Che Habré@chehabre
#BÉNIN : UNE SUCCESSION EN TROMPE-L’ŒIL
Beaucoup ont salué Patrice Talon parce qu’il a quitté le pouvoir sans modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat. En apparence, cela ressemble à un exemple démocratique. Mais derrière cette image propre, la réalité est plus calculée.
Romuald Wadagni n’est pas un successeur indépendant. C’est le bras droit de Talon depuis des années, son ministre des Finances, l’un des principaux architectes du système en place. Le pouvoir ne change pas réellement de mains, il circule simplement dans le même cercle.
Et puis il y a ce chiffre : 94 % des voix.
Dans une véritable compétition politique, un tel score interroge forcément, surtout quand le parti de l’ancien président Boni Yayi, principale force d’opposition, a été écarté du jeu. Une élection sans adversaire sérieux ressemble davantage à une validation organisée qu’à une alternance réelle.
Derrière cette transition, il y a aussi la France.
Depuis son expulsion du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Paris cherche de nouveaux points d’appui dans la région. Le Bénin est devenu stratégique. On ne soutient plus forcément des présidents à vie, on prépare des successions contrôlées avec des hommes capables de protéger les mêmes intérêts. Et Talon savait qu’il ne pouvait pas se maintenir au pouvoir par la force même s’il l’avait voulu. L’armée béninoise n’est pas l’armée tchadienne. Elle reste une armée républicaine qui ne peut pas être utilisée aussi facilement pour protéger un homme ou violer ouvertement la Constitution. Alors au lieu d’un troisième mandat brutal, on organise une continuité plus élégante.
Et c’est peut-être cela le plus inquiétant pour l’Afrique.