Simone Rodan-Benzaquen@srodan
Il y a dans ce vote quelque chose d’une rupture qui va bien au-delà du droit.
Israël n’a exécuté qu’un seul homme dans son histoire : Adolf Eichmann, architecte de la Solution finale, pendu en 1962. Et même alors — même face au crime le plus extrême que l’humanité ait jamais produit — des voix juives majeures s’y opposèrent. Martin Buber rappela qu’aucun homme ne devrait s’arroger un tel pouvoir : “None but God can command us to destroy a man” — nul sinon Dieu ne peut nous commander de détruire un homme.
L’idée qu’un État juif, même victorieux, même confronté au mal absolu, devait se tenir à un standard que sa propre tradition lui imposait. Non pas parce que le monde l’exigeait — mais parce que c’est ce qui le distinguait de ceux qui avaient voulu le détruire.
C’est ce passé-là qui rend le vote d’aujourd’hui si vertigineux.
Car ce qui fut conçu comme une exception tragique, arrachée dans la douleur et le tremblement moral, est en train de devenir un outil politique.
Et qui porte ce texte ? Un homme qui parle de « devoir moral » là où Buber voyait une transgression. Le renversement est complet. Ce que la tradition juive considérait comme le seuil qu’on ne franchit qu’en tremblant, l’extrême droite israélienne le transforme en slogan de campagne.
Mais ce vote n’est pas seulement une faute morale. C’est une bombe institutionnelle de plus dans un système déjà fracturé. L’Association pour les droits civils en Israël a déposé un recours devant la Cour suprême dans les heures qui ont suivi. La loi est, de l’aveu même de certains députés de la coalition, juridiquement insoutenable. On légifère d’abord pour satisfaire une pulsion politique, puis on laisse aux juges le soin d’empêcher le désastre.
Dans le contexte israélien actuel, c’est explosif.