
Robert Bonnafous appartient à cette génération d’hommes que la guerre n’a jamais vraiment quittés. Ancien résistant du maquis de Bir Hakeim pendant la Seconde Guerre mondiale, il arrive en Indochine au début des années 1950 encore jeune officier. En juillet 1953, à seulement 26 ans, il prend le commandement du Commando 20, une unité de contre-guérilla engagée dans les opérations les plus exigeantes du delta tonkinois. Dans ce théâtre complexe, mêlant rizières, canaux et villages difficiles à contrôler, les commandos sont utilisés comme forces de choc, mobiles, capables d’agir vite et fort. Dès août 1953, son unité est engagée dans le secteur d’Haïphong lors de l’opération « Claude », avant de rejoindre la Dinassaut 4 pour les opérations « Brochet » sur le canal des Bambous. Ces actions combinent manœuvre fluviale et assauts terrestres, appuyées par les bâtiments armés de la Marine. Les commandos du « 20 » y mènent leurs premiers engagements d’ampleur, nettoyant les villages et capturant des cadres vietminh.
Mais c’est en janvier 1954 que l’histoire bascule. Dans la nuit du 20 au 21 janvier, dans la région de Ninh Binh, le poste de Gian Khau est violemment attaqué. Le Commando 20, stationné à proximité, subit à son tour des assauts répétés. Après une nuit entière de combat défensif, Bonnafous reçoit l’ordre de porter secours à la position menacée. En route, ses 111 hommes tombent dans une embuscade soigneusement préparée. Le combat dure plusieurs heures. Les munitions s’épuisent. L’encerclement se resserre. À l’issue de cet affrontement, le Commando 20 est anéanti en tant qu’unité constituée. Les pertes sont lourdes. Une partie des hommes est tuée, les survivants capturés par le Viet Minh.
La captivité ouvre alors un autre chapitre, souvent moins connu mais tout aussi brutal. Les prisonniers sont internés dans des camps de détention où les conditions sont extrêmes. Sous-alimentation, maladies, épuisement physique, pression idéologique permanente. Bonnafous tente à plusieurs reprises de s’évader. Il est finalement transféré dans le camp de rééducation n°5, réputé pour sa dureté. Les chiffres connus sur ces camps témoignent d’un taux de mortalité très élevé parmi les prisonniers français, en particulier ceux issus des unités engagées dans les combats du delta. À sa libération, il est dans un état physique critique, ayant perdu une grande partie de son poids.
Ce qui distingue pourtant Bonnafous, ce n’est pas seulement ce qu’il a enduré, mais ce qu’il fait ensuite. De retour en France, il reprend le service actif. Affecté au 1er régiment de chasseurs parachutistes, il choisit ensuite de rejoindre l’aviation légère de l’armée de Terre en 1956. Il sert en Algérie comme pilote, d’abord sur avion léger de type Piper pour des missions de reconnaissance, puis sur hélicoptère Bell pour des évacuations sanitaires sous le feu. Il totalise plus de 2 000 missions de guerre, preuve d’un engagement opérationnel exceptionnel dans la durée. Sa carrière se poursuit jusqu’à des fonctions de commandement, notamment à la tête du 3e régiment d’infanterie à Nîmes, avant de quitter le service actif en 1980.
Robert Bonnafous meurt le 4 février 2007 dans l’Hérault. Son parcours résume une forme de continuité rare. Résistance, Indochine, captivité, Algérie. Plusieurs guerres, plusieurs vies dans une seule. Mais une constante demeure. La capacité à revenir. À reprendre le combat, malgré tout.
Photo originale + photo restaurée par Gemini


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