Feïza Ben Mohamed@FeizaBM
Revenons sans détour sur la condamnation de Tariq Ramadan à 18 ans de prison.
Je l’ai dit et redit : je crois fermement en son innocence.
Et je ne parle pas en simple spectatrice. J’ai travaillé avec lui pendant plusieurs années. J’ai vu l’homme, de près : son exigence, sa rigueur, son engagement. Rien, absolument rien, ne correspond à l’image qui a été construite méthodiquement contre lui depuis tant d’années.
Ce qui se joue dans cette affaire dépasse de loin un simple procès.
Comment accepter qu’un homme soit jugé en son absence, alors qu’il est hospitalisé ? Qu’on lui refuse un report pour pouvoir se défendre ? Que ses avocats quittent le procès en dénonçant un déni de justice… et que malgré cela, la machine continue comme si de rien n’était ?
Comment accepter qu’un expert médical, en conflit avec lui depuis des années, puisse être désigné pour juger de sa capacité à comparaître ?
Et comment ne pas voir l’absurdité flagrante dans l’écart des peines ? Pour des faits qualifiés de viol en Suisse, la réponse judiciaire a été sans commune mesure avec celle infligée aujourd’hui en France : 18 ans de prison. Un gouffre. Une question simple : sur quoi repose réellement cette sévérité extrême ?
Sur le fond, ce dossier est rempli d’éléments qui dérangent.
Une analyse stylométrique (une méthode scientifique) a établi que des messages anonymes évoquant une « torpille en prépa » peuvent être attribués à la plaignante suisse elle-même. Silence.
En France, une plaignante affirme avoir été violée et séquestrée dans un hôtel à Lyon. Pourtant, elle apparaît ensuite dans le public de la conférence de Tariq Ramadan au moment où elle est supposée être enfermée par celui-ci dans sa chambre d’hôtel. Silence encore.
Deux des plaignantes ont été en contact dès 2012 et l’ombre de Caroline Fourest et de Jean-Claude Elfassi continue de planer sur ce dossier hors norme.
Ces éléments auraient dû être au cœur du débat mais ont été marginalisés.
Et malgré cela, le procès s’est tenu à huis clos, sans l’accusé, dans un climat médiatique lourd, à charge depuis des années.
Mais le plus dérangeant, c’est peut-être ailleurs.
C’est le silence de ceux qui savent. De ceux qui l’ont côtoyé, soutenu, défendu… puis abandonné du jour au lendemain, non pas à cause des faits, mais à cause de la révélation de sa vie privée. Comme si des relations extraconjugales suffisaient à justifier qu’on détourne le regard face à une possible injustice.
Soyons honnêtes : ce n’est pas seulement un homme qui est jugé mais ce qu’il représente.
Tariq Ramadan est une figure musulmane majeure en Europe, une voix influente et une présence intellectuelle qui dérange.
Et aujourd’hui, j’assume de le dire clairement : j’ai la conviction qu’il a été condamné surtout pour cela.
Je ne demande pas qu’on adhère à cette position, demande qu’on réfléchisse, qu’on regarde les faits et qu’on sorte des réflexes conditionnés, parce-que la justice ne peut pas être à géométrie variable ni se rendre en l’absence de l’accusé en ignorant des éléments troublants.
Sinon, ce n’est plus la justice.
Et ce que nous voyons aujourd’hui doit tous nous inquiéter.