Serge Mbarga Owona 🇨🇲@Manekang
Monsieur Niat 🕊️🙏
C’est ainsi que ma mère appelait son directeur à la Société nationale d’électricité du Cameroun, la Sonel. Elle était alors l’infirmière de cette société parapublique à Yaoundé. Nous étions dans les années 80 et 90.
Chez nous, à la maison, ce nom évoquait toujours la même impression dans mon esprit d’enfant : celle de l’approbation du travail du leader camerounais, à travers les mots et le ton utilisés par celle qui était infirmière et déléguée syndicale à la Sonel, à Yaoundé, la capitale du Cameroun.
Les mots de ma mère me suffisaient – et m’ont toujours suffi – pour savoir si quelqu’un était juste, gentil, malhonnête, travailleur ou fainéant. Elle avait cet art habile de connaître les gens et d’en parler sans flagornerie. C’était du bel art chez les gens de sa génération, celle de l’après-indépendance.
En 1960, lors de l’indépendance du Cameroun, Monsieur Niat était âgé de 26 ans. Il fait donc partie de ceux qui ont connu la transition administrative et politique de notre nation, entre les cadres français et les dirigeants camerounais.
Il était l’un de ces locaux exceptionnels, excellemment formés, instruits, rigoureux et consciencieux. Ils prenaient avec assurance et progressivement les rênes de leur jeune État nouvellement indépendant.
Quand il rentra dans son pays, il était nanti d’un très prestigieux diplôme d’ingénieur de Supélec. Supélec, l’École supérieure d’électricité de Paris, était (et reste) une grande école qui recrutait les meilleurs élèves sur concours et les formait dans les domaines des sciences et technologies, avec une grande emphase sur l’énergie.
Pendant 27 ans, Monsieur Niat fut le Directeur général de la Sonel, entre 1974 et 2001. À ma connaissance, il fut le dernier dirigeant camerounais de cette entreprise stratégique avant sa privatisation et son transfert aux compagnies capitalistes et financières internationales.
J’ai en mémoire une histoire vécue, racontée par ma mère, alors que Marcel Niat Njifenji, le fils illustre du département du Ndé dans la région de l’Ouest, était Directeur général de la Sonel. Une histoire de celles qui montrent l’humanité indispensable pour demeurer un grand leader.
Deux ouvriers de la Sonel effectuaient des travaux sur une ligne électrique quand un accident leur causa des dommages corporels extrêmement graves, qui semblaient irréversibles. Le DG de la Sonel enclencha rapidement les démarches nécessaires afin que ces deux ouvriers soient évacués en France, où ils pourraient recevoir les meilleurs soins.
L’argent nécessaire fut mobilisé dans la société et tout un compartiment du Boeing 747 de la Cameroon Airlines fut aménagé pour transporter les deux collaborateurs en France. Lorsque l’avion arriva à Paris, deux ambulances médicalisées les attendaient déjà au bas de la passerelle. Les deux blessés furent conduits dans un excellent hôpital afin de recouvrer leur santé. Ils revinrent au Cameroun parfaitement guéris.
Cette histoire de deux ouvriers évacués en France a été rendue possible grâce à la volonté et à l’humanité du DG de la société parapublique nationale. Je ne l’ai pas lue dans un journal : ma mère était l’accompagnatrice des deux malades lors de leur évacuation sanitaire en France. Je ne sais pas si un tel scénario est encore possible aujourd’hui dans une société parapublique camerounaise : deux ouvriers évacués en France pour des soins, avec leur collègue infirmière comme garde-malade.
Le Cameroun est une belle Nation africaine, un pays leader qui possède des cadres brillants dans leurs domaines d’activité respectifs. C’est certainement le bénéfice de notre diversité culturelle. En effet, quand on est « l’Afrique en miniature », on dispose de tous les atouts visibles et invisibles du continent.
Monsieur Niat était l’un des leaders que j’ai connus sous le prisme exigeant du regard ma mère, sa collaboratrice, infirmière diplômée d’État. Une femme honnête et compétente, déléguée syndicale ferme et rigoureuse.
Puisse l’âme de ce grand leader reposer en paix, et qu’il soit vivement remercié pour son œuvre illustre au service de la Patrie.
Manekang.