


Christophe Chartrain
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@ccsucy
Epoux, papa, président de la Cité du train, élu local et rugbyman... Mes publications n'engagent que moi




Le choc du général #Mandon : «Accepter de perdre nos enfants» face à la Russie. Les propos du chef d'état-major des armées sont une erreur de communication et posent des problèmes de fond. @CEMA_FR Lire mon analyse sur mon blog (accès gratuit) ⤵️ secretdefensev2.com/post/le-choc-m…

Le CEMA parle, calmement, fermement : "Nos hommes et nos femmes tiendront s'ils sentent que le pays tient avec eux. Si notre pays flanche parce qu'il n'est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, nous sommes en risque." Le CEMA parle. Et le vacarme des ignares stratégiques empêche de l'écouter. Partout, ceux qui ne bossent pas sur le sujet ou ceux qui se trompent depuis 15 ans hurlent, dénonçant un va-t'en guerre. Ce que n'est pas le général Fabien Mandon. Tous ces braillards, tous ces bavards, tous ces ignares, qui ne s'intéressent au sujet que lorsque cela leur permet de capter un peu l'attention d'un public trop peu informé de ces questions veulent que vous n'écoutiez pas ce que dit le général Mandon. Que dit-il ? Ecoutons-le. Il dit que le monde a changé. 1⃣Que les Américains quittent l'Europe. Pas parce que Trump serait vilain. Mais parce que "depuis plusieurs présidents", ils regardent vers la Chine. Parce qu'ils craignent une attaque de Pékin contre Taïwan en 2027 et qu'ils estiment qu'ils devront s'y impliquer. 2⃣Que dans l'Afrique, ravagée du Sahel à la Corne par des groupes djihadistes en position de force, les Russes ont contribué à saper le peu d'acquis en termes de sécurité grignoté au prix de tant d'efforts. Notamment en s'attaquent directement à la France. Bien avant 2022. 3⃣ Que la Russie s'arme. Massivement. 1,3 millions d'hommes aujourd'hui, contre un million en 2022. Ils devraient être deux millions en 2030. "La Russie produit plus d'armes qu'elle n'en consomme sur le front, résume-t-il. Elle est clairement dans une phase de préparation de quelque chose d'autre." "Nous ne voulons pas nous battre pour Zelensky", braillent les ignares. Ce n'est ni le sujet ni le plan. Le CEMA évoque à peine l'Ukraine. Parce que l'Europe a sacrifié l'Ukraine dès le départ. Elle lui a donné quelques miettes d'armement pour lui permettre d'occuper les Russes le plus longtemps possible. Le temps, pour les Européens, de se réarmer après des années de sous-investissement. Le général Mandon parle d'autre chose. Un scénario largement discuté, partout à travers l'Europe. Une attaque contre des Européens d'une Russie qui serait convaincue que les Alliés ne s'en mêleront pas. Trop inquiets, justement, de perdre des jeunes pour aider les voisins. Si le général Mandon tient ce discours, c'est pour que les Français prennent conscience de la situation : "On a tout ce qu'il faut pour dissuader Moscou d'aller plus loin. Ce qu'il nous manque, c'est la force d'âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l'on est." Pour que leurs peurs ne soient pas la faiblesse d'une Europe dont il défend qu'elle doit "jouer en équipe". Cette analyse, nous la connaissons. Les stratèges, les militaires, les professionnels du renseignement, les analystes, partagent cette crainte. Le CEMA parle et LFI veut le faire taire. Jean-Luc Mélenchon et les siens, après avoir défendu que la Crimée était russe ou après avoir écrit en 2019 (amazon.fr/Faut-faire-gue…) un pamphlet faisant de Moscou une victime, malgré les agressions contre les intérêts français, notamment en Afrique, réclame du président Macron qu'il "rappelle publiquement à l'ordre le CEMA" (x.com/LachaudB/statu…). LFI que les Russes avaient identifié, dès 2016, comme une opportunité aussi intéressante que le RN. Faisant des pieds et des mains pour faire venir M. Mélenchon à Moscou et proposant même de l'argent (refusé) pour financer la campagne présidentielle. Chez les confus, marchands de désinformation surfant tantôt sur les vaccins, tantôt sur la défense, on sent l'opportunité. Les oreilles se tendent vers