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Nous serons demain soir à Sartrouville, dès 18H00. Nous espérons y voir nos abeilles nombreuses.




"Chemotherapy has a 97% failure rate, based on a 12 year worldwide meta-analysis study. The one & only reason it is still used?...MONEY." ~Dr. Peter Glidden

Je vous écris à mon retour de Chine, d'où j'ai assisté aux derniers épisodes de la longue déliquescence de notre pays et d'un régime politique avarié. À quelques jours de mon départ pour la mostra de Sao Paulo, et alors que les institutions françaises m'ont préparé une semaine aux petits oignons, avec des tentatives de radiation, procédures pénales et autres billevesées qui finissent par lasser, j'aimerais vous dire quelques mots sur ce que j'y ai vu. J'étais invité par le plus grand réalisateur de cinéma chinois, Jia Zhang Ke, qui a créé dans la ville historique de Pingyao un festival. Je l'étais pour présenter en compétition, et après une avant-première dans une fondation privée à Moscou, mon premier long métrage. Le Massacre de Gilles de Rais. Un film, mon premier, sur l'affaire qui a inspiré Barbe-Bleue. Sur les institutions judiciaires, la violence, la justice et la sexualité. Sur un pouvoir qui meurt et qui fait mourir. Sur une société qui se fait l'arme et l'instrument des pouvoirs. Un film immontrable en France, comme tout ce qui de moi et de quelques autres provient, indexés à la demande de l'Elysée et de ses nombreuses cours, de leurs oligarques avariés. J'ai été heureux de le présenter devant des salles combles, saturées de jeunes, prêts à dévorer. J'ai eu une pensée pour Cannes, Venise, Locarno, qui chaque fois moins se montrent capables d'un quelconque courage, enfermés dans leurs certitudes et un entresoi financé à coups de millions par des puissances publiques et privées, éloignés de tout courage, empêtrés dans la lâcheté. J'ai eu droit au clin d'oeil merveilleux consistant à forcer LVMH, en l'occurence Louis Vuitton, à apparaître à mes côtés, signant éphémèrement la primauté de l'art sur l'êtintér. Shanghai, Xi'an et tant d'autres ont suivi. L'opportunité est ensuite venue de présenter mes travaux universitaires sur l'État de droit en France à la Cour pénale internationale, devant un parterre de sept universitaires chinois et leurs étudiants dans l'une des plus importantes universités du pays, et je dois vous admettre que cela m'a fait du bien. La violence de l'isolement, de l'ostracisation, auquel les élites françaises savent vouer leurs adversaires est d'une efficacité réelle - même les autorités sénégalaises, pour lesquelles j'ai tout sacrifié, ont accepté de s'y plier. Tout cela est difficile à supporter, car comme en toute société effondrante, le stigmate est contaminant, et générateur de violence. Lorsque l'autorité publique sombre, la société règle ses comptes, suivant aveugle des passions que des puissants maîtres orientent et alimentent. Gare à qui se trouve alors pris dans les courants. La délicatesse et la finesse des philosophes, juristes, professeurs de littérature, de sociologie... avec qui j'ai eu à échanger, m'a apaisé. Nous sommes un continent en voie d'extinction. Là-bas, on ne parle plus de nous, et il ne reste que les marques de luxe, toujours plus fragiles, pour donner l'idée que nous existons encore. Omniprésentes, elles ne disent pourtant désormais plus rien de nous, si mondialisées et accoutumées à la prostitution qu'elles ne tarderont, à leur tour, à être remplacées. J'ai donc eu la chance de partager du muay-thaï avec des producteurs de cinéma, des universitaires, et des alcools de riz plus modeste en des petits restaurants qui fêtaient la semaine dorée. La Chine était en effet au cours de cette période en pleine transhumance intérieure, des dizaines de millions de personnes profitant de l'une des trois semaines de festivités organisées, les costumes en toute sorte étant de sortie. Et l'alcool oui, et le festin, sont et demeurent là-bas des vecteurs de socialisation fondamentaux. Les arts de la table, qui nous viennent dérivés par les nombreux restaurants chinois, sont d'une finesse et d'une élaboration propres aux plus anciennes civilisations. On ne boit pas sans avoir porté un toast, chacun répond à un voeux particulier, et on prend le temps, des heures s'il le faut, de manger et surtout de partager, une infinie variété de préparations. La Chine est une sorte de continent autonome, précaire et fragile, loin des images de propagande qui se déversent sur les réseaux sociaux. La société vit à côté de l'État, préoccupée par un bonheur qui ici désormais nous échappe. On sent l'équilibre instable et précaire, l'idéologisation communiste parfaitement abandonnée, et renoncée au profit d'un nationalisme parfois abscons, de grandes envolées libérales, plus rarement libertaires. J'ai échangé à Shanghaï avec