Olivier Legrand retweetledi

L’affaire de l’acétamidrine est un révélateur cruel de la décadence française. L’interdiction de ce produit, alors qu’il reste utilisé par nos principaux concurrents agricoles, n’est pas qu'un simple épisode technique : c’est aussi un symptôme, une loupe sur les mécanismes délétères qui étouffent notre pays.
À l’origine, le principe de précaution devait éviter des catastrophes environnementales ou sanitaires lorsqu’un risque grave et irréversible menaçait, sans que la science ait encore tranché. Noble intention, devenue arme de destruction massive de l’innovation : comme d'habitude, l'enfer est pavé de bonnes intentions. En l’érigeant en dogme constitutionnel (merci Chirac, une bêtise de plus à l'actif de cet âne), la France s’est fabriqué un carcan. Désormais, tout projet un tant soit peu audacieux est suspect. On exige une preuve d’innocuité totale — chose scientifiquement impossible — avant d’autoriser quoi que ce soit. Ce réflexe fabrique une société de la peur : les Français sont infantilisés, sommés d’attendre le feu vert des autorités pour entreprendre. L’administration multiplie les formulaires, normes et contrôles pour se couvrir juridiquement, ce qui finit par tuer l’esprit d'entreprise. Pendant ce temps, les pays qui prennent des risques maîtrisés avancent et engrangent les bénéfices économiques et scientifiques.
Cette affaire illustre aussi le théâtre permanent dans lequel évoluent nos élus. Au lieu d’évaluer sereinement l’équilibre entre bénéfices et risques, les débats se transforment en jeu de postures. Chacun veut se positionner pour exister médiatiquement et cultiver un cheptel électoral, brandir le drapeau de la protection sans jamais chiffrer le coût réel de l’inaction. Les rares voix qui appellent à la rationalité sont accusées de faire le jeu des lobbies ou de sacrifier la planète. Ce n’est plus de la politique, c’est du marketing électoral. On parle fort, on agit peu, et quand on agit, c’est souvent à contre-sens.
Les conséquences concrètes sont limpides : nos agriculteurs n’auront pas accès à l’acétamidrine, mais nous importerons sans scrupule des produits agricole cultivés avec ce produit. Nos producteurs perdront en compétitivité et fermeront boutique. La valeur ajoutée migrera vers l’étranger. L’impact environnemental sera nul, voire négatif, puisque nous remplaçons une production locale par des importations à forte empreinte carbone. C’est l’idéologie à la place de la logique : on se félicite d’avoir interdit un produit alors que cette interdiction ne change rien aux volumes mondiaux utilisés, mais affaiblit notre économie.
Ce réflexe de tout interdire par précaution s’inscrit dans une mentalité plus large : celle d’un pays qui a peur de tout et foi en rien, sauf en l’État-providence. L’État surtaxe ceux qui produisent et innovent, arrose de subventions et de prestations ceux qui savent faire de l’immobilisme une stratégie de survie, confond sécurité et immobilisme, oubliant que la vraie sécurité vient de la capacité à produire, à inventer et à exporter. Le résultat est une érosion lente mais continue de notre puissance économique et technologique. Ce n’est pas une crise passagère, c’est une asphyxie systémique.
Ce système se maintient parce qu’il arrange beaucoup de monde : les politiques qui vendent de la protection à leurs électeurs, les bureaucrates qui justifient leur existence par la multiplication des normes, les groupes de pression idéologiques qui préfèrent des symboles vides à des politiques efficaces. Pendant ce temps, la France décroche dans tous les classements — compétitivité, innovation, industrie, agriculture — et personne n’assume.
L’affaire de l’acétamidrine est un révélateur. Nous avons remplacé l’audace par la peur, le raisonnement par la posture, la production par la dépendance. Un pays qui s’enferme volontairement dans cette logique ne meurt pas d’un coup : il s’éteint doucement, méthodiquement, avec la complicité active ou passive de presque tous ses acteurs. A commencer par les politiciens, cette espèce particulièrement nuisible.

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