Alain Weber@alainpaulweber
Glucksmann et Place Publique : quand 426 signatures suffisent à faire plier un salon du livre
C'est misérable. Vraiment misérable.
Michel Onfray, auteur de plus de 100 livres, traduit dans une trentaine de langues, devait parrainer le Salon du livre de Vimoutiers le 23 mai. Un salon littéraire de province, sans étendard politique. Mais voilà, Raphaël Glucksmann, depuis son perchoir de député européen, a lâché ses relais normands. Guillaume Sacriste, co-référent Place Publique, et Jean-Jacques Oesinger, de la LDH, ont mitraillé le préfet d'une lettre comminatoire, doublée d'une pétition en ligne. Bilan : 426 signatures, leur famille sans doute. Une misère arithmétique. Un fiasco qui, partout ailleurs, aurait été enterré dans le ridicule. Et pourtant, l'organisateur a cédé. Onfray reste invité comme auteur, mais le titre de parrain lui a été arraché. Glucksmann peut savourer : 426 clics ont eu raison d'un philosophe.
L'accusation ? Onfray aurait tenu des propos racistes sur CNews en qualifiant Ballus Bagakoko, maire de Saint-Denis, de chef de tribu primitive. Mais de quel poids pèse Place Publique pour distribuer les brevets de respectabilité ? Onfray, lui, ne s'est jamais réclamé d'une quelconque sainteté. Il charrie du texte, cogne sur les dogmes, dérange à droite comme à gauche. C'est son métier. Et c'est précisément ce qu'une certaine gauche ne tolère plus.
Alors examinons l'ordonnateur de cette petite police morale. Raphaël Glucksmann, fils d'André Glucksmann, figure des nouveaux petits philosophes. Un héritier. Un pur produit du sérail parisien : lycée Henri-IV, Sciences Po, les bonnes rédactions, les bons carnets d'adresses. En 2006, il milite à Alternative libérale, un parti libéral-libertaire. Puis il bifurque vers la Géorgie, où il devient le conseiller spécial de Mikheil Saakachvili, président pro-occidental aux limites de la dictature. Là-bas, il épouse Eka Zgouladze, vice-ministre de l'Intérieur. Pendant ce temps, le régime Saakachvili fait face à des accusations de répression violente de manifestations, d'arrestations d'opposants retransmises en direct, et en 2012, des vidéos de torture dans les prisons géorgiennes sont rendues publiques. Glucksmann, lui, n'a rien vu, son épouse était aux commandes de ces tortures, mais il n’était au courant de rien. Question de confort.
Le couple Glucksmann-Zgouladze débarque ensuite en Ukraine, en pleine révolution de Maïdan. Zgouladze y devient vice-ministre de l'Intérieur, aussi, naturalisée ukrainienne par le président Porochenko, pendant que Glucksmann joue les consultants en révolution et elle en tortures. Le tout sous l'œil bienveillant des puissances occidentales. C'est cela, le pedigree du chantre de la cohésion nationale : une trajectoire sinueuse entre régimes décriés, libéralisme débridé et atlantisme militant.
Et ce même Glucksmann, qui préside à Bruxelles la commission sur les ingérences étrangères, a été visé par des rumeurs insistantes le liant à la CIA, au point qu'une campagne de désinformation venue de Chine l'a ciblé sur ce thème en 2024. Faut-il y croire ? L'essentiel est ailleurs : Glucksmann traîne des casseroles que sa posture de vertu républicaine ne couvre pas.
426 signatures. Même pas de quoi remplir le hall d'une mairie de canton. Et ce chiffre famélique a suffi à déboulonner le parrainage d'Onfray. C'est la signature de Place Publique : un activisme squelettique mais un écho médiatique calibré, une poignée de militants dévoués, et une cible dégagée.
Onfray sera à Vimoutiers le 23 mai. L'organisateur l'a maintenu comme auteur. Mais le symbole est brutal : dans la France de 2026, une escouade de censeurs peut, en quelques clics, imposer sa loi à un salon littéraire. Glucksmann et ses affidés feraient mieux de se retourner sur leur propre itinéraire avant d'excommunier les autres. S'acharner sur Onfray avec une pétition aussi rachitique, ce n'est pas du courage, c’est l'aveu d'une faiblesse qui compense en clameurs ce qui lui manque en légitimité.