Eugénie Bastié@EugenieBastie
2000-2025 : sommes-nous devenus incapables de créer ?
Nous sommes le 31 décembre 2025, et c’est le moment de faire le bilan du premier quart du XXIᵉ siècle en matière culturelle.
C'est tout l'objet du livre de l'écrivain américain David Marx, Blank Space, une histoire culturelle du XXIᵉ siècle. L’auteur a étudié l’ensemble de la production artistique entre les années 2000 et 2025, en matière de cinéma, de musique, d’arts et de pop culture.
Alors que le XXᵉ siècle avait été une explosion d’inventivité et d’avant-gardes, le XXIᵉ se définit par le recyclage d’idées du passé, remixées par le numérique.
Il y a désormais un espace blanc — blank space — qui est aussi une référence à une chanson de Taylor Swift, chanteuse américaine devenue, selon Marx, l’un des symptômes de cette ère du vide.
Alors bien sûr, cela ne veut pas dire que l’on ne crée plus d’œuvres — et même de bonnes œuvres.
Mais il n’y a plus vraiment de nouvelles formes, plus de chocs esthétiques, plus de ruptures.
Au box-office triomphent les remakes et les suites : les Marvel, les Disney.
Les films les plus attendus de 2026 sont un James Bond, un Spider-Man et une adaptation de L’Odyssée, œuvre crée il y a 3000 ans . Beyoncé caracole toujours en tête des ventes — comme en 2006. Souvenez-vous : on peut parfaitement identifier le style des années 70, 80 ou 90. En revanche, on aurait bien du mal à définir celui des années 2000, 2010 ou 2020.
Quelles sont les raisons de cet “épuisement culturel”, selon David Marx ?
Évidemment, internet et ses algorithmes. Parmi les facteurs de cette stagnation, Marx cite l’omnivorisme : le refus de toute hiérarchie culturelle. À force de dire que tout se vaut, tous les genres et tous les goûts sont nivelés dans une bouillie uniforme et insipide. Il évoque aussi le poptimisme: le fait de célébrer la popularité comme critère ultime de la qualité.
« Les créateurs n’étant plus tenus de rechercher l’excellence artistique », écrit Marx, « la culture est devenue une lutte acharnée pour capter l’attention, une course effrénée vers le plus bas niveau. »
À cela s’ajoute, avec les réseaux sociaux, une moralisation permanente. Les artistes sont tétanisés à l’idée de déplaire, et n’osent plus prendre de risques.
Ils deviennent lisses.
Et puis, dans une époque sans aucune norme culturelle, il n’y a plus rien à transgresser.
La contre-culture est devenue la culture elle-même.
Quand on a transgressé toutes les normes, quand il ne reste plus aucun cadre à renverser, que reste-t-il à inventer ?
Pour le quart de siècle qui vient, il nous faut renouer avec l’héritage du passé, mais aussi avec la prise de risque, le conflit esthétique et le retour de hiérarchies culturelles assumées.
C’est sans doute ce que l’on peut nous souhaiter pour 2026 : le retour de la créativité