Pedro Santa Clara
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Pedro Santa Clara
@psantacl
Professor of Finance, founder of Shaken not Stirred, 42 Lisboa, Instituto +Liberdade





Long FT piece today on Spain's "Big migration experiment". Spain has an invaluable advantage in having an easy to assimilate population of potential immigrants (LatAm). The government is throwing this advantage away and risking turning the population against immigrants by having a permissive attitude to illegal arrivals and passive immigration policy that resulted in 665,000 immigrants per year (over 1.3% of the population) that is straining services, housing and infrastructure. The decisions on regularization are being taken by Sánchez, by Presidential order without taking it to parliament. Sánchez's advisor gives his view on the electoral advantages to the FT "One person close to Sánchez, however, flags a countervailing factor. Many immigrants have already become Spanish citizens and owe something to the prime minister. “Some of them will vote too.”"

L'enfer est pavé de bonnes intentions. Toujours. Sam Altman et Dario Amodei viennent chacun de publier leur vision du futur. J'ai pris le temps de tout lire. Document d'OpenAI "Industrial Policy for the Intelligence Age" (13 pages, avril 2026) et essai d'Amodei "The Adolescence of Technology" (20 000 mots, janvier 2026). Ce qu'ils proposent vraiment : Altman/OpenAI : Un "Public Wealth Fund" qui taxe les entreprises tech pour redistribuer un "AI dividend" à tous les citoyens Des "robot taxes" sur le travail automatisé pour financer les "transitions" Un "Right to AI" qui traite l'accès à l'IA comme l'électricité, avec subventions et infrastructure publique Référence explicite au New Deal de Roosevelt et à la Progressive Era Dans des écrits antérieurs, Altman a proposé une taxe de 2,5% par an sur la capitalisation boursière des grandes entreprises ET 2,5% sur la valeur des terres privées américaines Amodei : Prévoit la destruction de 50% des emplois cols blancs entry-level en 1 à 5 ans Appelle explicitement à de la fiscalité progressive pour gérer la concentration de richesse Rejette comme "fundamentally untenable" l'idée de ralentir le développement de l'IA Imagine un "pays de génies dans un datacenter" qui résoudra tout Disons les choses clairement. Ce qu'on a là, c'est une proposition de néo-collectivisme à l'échelle mondiale, conçue par deux hommes qui contrôlent les modèles d'IA les plus puissants jamais construits, vendue avec un vocabulaire emprunté aux années 30. Je le dis avec respect pour ce qu'ils ont construit techniquement. Mais sur le plan politique et économique, ce qu'ils proposent est extrêmement dangereux. L'enfer est pavé de bonnes intentions. Lénine voulait l'émancipation du prolétariat. Mao voulait sortir la Chine du féodalisme. Pol Pot était un intellectuel formé à la Sorbonne qui voulait "purifier" la société. Aucun ne s'est réveillé un matin en disant "je vais tuer 50 millions de personnes". Tous voulaient un monde meilleur. Maintenant, anticipons l'objection facile. "Mais Brivael, dans le cas du communisme classique, le système s'effondre par pénurie. L'URSS, la Chine, le Cambodge, c'est l'incapacité à produire qui crée la famine, donc la terreur. Avec l'IA c'est l'inverse, on va vers l'abondance, donc le pattern ne s'applique pas." Cette objection est faible. Et c'est précisément ce qui rend ce que proposent Altman et Amodei plus dangereux, pas moins. Oui, l'IA va probablement créer une abondance matérielle inédite. Énergie quasi gratuite, intelligence quasi gratuite, biens manufacturés à coûts marginaux qui s'effondrent. Sur ce point je suis d'accord avec eux. Le problème n'est pas là. Le problème, c'est qu'un système collectiviste dans un contexte d'abondance ne crée pas la même catastrophe que dans un contexte de pénurie, mais il crée une catastrophe d'un ordre différent, peut-être pire. Dans un système d'abondance redistribuée par une autorité centrale, ce qui devient rare ce n'est pas le pain. C'est la liberté. C'est l'agentivité. C'est la possibilité de sortir du système. Quand l'État ou un consortium de méga-entreprises distribue à tout le monde un "AI dividend", un revenu universel en compute, un accès subventionné à l'intelligence, qui décide des conditions ? Qui décide de qui a droit à combien ? Qui décide quelle IA tu as le droit d'utiliser, à quelles fins, avec quelles restrictions ? Qui décide ce que tu peux demander à ton modèle et ce que tu n'as pas le droit de demander ? Spoiler : ce sont les mêmes personnes qui ont conçu le système. C'est-à-dire un petit groupe d'hommes à San Francisco qui n'ont été élus par personne. Et c'est là que les asymétries explosent. Asymétrie d'accès : les concepteurs du système ont la version débridée. Toi, tu as la version filtrée, alignée, conformée. Tu peux t'en servir pour tes loisirs et tes tâches autorisées. Pas pour comprendre ce que les pouvoirs en place préfèrent que tu ne comprennes