interviews... je sais de quoi je parle. Ensuite, le marché décide. Pas la rente, pas le diplôme, pas le réseau, pas les subventions publiques. Le public, c'est tout. Dans le deuxième paragraphe en revanche, il retombe dans ses travers péremptoires : la moralisation et le mépris. Ce n'est rien. Il s'adaptera ou disparaîtra.

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