Marguerite Stern@Margueritestern
Ça me fait mal en fait.
Ça me fait mal qu’on me traite de transphobe parce que je rappelle que la biologie existe.
Ça me fait mal qu’on me traite de raciste parce que je rappelle que la génétique existe.
Ça me fait mal d’être devenue infréquentable parce que je dis ce que je pense.
Ça me fait mal de voir les désabonnements silencieux de personnes qui ne sont pas des amies mais avec qui j’ai parfois pu échanger, même déjeuner, prendre un verre.
Ça me fait mal de savoir qu’à chaque fois que je dis quelque chose qui bouscule dans le milieu dont je viens, le milieu se met à conspuer en meute.
Ça me fait mal cette solitude imposée, d’être condamnée à ne plus pouvoir échanger avec des gens qui pensent différemment, car l’échange à gauche n’est devenu possible qu’avec des gens qui pensent comme soi.
Ça me fait perdre foi en l’humanité.
Ça me fait mal de ne plus savoir à qui je peux encore parler, qui va bien vouloir encore m’adresser la parole, et d’être dans cette forme d’incertitude permanente face à l’autre : quand te rejettera-t-il parce que tu auras dit quelque chose qui ne convient pas ? Cela installe dans votre vie une forme de parano, d’instabilité et de méfiance constante.
J’ai passé ces 10 dernières années à me préoccuper très concrètement de la chose publique, des autres. Ça me fait mal de voir que des personnes qui n’ont aucune idée de la difficulté que cela représente et de la précarité à laquelle cela condamne, ont beaucoup pris de moi, et désormais jettent au premier désaccord venu. Ça me donne l’impression d’être un objet, un trophée, un symbole, et pas un être humain. Il y a des êtres humains derrière les personnes publiques hein.
Ça me fait mal, mais ça me fait toujours moins mal que de m’interdire de réfléchir et de fermer ma bouche.