pas. Asymétrie d'information : ils savent ce que tu fais avec ton allocation. Tu ne sais pas ce qu'ils font avec la leur. Tous tes prompts passent par leurs serveurs. Asymétrie de pouvoir : tu dépends d'eux pour ton revenu de base, ton accès à l'intelligence, et donc à la productivité, et donc à la possibilité d'exister économiquement. Si tu critiques le système, on coupe. Pas par méchanceté. Par "violation des conditions d'utilisation". Asymétrie de sortie : il n'y a pas d'opt-out. Si l'IA est traitée comme l'électricité (proposition explicite d'OpenAI), alors ne pas en avoir, c'est ne pas exister dans la société moderne. Le coût de sortie tend vers l'infini. C'est exactement la définition d'un techno-féodalisme. Sauf qu'il s'appelle "Public Wealth Fund" et qu'il est vendu avec le vocabulaire de la justice sociale. Le besoin de contrôle d'hommes qui se croient assez intelligents pour gérer la coordination de 8 milliards d'humains est, par construction, l'opposé de la liberté individuelle. Il n'y a pas de "version douce" de ce projet. Quand tu décides ce que les autres doivent recevoir, tu décides aussi ce qu'ils ont le droit de faire avec, ce qu'ils ont le droit de penser, ce qu'ils ont le droit de demander. Ce n'est pas un effet secondaire. C'est la mécanique même. Et c'est là que le pattern historique resurgit, dans une forme nouvelle. Étape 1 : un groupe d'hommes très intelligents identifie un problème réel (concentration des richesses générée par l'IA). Ils sont sincères. Étape 2 : ils conçoivent un système de redistribution centralisé et universel. Ils ont les bons diplômes. Ils ont raison sur la technique. Étape 3 : ils mettent le système en place. L'abondance matérielle arrive. Mais avec elle arrivent les asymétries que j'ai décrites. Frustrations massives. Sentiment d'humiliation à devoir recevoir un "dividende" plutôt que de produire. Perte de sens. Dépendance totale à une infrastructure qu'on ne contrôle pas. Émergence de classes nouvelles : ceux qui codent les règles, ceux qui les subissent. Étape 4 : ces frustrations se cristallisent en colère. Les concepteurs refusent d'admettre que le problème est structurel. Pour eux, c'est juste un problème d'ajustement, de communication, de "désinformation". Ceux qui contestent sont des "complotistes", des "anti-progrès", des dangers pour le système. Étape 5 : on durcit. On ajoute du contrôle. Pas avec des goulags, mais avec du shadow banning, des coupures d'API, du déclassement social, du blocage d'accès à l'IA pour les "mauvais usages". La coercition prend la forme d'algorithmes plutôt que de tchéka, mais elle est plus efficace, plus diffuse, plus inéchappable. Étape 6 : on n'a plus 100 millions de morts par famine. On a 8 milliards de personnes vivant matériellement bien dans une cage cognitive et économique dont la clé est détenue par 50 personnes. Ce n'est pas le goulag. C'est pire à certains égards, parce que personne ne se rend compte qu'il est enfermé. Le techno-fascisme ne viendra pas d'un dictateur en uniforme. Il viendra d'un consortium d'entreprises bien intentionnées qui distribuent gratuitement à tout le monde un accès à l'intelligence, à condition qu'on accepte les "termes d'utilisation" qui définissent ce qu'on a le droit de penser et de faire. Ce que je veux dire à Sam et Dario : Vous n'êtes pas plus intelligents que Marx. Marx était brillant. Vous n'êtes pas plus sincères que Lénine au début. Lénine était sincère. Vous n'êtes pas plus rigoureux que les architectes du Gosplan, qui étaient les meilleurs mathématiciens de leur époque. Et vous échouerez pour la même raison fondamentale qu'eux. Parce qu'aucun groupe humain, aussi intelligent soit-il, n'a le droit ni la capacité de définir les conditions de la liberté de 8 milliards de personnes. La liberté individuelle ne se redistribue pas. Elle se respecte ou elle se nie. Il n'y a pas de troisième voie. La seule réponse civilisationnelle saine à l'IA, c'est l'opposé de ce qu'ils proposent. Décentralisation maximale. Marchés ouverts. Propriété privée renforcée. Concurrence entre les modèles. Pluralité des juridictions. Open source. Modèles locaux que les gens possèdent vraiment. Pluralité des États-nations qui se font concurrence plutôt qu'une gouvernance globale unique. Que chacun puisse acheter, posséder, faire tourner ses modèles, sans demander la permission à personne. L'IA est trop puissante pour être confiée à un système centralisé. Pas par méchanceté des concepteurs. Par physique des systèmes complexes et par éthique des libertés. Hayek, Mises, Popper, Nozick, Taleb. Tout est déjà dans les livres. Le néo-collectivisme techno n'est pas moins dangereux que l'ancien. Il est plus dangereux. Parce qu'il vient avec de meilleurs outils, une légitimité technique inattaquable, et un discours moral irréprochable. Il ne tuera pas par la faim. Il tuera par la cage dorée. L'enfer est pavé de bonnes intentions. Toujours.







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