
Évidemment le titre de Libé laisse penser que cette statistique est absolument fiable et rien, dans la titraille ou dans l'article, ne laisse place à la moindre distance critique par rapport à son origine. Ce chiffre n'a pourtant rien d'officiel : il est construit par une association, l'Anti-Defamation League, qui milite contre l'extrême-droite et qui est présidée par un ancien conseiller de Barack Obama. C'est malhonnête de ne pas le préciser. Voilà pour la forme. Maintenant sur le fond, il y a des problèmes majeurs dans les décomptes. Par exemple, l'étude ne recense que 79 morts dans des attaques islamistes depuis 2005. Rien qu'en regardant les 5 plus grandes tueries commises par des islamistes sur cette période, j'en compte pourtant 87 : 13 en novembre 2009 à Fort-Hood, 3 à Boston en avril 2013, 14 à San Berdino en décembre 2015, 49 à Orlando en juin 2016, 8 en octobre 2017 à Manhattan. Et il y en a eu hélas beaucoup d'autres. Et on s'arrête en 2024. L'année 2025, c'est bien commode, n'est pas encore comptabilisée dans l'étude : elle a pourtant tragiquement commencé aux États-Unis par un bain de sang, puisque le 1er janvier à 3h du matin un islamiste tuait 14 personnes et en blessait 36 autres en fonçant dans la foule avec une voiture-bélier à La Nouvelle Orléans. De surcroît, l'Anti-Defamation League ne comptabilise que les meurtres qui l'arrangent, et écarte de ses statistiques nombre d'entre eux au motif que l'appartenance idéologique du meurtrier ne serait pas clairement identifiable. Sauf que cette hypothèse de construction ne fonctionne qu'à sens unique et survalorise l'importance des attentats d'extrême-droite. Deux exemples. L'ADL ne comptabilise que 13 meurtres en 2024, tous attribués à l'extrême droite ou aux suprémacistes blancs. Ce faisant, elle ne compte pas l'assassinat de l'assureur Brian Thompson le 4 décembre 2024 par Luigi Mangione, arguant que les motivations de celui-ci ne seraient pas extrémistes. Pourtant Luigi Mangione a publié un manifeste politique et l'enquête a montré qu'il avait lu (et approuvé) un livre de Theodore Kaczynski "Unanomber", un tueur en série opposé au progrès industriel et clairement biberonné aux idées de l'extrême-gauche radicale. L'ADL ne compte pas non plus la fusillade du 16 décembre 2024 dans une école chrétienne du Wisconsin, commise par une élève de 15 ans, alors que les enquêteurs ont cette fois relevé une idéologie clairement misandre et un souhait chez cette jeune adolescente de tuer tous les hommes. En fait, l'ADL précise dans une notice méthodologique qu'elle surpondère l'importance des meurtres attribués à l'extrême droite car les auteurs sont souvent tatoués avec des signes distinctifs, qui rendent automatique l'attribution par la presse de son crime à une idéologie supposée d'extrême-droite (même lorsque ce tatouage représente non pas une croix gammée mais le symbole d'un gang de détenus par exemple). Mais ça bien sûr, Libé ne le dit pas.





































