Rodolphe Steffan@RodolpheSteffan
Cela fait des mois que je me prépare à un marché beaucoup plus exigeant, plus nerveux, plus heurté, avec davantage de volatilité et beaucoup moins de confort pour ceux qui se reposent sur une seule idée : “dans tous les cas, ça remontera”. Ce genre de marché rappelle une vérité simple : être présent en bourse ne consiste pas seulement à attendre passivement que la marée fasse le travail. Il faut du timing, de la discipline, de la gestion du risque, du sang-froid et une vraie capacité d’adaptation. Quand le régime de marché change, les certitudes faciles disparaissent vite.
Et c’est bien là que le sujet devient sérieux. Un pétrole durablement au-dessus de 100 dollars n’est pas juste une ligne qui grimpe sur un graphique : c’est un choc qui agit comme une taxe supplémentaire sur l’économie mondiale. Cela renchérit le transport, la logistique, l’industrie, l’agriculture, la chimie, les coûts de production et, au bout de la chaîne, la facture du consommateur. Le FMI rappelait encore cette semaine qu’une hausse durable de 10% du prix du pétrole peut ajouter environ 0,4 point d’inflation, tandis qu’une poussée prolongée des prix de l’énergie rogne nettement aussi la croissance.
Quand toute la chaîne énergétique s’embrase, pétrole, gaz, carburants, électricité alors le choc déborde largement le secteur de l’énergie. Il se diffuse partout : coûts industriels, fret, marges des entreprises, prix alimentaires via les engrais, pouvoir d’achat des ménages, finances publiques via les aides et boucliers tarifaires. En clair : quand l’énergie explose, ce n’est pas un simple secteur qui souffre, c’est toute l’économie qui perd en visibilité, en marge de manœuvre et en efficacité.
Et si, à cela, on ajoute une stagflation durable c’est-à-dire une inflation qui reste élevée pendant que la croissance ralentit alors on entre dans la zone la plus inconfortable pour les marchés comme pour les banques centrales. Parce que leur problème devient presque insoluble à court terme : remonter les taux aide à combattre l’inflation, mais pèse encore davantage sur l’activité, le crédit et les valorisations ; ne pas remonter assez vite laisse le risque d’effets de second tour s’installer dans les salaires, les prix et les anticipations.
Stratégiquement, ce type d’environnement change beaucoup de choses. Il favorise les actifs réels, les producteurs de matières premières et les entreprises capables de répercuter leurs hausses de coûts, tout en fragilisant les business très dépendants de l’énergie bon marché, du crédit facile et d’une demande constamment euphorique. Il remet aussi au centre des sujets qu’on avait parfois traités à la légère : sécurité énergétique, souveraineté industrielle, diversification des approvisionnements, résilience logistique et discipline budgétaire. Quand l’énergie devient instable, ce n’est pas seulement un sujet macro : c’est un sujet géopolitique, stratégique et boursier à part entière.
Mais il ne faut pas non plus tomber dans le catastrophisme. Le but n’est pas de voir tout en noir, ni de nourrir la peur. Le but, c’est d’être lucide. Lucide sur le fait qu’un marché plus difficile demande plus de prudence. Lucide sur le fait que les performances faciles ne sont pas un acquis. Lucide sur le fait qu’un environnement marqué par un pétrole élevé, des prix énergétiques violents et une inflation collante exige davantage de sélection, davantage d’humilité et une gestion du risque bien plus rigoureuse. Il ne s’agit pas d’être inquiet, il s’agit d’être prêt. Pas de paniquer, mais de respecter ce que le marché est en train de nous dire. Dans ce genre de période, la différence ne se fait pas sur les belles certitudes, mais sur la capacité à rester calme, agile et discipliné pendant que beaucoup découvrent que la bourse ne monte pas toujours dans le confort !
Patience, discipline, persévérance et motivation…