des universitaires dont le maître-penseur est Friederich Hayek, néolibéral dont ils assument parfaitement la parenté, et qui expriment, sans voiles, un mépris marqué à l'égard du pouvoir en place. Plus encore qu'en France, la presse n'existe plus, et tout se joue sur les réseaux sociaux - avec ou sans VPN, selon le niveau de porosité avec l'étranger. On baisse parfois, rarement, la voix, lorsqu'il s'agit de parler de tel scandale que les autorités cherchent par tous moyens à éteindre. Mais on tient à en parler. Parfois, le parti resurgit, et convoque à une réunion secrète, pour demander des comptes. Mais la violence politique, et nous le sentons bien en France, n'est pas d'exécution permanente: seulement ses effets perdurent. L'arrestation d'une personne, l'exil d'un autre, suffisent à produire un signal auquel des millions s'adopteront. D'immenses tours partout, le plus souvent hideuses, sont autant de symptômes d'une civilisation qui a dû se reconstruire à toute vitesse, et qui en est réduite à n'offrir que des conditions minimales d'humanité à l'ensemble de sa population. Les modernités extraordinaires qui ici et là jaillissent doivent composer avec ces amas infinis, et sont chargées de nourrir l'horizon d'espoir auquel des millions de personnes sont chargées de s'accrocher. Précaire donc, car consciente de ses fragilités, loin de tous nos fantasmes, tant de toute puissance, d'opulence, que d'agressivité ou d'indifférence à la liberté. Il n'est pas difficile de comprendre la culture de prudence des dirigeants, lorsque l'on voit les difficultés qu'il y a à tout cela coordonner, gérer, réguler. Les soirs, les métropoles se remplissent de îtboes de nuit futuristes, empilant comme au INS de Shanghaï des étages de fêtes différentes. Metoo a été très rapidement interdit par les autorités, et les jeunesses continuent, dans les soirées et ailleurs, à se séduire et échanger, s'embrasser - beaucoup - comme nous avant. Je ne crois pas qu'il y ait plus ou moins de violence sexuelles. Il y a moins de détresse et de violence tout court, au moins. Comme en beaucoup de régimes politiques, la société a décidé de se plonger en ses racines, parfois nourries artificiellement, pour se protéger. L'appartenance au parti n'est plus un critère déterminant, notamment dans les universités, personne ne craint ses propres mots dans les échanges oraux - c'était un peu moins le cas en Russie, où le climat de guerre pèse - mais tous savent ce que la concentration de la censure sur les réseaux sociaux produit. Les tribunaux ont fini par formaliser les interventions politiques et partisanes, à travers des comités d'adjudications que nous serions bien inspirés de regarder de plus près, qui génèrent de la transparence dans l'arbitraire et la suprématie du politique. Le crédit social, au sujet duquel tant de propagande se déverse pour tenter de créer des distinctions illusoires entre nos régimes politiques, est une construction propagandiste en miroir. Nul part ressenti, aux effets limités lorsqu'ils existent, il ne dirige ni le quotidien, ni les comportements des chinois. Loin de Beijing, il devient fantomatique. J'ai gêné, puis fait rire, lorsque j'ai mentionné lors d'une conférence de presse le nom de Xi Jinping, qui ne se prononce que rarement dans l'espace public. Les poursuites pénales contre ceux qui utilisaient l'emblème Winnie l'ourson pour se ficher de lui ont produit leur effet, comme l'auront peut-être celles visant des citoyens coupables d'avoir ironisé sur Brigitte Macron. C'est dans l'inframonde, celui des infrastructures industrielles, que réaparaissent les différences. Dans les faubourgs des villes de province, ces immenses usines où se construisent les robots et machines de demain. Je m'inquiète de notre mort prochaine, aveuglés que nous sommes à l'égard de pays étrangers que nos dirigeants ne connaissent ni ne comprennent. J'ai raconté l'anecdote d'Angela Merkel qui avait demandé à sa conseillère de vérifier si les affirmations du dirigeant chinois, concernant le fait que la Chine avait largement dominé le monde ces vingt derniers siècles, étaient véritables. J'ai été ému, enfin, de pouvoir montrer à des publics chinois et russes un film radical sur l'instrumentalisation de la justice, les "bonnes causes". J'ai été ému de pouvoir échanger sur l'état de droit, la position toujours plus fragile de la France, les aspirations guerrières de nos dirigeants. J'ai été ému de participer, à ma courte échelle, au partage d'autres formes de pensée et de représentation de notre patrie, éloignée des errements de notre actuelle diplomatie, et du spectacle narcissique et décadents de nos dirigeants. Vous m'avez manqué, peuple résistant, qui seul permet de se dire que tout cela vaut la chandelle, qu'il y a matière à lutter, que ce pays mérite tout ce que l'on fait pour lui.







