Anne Rosencher@ARosencher
Aujourd’hui, plus personne ne danse de slow. Il a disparu.
Dans les soirées dansantes, les boums, chez les particuliers, en boite de nuit, arrivait toujours le moment où on lançait une ballade – Scorpions, Guns’ and Roses, ou Bryan Adams pour ma génération - et là, le rite le plus important de l’adolescence accomplissait sa magie. Depuis l’invitation - moment dangereux et palpitant-, jusqu’à la fin de la chanson, le mouvement était simple : un pivot à deux, des petits pas sur place, l’essentiel de la concentration étant occupé à évaluer la bonne distance entre les corps, à savoir où poser les mains, et quand croiser le regard. Pour certains, cela pouvait se terminer en baiser. Mais la plupart du temps : juste avec le rouge aux joues et le cœur tachycarde.
Mais aujourd’hui donc, plus personne ne danse de slow, et surtout pas les adolescents.
Et c’est mauvais signe. Car il y avait là quelque chose d’un rapprochement ultra codifié des corps, qui relevait de ce long processus de civilisation des mœurs qu’a décrit le sociologue Norbert Elias et qui consiste, depuis des siècles, à canaliser par des codes sociaux nos pulsions, et nos barbaries émotionnelles.
« Un moine et un boucher se bagarrent à l'intérieur de chaque désir. », écrivait Cioran. Je ne peux m’empêcher de questionner le choix d’une société, où le slow disparaît et où, dans le même temps, l’exposition des jeunes à la pornographie se fait de plus en plus tôt. En 2023, selon l’IFOP, plus d’un garçon sur trois avait déjà surfé sur un site X avant l’âge de 12 ans, soit trois fois plus qu’en 2013.
Il faudrait interroger des psychologues, des sociologues, sur ce que peut entraîner ce mouvement simultané d’avènement du trash déréalisée d’une part, et de disparition dufrôlement des corps codifié de l’autre.