Guillaume Duc retweetledi

☢️🇫🇷Risquer Paris pour Varsovie et Tallinn ?🇵🇱🇪🇪🇪🇺
Aujourd'hui, voyons ensemble pourquoi plus qu’une considération idéologique ou politicienne, la fameuse « dimension européenne » de nos intérêts vitaux et la défense du flanc Est de l’Europe sont une nécessité stratégique pour la France.
--
On l’entend trop souvent, la France n’aurait pas d’intérêt à s’impliquer dans la défense de ses voisins, notamment en raison de son statut de puissance nucléaire, vu comme un totem d’immunité absolu qui la protégerait contre toute agression. Ce n’est pas le cas.
L’arme nucléaire ne protège que contre une atteinte aux intérêts vitaux du pays, et ne peut être actionné qu’en ultime recours, lorsque que les autres rideaux défensifs ont été neutralisés par l’adversaire. Cela est particulièrement vrai pour la doctrine française, qui exclut toute réponse nucléaire limitée ou flexible, hors tir d’ultime avertissement. La mise en œuvre de la dissuasion signifierait son échec et très probablement la fin de la France en tant que Nation, avec pour objectif final d’emmener l’adversaire avec nous dans la tombe. On comprend aisément qu’il faut tout faire pour éviter d’arriver à ce point de bascule.
Imaginons un scénario : suite à l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement isolationniste, la France décide de faire cavalier seul et de ne plus soutenir l’effort européen de défense. Alors que les tensions s’accroissent en Indo-Pacifique, les États-Unis annoncent qu’ils n’ont plus la capacité de protéger l’Europe et se retirent de l’OTAN. En l’absence de « parapluie nucléaire », un puissant adversaire venu de l’Est et à la politique expansionniste en profite alors pour s’attaquer successivement aux pays d’Europe de l’Est. Notons ici qu’à mesure que l’adversaire absorbe nos voisins, leurs ressources industrielles et minières viennent progressivement renforcer les capacités nationales de l’adversaire, accroissant par là sa puissance. Une fois les frontières françaises atteintes, il décide de s’arrêter, conscient que la France est une puissance nucléaire. Sans l’appui de puissance majeure, celle-ci se retrouve toutefois complètement isolée. Sa façade maritime peut faire l’objet d’un subtil blocus qui achève d’asphyxier son économie. Dans le même temps, l’adversaire peut se lancer dans une campagne de déstabilisation, avec l’apparition de mystérieux « groupes de libération » régionaux.
Certes, la France pourrait continuer d’exister pendant un certain temps, amenuisée à mesure que son adversaire se renforce, et alors que le maintien d’une dissuasion nucléaire crédible lui coûte de plus en plus cher. Au final, elle se retrouve devant le choix de déclencher sa dissuasion nucléaire, possiblement sans avoir tiré un coup de feu conventionnel, avec les conséquences explicitées plus haut, ou alors de capituler.
S’il s’agit là d’une expérience de pensée et ne présage probablement pas de l’avenir, ce scénario entend montrer que se retrancher derrière la seule dissuasion nucléaire comporte des risques. La France est certes forte par sa dissuasion, mais elle l’est tout autant par ses alliances, notamment avec ses voisins européens. C’est l’une des interprétations possibles de la fameuse « dimension européenne de nos intérêts vitaux ». Nos partenaires européens nos apportent en effet une résilience économique, une puissance militaire par l’addition de capacités conventionnelles qui nous font défaut, mais également une profondeur stratégique maintenant les puissances majeures loin de nos frontières orientales. Il s’agit là d’une interprétation froidement stratégique, qui regarde le projet européen à travers la seule grille de réflexion de la Realpolitik, ce à quoi on ne peut par ailleurs pas le réduire.
Pour toutes ces raisons, il est dans l’intérêt supérieur de la France de maintenir un système d’alliances militaires à l’échelle européenne. Et cela passe par l’implication de troupes françaises dans la défense du flanc Est de l’Europe car une défense se prévoit idéalement dans la profondeur et non à ses propres frontières (on remarquera que la Russie l’a bien compris d’ailleurs). Si un adversaire venait à s’attaquer à un pays européen, il révélerait par cette action ses velléités expansionnistes dont il serait particulièrement hasardeux de prédire où elles s’arrêteront.
--
Au regard de la campagne de trolls actuellement en cours sur ce réseau et ayant ciblé celles et ceux qui ont défendu à juste titre les propos du CEMA, j’ai malheureusement choisi de restreindre les commentaires. Toutefois, au regard des craintes exprimées par ces mêmes trolls, je précise ici que :
- oui j’ai fait l’armée
- oui j’ai servi mon pays et parfois pris des risques
- oui je suis patriote
- et non je n'aime pas la guerre. C'est pourquoi j'aime la dissuasion.

Français


















