Sarah Scialom@sarah_scialom
On nous présente la gestation pour autrui comme un progrès. Une liberté nouvelle. Une avancée féministe.
Posons la question autrement. Qui porte ? Qui commande ? Et qui paie ?
Regardons qui porte. Aucun marché de la GPA, nulle part, ne recrute ses mères porteuses parmi les femmes plus riches que les couples qui commandent. Le mouvement va toujours dans le même sens. De celle qui a besoin vers ceux qui peuvent payer. Jamais l’inverse.
Aucune femme aisée ne loue neuf mois de sa vie, ne subit une grossesse à risque, ne renonce à l’enfant qu’elle met au monde. Le marché de la GPA ne recrute pas dans les beaux quartiers. Il recrute là où le besoin d’argent rend tout négociable. Y compris son propre corps.
Ce déséquilibre n’est pas un accident du système mais en est bien la condition de fonctionnement.
On nous répond alors que ces femmes consentent. Mais quel poids donner à un consentement quand l’alternative est une dette, un loyer en retard, un enfant déjà né à nourrir ? Le droit connaît bien cette difficulté. Il refuse de tenir pour libre un engagement arraché par la contrainte. Or la contrainte économique est une contrainte.
Le droit français le sait. L’article 16-7 du Code civil frappe de nullité absolue toute convention de gestation pour le compte d’autrui.
Et il faut comprendre ce que protège vraiment cet interdit. Le droit autorise déjà certains actes sur le corps humain : le don d’organes, le don de gamètes, le don du sang. Mais il les autorise à une condition non négociable, la gratuité. Le corps peut être donné, jamais vendu. Autoriser la GPA, ce serait franchir cette ligne pour la première fois, admettre qu’une fonction corporelle puisse avoir un prix. Et une fois ce principe posé, quel argument resterait-il pour refuser que l’on rémunère un rein, un ovocyte, une part de soi ? C’est une boîte de Pandore.
Faire du corps un bien n’est jamais un geste anodin.
Tout l’édifice du droit civil repose sur une frontière simple : il y a les personnes, et il y a les choses. Les choses se vendent, se louent, s’échangent. Les personnes, non. Le corps humain se tient du côté des personnes, et c’est ce qui interdit qu’on lui attache un prix.
Autoriser la GPA, c’est déplacer une part de l’humain du côté des choses. Une fois ce déplacement admis pour la gestation, la frontière ne tient plus par principe, elle ne tient plus que par habitude. Et l’habitude ne protège personne.
Une société qui se dit féministe peut-elle accepter que les femmes les plus pauvres deviennent la ressource reproductive des plus aisés ?
Je ne le crois pas. Et je crois que le mot progrès, ici, sert surtout à ne pas nommer ce qui se joue.
Je suis une femme, je suis féministe, c’est pour cela que je suis fermement opposée à la GPA.