
C’est historiquement juste. Airbus Defence and Space s’est construit autour d’un centre de gravité fortement germano-espagnol, tandis que la France préservait ses champions souverains :Dassault, Thales et concentrait une partie de ses actifs missiles dans MBDA. C’est précisément ce qui rend la situation actuelle si paradoxale pour Guillaume Faury. Airbus a multiplié les compromis industriels et politiques pour conserver une place centrale dans les grands programmes européens conduits avec Berlin. Le résultat est pourtant sévère : le SCAF a échoué, et Airbus voit désormais sa position contestée jusque sur les programmes souverains allemands. SATCOMBw 4 en offre une illustration frappante. En mars, Airbus, OHB et Rheinmetall étaient encore annoncés comme préparant une offre commune. En juin, la structure officiellement créée pour porter la responsabilité globale du programme : développement, intégration, exploitation, cybersécurité et centre d’opérations, ne réunit plus qu’OHB et Rheinmetall. Airbus n’apparaît plus dans la JV ni dans l’offre officiellement annoncée. Voilà la leçon de realpolitik industrielle : la forte implantation allemande d’Airbus ne protège nullement le groupe lorsque Berlin décide de privilégier des champions nationaux qu’elle contrôle entièrement. Airbus peut être utile à la coopération européenne tant qu’il apporte des compétences, des volumes et des financements. Dès que l’Allemagne estime pouvoir maîtriser seule l’architecture stratégique, elle organise la compétition autour de ses propres acteurs. Guillaume Faury se retrouve donc face au résultat de son pari : avoir accommodé Berlin sans obtenir en retour la sécurité industrielle qu’il semblait rechercher.















