

ULYSSE Coralie
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@comarieco
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Groupe de niveau en français et mathématiques, intérêt et mise en place ⤵️












Trop de parents s'imaginent que l'école est telle qu'ils l'ont connue. Du point de vue des élèves, voici ce qui a changé : - la place à l'université n'est plus un droit ouvert par une réussite, mais la conséquence d'un classement sans explication quant aux opportunités offertes. - le bac est en réalité mort, il a été supprimé de telle façon que personne n'en a débattu. Ne reste que son idée, mais pas sa réalité. La majorité des élèves de Terminale sèchent donc à partir de mars. - l'enseignant qui évalue tout au long de l'année pour Parcoursup n'est ainsi plus l'allié qui entraine et encourage en vue des épreuves futures ; il est l'arbitre même, et donc potentiellement l'adversaire qu'il faut intimider, menacer, manipuler, avec ou sans l'aide de certains parents. - le nombre d'options ouvertes a diminué radicalement. Rares sont les classes internationales, rarissimes sont les options de langues rares, découragés sont les enseignants qui proposaient des projets bénévoles comme les voyages ou les aides à l'orientation. - le bonheur des enseignants a changé. Il y avait encore jusqu'au milieu des années 2010 un certain angélisme qui caractérisait une partie de la profession, même s'ils étaient de plus en plus nombreux à sentir le vent tourner. Aujourd'hui, cette ambiance a disparu. S'il faut se souvenir des années Blanquer d'une façon, je les décrirai précisément comme ceci : la raréfaction des sourires. - la violence inter-élèves s'est accrue. Faire l'expérience scolaire aujourd'hui, c'est aussi s'exposer dans la socialisation en ligne au partage de vidéos par des camarades de classe proches de la sociopathie, c'est faire l'expérience quotidienne d'une vie en ligne qui ferait de twitter un havre de paix. Les propos violents, misogynes, homophobes, racistes, sont assumés dans les établissements, même devant les adultes qui sont débordés par les incivilités, au point que lors de certains conseils de discipline, les menaces de mort proférées devant témoins ne sont pas toujours un motif évident d'exclusion. - la proportion d'élèves en grande difficulté en 6ème est allée crescendo. Et la progression scolaire étant devenue automatique, dans de nombreux établissements, il y a toujours 2 élèves par classe de 2nde qui rendent des copies de 4 lignes tout au plus pour des devoirs d'une heure. Il n'est d'ailleurs plus possible de leur dire de se méfier de l'échec au bac, ce n'est pas un enjeu pour eux. - tout le monde parle de l'absentéisme des profs, comme si les collègues n'avaient pas le droit de surmonter un cancer sans qu'on leur reproche d'être tombé malade, et tout le monde rate l'éléphant au milieu de la pièce : l'absentéisme des élèves, de plus en plus causé par des parents qui achètent les voyages hors vacances scolaires, ou par leur non-implication dans la scolarité. - sur le papier, les élèves handicapés sont intégrés, mais dans les faits, cela s'est fait à moyen décroissant, causant une grande souffrance pour les encadrants comme pour les élèves. - il n'a jamais été aussi facile de tricher. - le turnover enseignant augmente. Il y a de plus en plus d'enseignants de passage, moins diplômés, recrutés rapidement et repartis aussi vite. Dans un pays qui n'a jamais eu autant de bac +5, le métier ne sera bientôt plus confié à ceux qui ont le niveau master. - la géographie de l'habitation n'a jamais eu autant d'importance. Il y a toujours des inégalités de condition d'études. Mais jamais autant qu'aujourd'hui, jusqu'à l'état des bâtiments. Pécresse trouve vite un million pour les ascenseurs de Stanislas. Pendant ce temps-là ailleurs, les murs s'effritent, l'humidité menace, et il fait froid. - le nombre d'élèves par classe dans les formations majoritaires, en collège et lycée général, a augmenté. Les statistiques se sont améliorées ailleurs, ne rendant pas le lycée professionnel plus attractif pour autant. - au lycée professionnel, l'ambition de donner un peu d'une culture commune a fortement reculé. L'enjeu est l'intégration au travail, faire un travailleur jeune et gratuit pour le patron, payé par les finances publiques. Il y a beaucoup de situations que je ne connais pas, et puis il y a une vérité intangible qui survit à tout ce que je décris ici : le rapport enseignant - élève ne sera jamais une mission feinte, il y aura toujours un fond de merveilleux à cela. Mais pour tout ce sur quoi le gouvernement a eu la main, ils ont transformé l'or en plomb.

