Frantz Duval@Frantzduval
Editorial
Quand le ministère de l’Éducation oublie de défendre l’école
Le Nouvelliste | Publié le : 2025-09-06
Cette année encore, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), après avoir raté la rentrée des classes de septembre, a dégainé son arsenal répressif pour menacer les écoles, les parents et les élèves qui ont devancé sa date officielle de réouverture des classes pour reprendre les cours.
Le MENFP, dans une circulaire datée du 5 septembre 2025, évoque les dispositions d’un Décret de 1974 pour faire peur et tenter de forcer des récalcitrants à prolonger leurs vacances.
Fièrement, le ministère rappelle que « l’article 29 dudit Décret confère au MENFP l’autorité de sévir contre les chefs d’établissements privés qui agissent contrairement, et avec effronterie, à ses décisions ».
Les fonctionnaires du ministère ont cependant oublié que le texte de loi cité date d’un temps où les jours de classe perdus pour cause de grèves, manifestations, insécurité ou autres n’existaient pas.
Dans un pays où depuis 1986 aucune année scolaire n’a pu être complétée, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle devrait encourager les éducateurs à travailler autant qu'ils peuvent et même imposer des calendriers plus longs. Nous avons tellement de retards à rattraper et de mises à niveau à effectuer !
Dans un pays où les enseignants du secteur public ont toujours matière à faire grève, le stratagème d'une rentrée scolaire à date unique pour tous ne suffit pas pour combler le fossé entre les enfants du privé et ceux du public. La République, et on n'apprend rien à personne, entretient un système éducatif à plusieurs strates qui est une usine de fabrication d'inégalités et de frustrations. Il faut plus de jours de travail, beaucoup plus de bonne volonté et moins de postures.
Dans un pays qui connaît à la fois une fuite massive de cerveaux et une destruction abyssale de son capital humain, le rôle du ministère de l’Éducation nationale est-il de dresser des barrières sur les chemins des apprentissages ou de les encourager par tous les moyens ?
Est-ce parce que les cadres du ministère de l’Éducation nationale sont incapables de respecter les prévisions et de s’assurer de la réouverture des classes en septembre que tous les enfants et parents qui le souhaitent soient obligés de perdre la capacité de s’aligner sur le calendrier des examens internationaux et des entrées académiques hors d’Haïti ?
Les annonces de rentrée scolaire reportée par le MENFP sont toujours tardives et surprennent bon nombre d'écoles privées, majoritaires dans le pays. C’est vrai que seulement une catégorie d’élèves fréquente les écoles qui peuvent s’offrir le luxe de reprendre les études en août ou en septembre ; mais, au lieu de chercher à les punir, la tâche du ministère de l’Éducation devrait être de tout entreprendre pour permettre à tous d’aller à l’école le plus tôt et le plus longtemps possible.
Le ministère doit faciliter l’augmentation du nombre d’heures passées en classe. Pas chercher à les diminuer. Le ministère doit proposer aux écoles d'organiser des cours préparatoires, des séances de travaux dirigés ou toute autre option qui ramène les enfants en classe le plus tôt si c'est le concept de réouverture des classes qui le dérange. Mais le ministère ne doit pas menacer.
Dans un pays où 80% des établissements scolaires, à tous les niveaux, du pré-scolaire à l’université, relèvent du privé et que les parents se saignent des quatre veines pour assurer le pain de l’instruction à leur progéniture, le MENFP devrait avoir honte de son communiqué truffé de menaces. Sauf si, effectivement, le rôle du ministère est d’en finir, lentement, mais certainement, avec l’école haïtienne.
Frantz Duval