Jeremy Filosa 🎙@JeremyFilosa
Mon cher ami Vassili, l’homme au plus grand sourire. Je suis assommé d’apprendre que tu nous as quittés si jeune. Les mots me manquent. C’est une onde de choc total! Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
La communauté soccer de Montréal est tellement tissée serrée, et tu étais certainement l’un des membres les plus importants de celle-ci. Ton histoire n’a laissé personne indifférent. Tu nous as tous montré que rien n’était impossible dans ce monde.
La vie ne t’a gâté. Les défis les plus difficiles t’ont été lancés, et tu as réussi à tous les surmonter.
Déjà comme enfant, tu as dû combattre courageusement la maladie, et ce pendant plusieurs années.
Je me souviens que tu m’avais raconté, à l’époque où tu étais un petit bonhomme, que les joueurs de l’Impact étaient venus visiter les enfants malades à l’hôpital, et c’est à ce moment que tu avais rencontré pour la première fois Mauro Biello et Nick De Santis.
Ils s’étaient rapidement attachés à toi, et revenaient souvent te voir. Lorsque tu leur as fait part de ton rêve de travailler dans le sport professionnel, ils avaient promis de t’aider à atteindre tes rêves. Tel un guerrier, tu as trouvé la façon de vaincre la maladie et foncer vers la carrière que tu voulais.
C’est grâce à eux qu’après tes études de maîtrise à Georgetown University, tu es rentré à l’Impact de Montréal, pour débuter cette brillante carrière que tu as eue.
Mauro et Nick ont toujours eu le pif pour les bonnes personnes travaillantes, et ils ne se sont pas trompés. Tu avais tout pour réussir, la personnalité, l’intelligence et le cœur à l’ouvrage.
Je me souviens de t’avoir demandé à un moment donné, comment ça se fait que tu souries toujours. Tu m’avais expliqué qu’avec tout ce que tu avais eu à traverser, une mentalité positive était de mise. « Chaque jour est un cadeau tu m’avais dit, et je veux en profiter au maximum, de façon positive! »
Je dois le dire, tu m’inspirais. Quand je pensais à toi, j’avais toujours de l’optimisme dans mon cœur.
Je n’ai jamais rencontré un professionnel, haut placé du monde du sport, qui avait ta gentillesse, c’est franchement inégalé. Lorsqu’Olivier Renard me parlait de toi, il me disait toujours : « Ce gars-là c’est rendu mon frère. Je n’ai jamais rencontré une personne aussi pure que lui. Il est comme un ange! » Il avait tout à fait raison, il n’y avait rien d’autre à ajouter. Chaque fois qu’il parlait de toi, je pouvais voir l’amour qu’il te vouait. C’était vraiment beau à voir.
Tu étais toujours le plus intelligent dans la pièce. Dieu sait combien de fois nous t’avons dérangé pour nous faire expliquer les règles de la MLS ou de la convention collective, et tu prenais toujours le temps de nous l’expliquer. Même si des fois ça prenait deux ou trois répétitions.
Que ce soit dans un lobby d’hôtel, aux abords d’un terrain en Floride au camp, ou dans les estrades au stade, tu avais toujours du temps pour moi. J’ai beaucoup appris grâce à toi, et je ne pourrais pas t’en être plus reconnaissant.
En tant que journaliste, ç’a franchement été un plaisir de te côtoyer. Avec le temps, nous avons développé une belle amitié et un respect. Tu étais une inspiration pour nous tous. Si tu avais trouvé la façon, malgré les embûches, de devenir assistant au directeur sportif, alors tout était possible.
Olivier et toi aviez trouvé, avec des moyens très limités, la façon de bâtir une des meilleures équipes de la MLS, sous les ordres de Wilfried Nancy. Je n’avais pas besoin d’en voir plus, je savais que vous formiez un excellent duo duquel les partisans pouvaient avoir confiance. J’avais une confiance aveugle en tes moyens.
C’est pour ça aussi que je n’ai pas été surpris de voir à quel point les Earthquakes de San Jose t’ont rapidement offert le poste de stratège en chef des opérations soccer, lorsque ça s’est terminé avec le CF Montréal. À 36 ans, c’est franchement impressionnant!
Ça me fait de la peine, car je m’imagine déjà où tu aurais pu te rendre dans 20 ans. Probablement au plus haut niveau possible! Des bolés et passionnés comme toi, au Québec, dans le monde du sport, on en a besoin. Nous avons pu puiser dans tes connaissances, mais pas assez longtemps.
J’ai une grosse grosse pensée pour ton père Chris. Il venait voir tous les matchs au Stade Saputo, il n’en manquait pas un. Il était ton plus grand admirateur, sa fierté était palpable lorsqu’on lui parlait de toi. Je ne sais pas comment il fera pour s’en remettre. Ce sera extrêmement difficile, tu étais la prunelle de ses yeux.
Je me souviens du jour des funérailles de ta mère, morte subitement il y a quelques années, je me disais à l’époque à quel point la vie était injuste. Je ne pouvais pas m’attendre à te voir nous quitter si tôt après. Comment un si difficile destin, peut-il frapper d’aussi bonnes personnes?
Avant les fêtes, je t’ai invité à prendre un café. Je voulais que tu parles à mon fils de ton parcours. Il étudie en gestion du sport et veut suivre tes traces. Tu as accepté sur le champ de venir passer du temps avec nous, malgré ton horaire chargé. Mon fils a été touché par ton histoire, et tu lui as donné les meilleurs conseils. Je ne pourrais pas en être plus reconnaissant.
Tu semblais bien aller. Jamais je n’aurais plus croire que ce serait notre dernière rencontre.
Depuis quelques jours, on m’a dit que tu ne te sentais pas bien et que tu avais décidé de consulter. C’est alors qu’on t’a annoncé la pire des nouvelles, le cancer était de retour et c’était foudroyant.
Je suis tellement triste de ne l’avoir appris qu’hier, Gavino, Tony et moi devions venir te voir jeudi soir à l’hôpital. On ne pouvait pas imaginer que ça se passerait aussi vite. On n’a même pas eu le temps de venir te saluer une dernière fois. Je m’en excuse du fond du cœur mon cher ami.
Lors des dernières années, tu étais tombé amoureux de la femme de ta vie, et plus tard ce printemps, vous deviez vous marier. J’étais tellement heureux pour toi mon ami, tu semblais filer le parfait bonheur. Quand on s’est vu il y a quelques semaines, tu me parlais de tes plans d’avenir et ça semblait tellement excitant. Aujourd’hui j’ai une pensée pour ta fiancée, qui doit vivre le pire des cauchemars.
Mourir à 36 ans, ça n’a aucun bon sens. Mais je veux que tu saches que tu as accompli dans cette période plus que la grande majorité d’entre nous va faire sur toute une vie.
Ta présence parmi nous était un cadeau du ciel. Je me sens privilégié d’avoir pu en partager un bout avec toi. Tu étais une personne spéciale, vraiment. Je ne t’oublierai jamais Vassili. Bon voyage mon chum… Je t’aime!