Harold Bernat@bernathoustra
On me demande pourquoi je ne marche pas, tête baissée, dans la liturgie "nouveau front populaire" contre le fascisme et le racisme et le capitalisme. Musique.
Excusez-moi mais je pense qu'il est important de parler du lieu où nous sommes. J'aimerais d'ailleurs lire des témoignages autrement plus situés plutôt que des grandes envolées hors sol.
Une vraie demande. Sérieuse.
A force de me lire, vous savez d'où je parle.
La réciproque m'intéresse. Grandement.
Le romantisme délirant du "front populaire", en 2026 ? Le fantasme de l'ouvrier dépossédé de son outil de production appliqué, sans distinction, à des métiers de communication, d'animation, de service, à l'heure de l'IA tous azimuts, du téléphone protable greffé ?
Des professeurs qui se prennent pour Charlie Chaplin devant Parcoursup et des rosies qui dansent début septembre, entre 14h et 15h30, en bleu de travail "farce et attrape" pour s'émanciper du fascisme...
comment voulez-vous que j'accroche à ça ? Sérieusement.
Evidemment, si tu veux être élu, tu fais un effort.
Petit doigt sur la couture.
Tu joues le jeu, comme on dit, tu mets ta casquette et ta démagogie, même si tu n'en penses pas moins.
Le bal des faux-culs.
Non, je ne suis pas dépossédé de mon outil de travail comme dans les années 30, contrairement à ce que nous vendent ces grands délires rétrospectifs. Par contre, quand j'en viens à me nier en tant que professeur, que je me fantasme ouvrier des années 30, là je m'aliène.
Je m'aliène et je deviens faux.
Et complètement con en sus.
Pire, je cultive, non sans perversité d'ailleurs, une mauvaise conscience qui sert ceux qui nous détruisent. Quel professeur peut se vivre comme un prolo des années 30 ? Cela n'a aucun sens. Pourtant, nous sommes maltraités (dans des mesures et des quantités d'ailleurs très différentes selon les situations professionnelles), c'est vrai.
Mais nous sommes d'autant plus maltraités, voire méprisés, voire humiliés, que nous nous renions nous-mêmes, que nous intériorisons des liturgies politiques totalement démagogiques, des simulacres qui ne correspondent absolument pas à notre condition réelle d'existence.
Ces gens devraient relire Marx. Ils n'ont strictement rien compris à la praxis... à l'exception de la leur bien sûr. En effet, si l'objectif est d'être élu sans avoir trop d'exigences, de fédérer facile, les grandes liturgies sont efficaces (perdantes globalement mais efficaces localement). En gros : tu ne partages mes signes, donc tu fais le jeu du fascisme.
Mais en quoi cette praxis là, celle de celui qui brigue le mandat électif, me concerne-t-elle ? Pour quelle raison devrais-je nier ma pratique pour faire élire le député Boyard ? Je n'ai pas encore lu de réponse sérieuse et satisfaisante intellectuellement à une question qui l'est pourtant.
On nous a appris à nous nier nous-mêmes, à intérioriser une culpabité délirante, y compris et surtout dans les secteurs publics. Les métiers de l'enseignement sont au coeur du réacteur à culpabilité et à auto-censure : exigeant, tu saques, tu en demandes trop, tu défends la qualité, tu attends une attention et un investissement réel en face, y compris de l'institution etc... Oublie tout ça, l'important c'est la lutte contre le grand capital. Et le racisme. Et le fascisme.
Un chantage parfaitement récupéré par une gauche qui s'est spécialisée dans le grand commerce des signes avec un niveau de démagogie qui me sidère et me fascine à la fois, qui force le respect.
Evidemment, je me sens proche des luttes sociales et je suis prêt à porter le fer, il le faut, à prendre des risques aussi. Publiquement. Sans pseudo. Ce qui vient s'annonce catastrophique, nous le savons. La suite de la catastrophe pour être plus juste.
Mais on ne peut pas gagner politiquement (pour gagner quoi d'ailleurs ?) en rentrant dans le cauchemar de l'autre, en délirant le réel.
Voilà pourquoi je ne marche pas tête baissée dans la liturgie "front populaire" en 2026. Les militants s'en accommodent et ils ont raison dans leur logique. Mais qu'ils ne viennent pas nous faire des leçons de morale.
Que chacun parle réellement de sa praxis et nous arriverons peut-être à comprendre pourquoi nous n'y arrivons pas.
#Elections2027