ElenaMay
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ElenaMay
@MH_AltMay
UNI_Sciences de l’éducation & curieuse, j’essaie de décrypter le 🌎 👀 🔎 J’♥️ les sources fiables.




Qu’est-ce que je suis fatigué de lire, ces derniers jours, que « le GIEC abandonne les pires scénarios de réchauffement » pour son 7e rapport (à savoir les scénarios RCP8.5 du 5e rapport et SSP5-8.5 du 6e rapport). En mode : "tout va bien, on vous avait dit, le réchauffement ne va rien faire". "Les ecolos sont des escros". "Les scientifiques sont payés par des lobbys". Euh… non. Ces scénarios étaient déjà considérés depuis longtemps comme improbables. Ils reposaient sur une hypothèse très extrême : continuer à augmenter indéfiniment les émissions de gaz à effet de serre sans transition énergétique, sans évolution technologique, sans changement des usages ou de la consommation. Bref, un monde en mode « business as usual » poussé à l’extrême... Oui, les dynamiques sociales, technologiques et énergétiques ont évolué. Et c’est une bonne nouvelle. Mais faut-il pour autant sauter de joie ? Eh bien non. Car il n’y a rien de vraiment nouveau : les climatologues le savaient déjà. Ces scénarios étaient déjà décrits comme improbables. Le vrai sujet aujourd’hui, ce sont les scénarios intermédiaires à élevés. Et selon les trajectoires actuelles (ce que confirment d’ailleurs beaucoup de mes collègues climatologues) nous nous situons probablement entre un scénario modéré et un scénario élevé, c’est-à-dire entre SSP2-4.5 et SSP3-7.0. Alors, pour illustrer concrètement ce que cela signifie, regardons la biogéographie (i.e. aire de répartiton) de la pomme Golden en Europe : ➡️Dans le scénario SSP5-8.5 (le fameux scénario « abandonné »), le déplacement est spectaculaire : la Golden devient quasiment une pomme balte. ➡️Dans le scénario SSP3-7.0, considéré aujourd’hui comme plus crédible, la Golden… devient aussi une pomme balte. La différence ? Elle remonte simplement un peu moins vite vers le nord : environ 100 à 200 km de moins. ➡️Et même dans le scénario modéré SSP2-4.5, la remontée vers l’Europe de l’Est et le nord de l’Europe reste extrêmement marquée. Autrement dit : dans tous les scénarios, y compris les plus « modérés », les bouleversements agricoles restent majeurs. Cela signifie : ➡️une transformation profonde de la géopolitique alimentaire mondiale ; ➡️la disparition ou le recul de nombreuses productions dans le sud-ouest et le sud-est de la France ; ➡️des bouleversements économiques encore difficiles à anticiper ; ➡️une concurrence agricole accrue avec l’Europe de l’Est ; ➡️une aridification et une désertification croissantes du bassin méditerranéen ; ➡️et probablement des mouvements de population importants liés à ces transformations. Alors oui, on peut se réjouir que le pire scénario devienne moins probable. Évidemment. Et j'en suis ravi ! Mais attention aux discours rassuristes du type : « Vous voyez, on vous l’avait dit, il ne va rien se passer. ». Abandonner le pire scénario ne signifie absolument pas qu’il ne va rien se passer et que nous n'avons pas un long chemin devant nous !

