le CEMA alors il faut crier. @DidierMaisto par exemple qui nous raconte que le CEMA réclame de "sensibiliser nos enfants pour qu'ils acceptent de mourir pour l'Ukraine" (x.com/DidierMaisto/s…). Un pur bobard. Ce n'est pas du tout le propos. Mais il en fait des caisses. Ca clique. Ca panique. Je le répète : le CEMA évoque à peine l'Ukraine dans son propos et parle de "dissuasion". Même mensonge chez @myriampalomba et ses 200k abonnés (x.com/myriampalomba/…)... qui piaille sur Zelensky. A-t-elle seulement écouté ce que disait le CEMA, avant d'étaler son ignorance ? Chez les "patriotes", comme @GeoffroyLejeune , on affirme que les militaires sont "excités de partir à la guerre" (x.com/CNEWS/status/1…). Ce Monsieur, qui partage les mêmes plateaux TV qu'une ancienne directrice d'un média de propagande russe, cite son expérience du monde militaire : un reportage dans un régiment... en 2011. Je ne saurais décrire le paradoxe entre la crainte de la guerre et l'adrénaline de la violence, chez les militaires. Malgré 15 ans à discuter avec des milliers d'entre eux. De toutes armes et de tous grades. Mais les décrire comme des "excités" par la guerre fascinés me semble à côté de la plaque. Je ne suis pas spécialement étonné : Geoffroy, je ne l'ai jamais croisé. Ni à Balard, ni dans des régiments, ni en OPEX, ni dans des entrainements, ni même dans des conférences à l'école militaire, où on croise pourtant nombre traine-savates voulant se faire bien voir et répéter ici et là qu'ils en connaissent. Le CEMA parle. Et Geoffroy bavarde. La défense de la France est un blabla come un autre. Ce sera ensuite l'islam, l'immigration, la drogue ou le fait divers du moment. Ou pourquoi pas la météo, s'il fait suffisamment frisquet demain. "Il existe une tentation chez les militaires et c'est cela que nous avons vu aujourd'hui", dit-il. "Je ne connais pas la guerre", précise-t-il tout de même. Pour ceux qui l'ont vue, cher Geoffroy, cela n'a rien d'excitant. Même pour ceux, malades, qui ne parviennent plus à s'en séparer. Ils sont nombreux dans les régiments. Quel manque de respect envers ces hommes et ces femmes que de sortir des âneries pareilles. Il faudrait venir, à l'occasion, boire un canon avec ces gars qui ont perdu un morceau d'eux-mêmes, de leur corps ou de leur esprit. Pour comprendre ce que vous avez pris pour de l'excitation. Quelque chose de complexe, d'ambigu. D'humain. Mais je doute que cela vous intéresse. Sinon, on vous aurait croisé dans les popotes depuis longtemps. Le CEMA parle. Il dit ce que tout le monde sait aujourd'hui. Qu'il y a une menace russe. Qu'elle n'implique pas avec certitude une attaque, un jour. Mais que ce n'est pas après la bascule qu'il faudra commencer à y réfléchir. Ce décalage entre ce que tous les professionnels disent et le vide intellectuel de nombreuses personnes responsables et influentes me rappelle 2015. Le matin du 13 novembre, je répondais à une interview de la RTS. Le journaliste s'étonnait que je m'intéresse à la guerre. "C'est si loin, vous n'êtes pas concerné." J'admettais mon biais. Je bosse dessus tous les jours et tous les professionnels, eux, me parlaient de la menace terroriste. Ce n'est alors pas une hypothèse lointaine. C'est un risque imminent. On parle, fatigués, autour d'une bière ou d'un café froid dans un colloque d'attentats synchronisés par plusieurs équipes d'hommes. Comme à Bombay en 2008. Comme le Westgate en 2013. Le soir même c'était la sidération. Parce que nombreux étaient ceux à ne pas avoir écouté ce qu'on leur expliquait. Calmement. Fermement. Depuis des années. Le CEMA parle. Il faut tendre l'oreille pour l'entendre au milieu de tout ce brouhaha. Pour éviter les mauvaises surprises. Et s'il ne se passe rien, tant mieux. C'est peut-être aussi parce qu'on aura suffisamment écouté. Car pendant que tous ces gens veulent faire taire celui qui dit les choses, le général Mandon sait une chose : "Nos compétiteurs nous écoutent." L'intervention complète du général Mandon est ici. Elle est sobre et claire: youtube.com/watch?v=4eA4js…





































