Izzat Al Islam@IzzatAlIslamm
« Je suis celui que sa mère a nommé Haydar! (Le lion)»
Le soleil de l’aube frappait les pentes rocailleuses d’Uhud, transformant le sable en or liquide. Les deux armées se faisaient face : d’un côté les rangs serrés des Musulmans, de l’autre, la masse imposante des Qurayshites, leur étendard porté par un géant nommé Talha ibn Abi Talha, un colosse bardé de fer, craint de toute l’Arabie pour sa force brute.
Talha s’avança seul, brandissant l’étendard qurayshite comme un défi vivant. Sa voix tonna, rauque et méprisante, couvrant le murmure du vent :
« Ô compagnons de Muhammad ! Vous dites que vos épées nous envoient en Enfer et que les nôtres vous ouvrent le Paradis ? Qu’un homme vienne donc ! Que l’un de vous me hâte vers l’Enfer, ou que je l’y envoie par mon fer ! »
Un silence lourd tomba sur les lignes musulmanes. Les regards se tournèrent vers le Prophète ﷺ, puis vers un homme au premier rang : Ali ibn Abi Talib, le Lion de Dieu, cousin du Messager, dont l’armure légère semblait trop petite pour contenir la fureur contenue dans ses veines.
Ali fit un pas. Puis un autre. Le sable crissa sous ses sandales. Il s’arrêta à quelques mètres de Talha avec Zulfiqar, l’épée à double tranchant, déjà nue dans sa main droite, scintillant comme une comète.
« Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, » déclara Ali d’une voix calme mais tranchante comme l’acier, « je ne me séparerai de toi que lorsque je t’aurai envoyé en Enfer par mon épée… ou que tu m’y auras envoyé par la tienne. »
Talha éclata d’un rire sauvage. Il chargea, l’étendard claquant au vent, son épée levée pour fendre le crâne d’Ali en deux.
Mais le Lion ne bougea pas d’un pouce.
Au dernier instant, il pivota avec une grâce surnaturelle. Zulfiqar décrivit un arc fulgurant. La lame frappa Talha à la jambe, un coup précis et dévastateur qui trancha le pied ou sectionna la cuisse, selon les narrations. Talha chancela, hurla de douleur, et s’effondra lourdement dans la poussière. Dans sa chute, ses vêtements se relevèrent, exposant sa nudité,un spectacle honteux aux yeux des Arabes, où la pudeur est sacrée même au cœur de la bataille.
Talha, agonisant, leva les yeux vers son cousin et implora d’une voix brisée :
« Cousin ! Au nom de Dieu… et du lien de sang ! »
Ali s’arrêta net. Zulfiqar resta suspendue en l’air. Le Lion de Dieu, connu pour sa vaillance impitoyable face à l’ennemi mais pour sa haya' (pudeur) infinie face à la faiblesse humaine, détourna le regard. La nudité de son adversaire, même ennemi, le frappa de honte. Il ne put achever le coup fatal sur un homme ainsi humilié, invoquant le nom de Dieu et le sang familial.
Un silence stupéfait enveloppa le champ. Puis Ali recula d’un pas, laissant Talha à terre, grièvement blessé, le sang coulant abondamment de sa jambe mutilée.
Talha ne se releva pas. Ses blessures étaient trop profondes ; il succomba peu après, emporté par le sang et la douleur.
Un rugissement monta des rangs musulmans : « Allāhu Akbar ! Allāhu Akbar ! »
Ali, sans reprendre son souffle, se tourna vers les suivants. Le frère de Talha bondit pour ramasser la bannière. Un nouveau pas, un nouvel éclair de Zulfiqar, et le second tombeur s’écroula, la gorge ouverte. Puis un troisième, un quatrième… Les porte-drapeaux de Quraysh défilèrent ce jour-là comme des offrandes sanglantes sur l’autel du courage d’Ali. Les chroniques parlent de neuf ou dix étendards tombés sous sa lame ce seul matin.
Mais ce premier duel entre le champion des idolâtres et le Lion de l’Islam marqué non seulement par la force, mais aussi par cette pudeur qui arrêta le bras du vainqueur face à la faiblesse humaine resta gravé dans les mémoires comme l’étincelle qui alluma la fureur sacrée d’Uhud.