Xavier Bertrand@xavierbertrand
Chère Madame,
Vous avez commenté publiquement mon intervention par ce : « Mais qu’est-ce qu’il raconte ?!? ».
Je racontais que des millions de Français respectueux des lois, attachés à la République et à ses valeurs, sont encore trop souvent victimes d’amalgames qu’aucun républicain conséquent ne devrait accepter.
Je parlais de ces Françaises et de ces Français qui, pourtant pleinement français, parfois depuis plusieurs générations, continuent à être regardés, jugés ou soupçonnés à travers leur couleur de peau, leur nom, leurs origines ou leur religion plutôt qu’à travers leurs actes.
Ce qui me préoccupe particulièrement est la persistance de réflexes de généralisation qui conduisent à juger des individus non sur leurs actes, mais sur ce qu’ils sont ou sur ce qu’ils sont supposés représenter.
Trop souvent, des millions de Français ayant une conduite exemplaire, respectueuse des lois et fidèle aux valeurs de la République, se voient associés aux comportements délinquants, violents ou extrémistes d’une minorité d’individus partageant parfois la même religion, la même origine géographique ou la même couleur de peau. Cette logique du « tous dans le même panier » est profondément injuste. Une République digne de ce nom doit juger chacun de ses citoyens sur ses actes et jamais sur les fautes commises par d’autres au seul motif qu’ils partageraient une religion, une origine ou une apparence semblable.
C’est précisément lorsque ce réflexe de généralisation gagne du terrain ou n’est plus suffisamment combattu qu’apparaissent des formes de stigmatisation collective. Cette logique revient à faire peser sur des citoyens innocents une suspicion qu’ils n’ont jamais méritée et à les rendre complices d’actes qu’ils n’ont jamais commis. C’est précisément cette mécanique de pensée qui nourrit le sentiment d’exclusion et de relégation que ressentent aujourd’hui nombre de nos compatriotes.
Ignorer cette réalité ou renoncer à la combattre serait une faute politique autant que morale. Car lorsque des citoyens ont durablement le sentiment d’être jugés non pour ce qu’ils font mais pour ce qu’ils sont, certains finissent par douter de leur pleine appartenance à la communauté nationale. Ne pas chercher à endiguer ces mécanismes de stigmatisation, c’est prendre le risque d’alimenter le repli sur soi, la défiance à l’égard des institutions et, dans les cas les plus extrêmes, les logiques de séparation que nous devons précisément combattre.
Lorsque j’ai dit hier soir sur BFMTV qu’il est aujourd’hui difficile de vivre en France quand on est musulman, juif, quand on n’est pas blanc de peau ou quand on ne porte pas un prénom du calendrier grégorien, je ne prétendais évidemment pas que la France serait un pays hostile à ces citoyens ni que ces difficultés définiraient notre société dans son ensemble. J’observais simplement qu’un nombre important de nos compatriotes ont le sentiment de ne pas être toujours regardés comme des citoyens à part entière et qu’aucun républicain ne devrait s’en satisfaire.
Pour ma part, je m’interdis de trier les Français en sous-catégories. Je ne reconnais qu’une seule communauté : la communauté nationale. C’est précisément pour cette raison que je refuse que certains soient renvoyés à une identité particulière ou jugés à l’aune de critères qui n’ont rien à voir avec leur comportement individuel.
Mon message visait également à souligner que le prochain Président de la République devra travailler à la restauration de notre unité nationale. Cela suppose de combattre toutes les formes de discrimination, mais aussi de répondre au malaise que ressentent de nombreux Français. C’est d’ailleurs le combat qui a toujours été le mien.
Face au péril croissant des extrêmes, il nous faut collectivement redoubler d’efforts pour que chacun soit pleinement reconnu comme membre à part entière de notre nation.
Bien cordialement,
XB.