Le Lobby de Montréal 🍁@lobbymontreal
Je recopie ici l'intégral du texte d'un ancien employé du PCQ. Congédié en 2020 pour avoir refusé la stratégie complotiste, salaire retenu en échange de son silence, intimidation juridique amateur. La plainte du PQ pour manœuvres frauduleuses? Aucune surprise. C'est dans l'ADN du parti.
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POURQUOI J’AI QUITTÉ LE PCQ EN 2020?
Ce matin vous avez sans doute vu la nouvelle comme quoi le PQ aurait déposé une plainte contre le PCQ pour manœuvres frauduleuses lors de la partielle d’Arthabaska à l’été 2025.
Je ne suis pas enquêteur ni spécialiste de la loi électorale, mais chose sûre, c’est le genre de choses qui peut rapidement se revirer de bord, alors déjà, je pars du principe que la plainte n’a pas été déposée à la légère, contrairement à ce que Duhaime sous-entend en attaquant la rigueur du PQ.
Mais ce n’est pas la seule chose qui me laisse croire que le PCQ est bel et bien coupable. En effet, ils n’en sont pas à leur première fois à faire des affaires croches. La première dont j’ai eu connaissance, c’est celle qui a été faite contre moi en octobre 2020 quand j’ai quitté le Parti.
La première chose à mentionner est que tous les événements dont il sera question ici tournent autour d’une personne : le Représentant/Agent officiel du PCQ. C’est Patrice Raza qui occupe ce rôle dans toutes les situations depuis plusieurs années (avant même mon arrivée en 2017). C’est lui qui est légalement le responsable des dépenses du PCQ.
Loin de moi l’idée de retirer à Duhaime sa part de responsabilités, mais un Représentant officiel qui a autant d’expérience devrait être capable de conseiller son chef correctement, surtout considérant que c’est lui qui porte l’entièreté de l’image du Parti sur les épaules et qui a aussi la responsabilité de s’entourer correctement.
Et s’il l’a conseillé correctement (ce dont je doute au vu de ce qui va suivre), Duhaime ne l’a pas écouté, ce qui n’est pas mieux.
Maintenant les faits :
On est en 2020. C’est une année Covid très difficile pour tous les partis politiques en dehors de la CAQ. Rien ne lève, tout le monde s’entend pour collaborer et faire sa part pour faire face à la pandémie. Tout le monde sauf certains petits partis qui tapent à fond sur les mesures sanitaires comme l’ancien Citoyens au pouvoir de Stéphane Blais.
Le PCQ lui est entre les deux et son Exécutif aussi. D’un côté on a les gens qui voulaient taper plus fortement sur les mesures sanitaires parce qu’ils y voyaient une potentielle rentrée d’argent (membership, dons) et des électeurs à séduire.
De l’autre côté, on a le clan de ceux qui souhaitent que le parti se responsabilise et n’embarque pas dans ce genre de délires. Je faisais partie de ce clan. Mon argument était le suivant :
« Oui c’est vrai qu’on va faire du cash et qu’on va peut-être monter à genre 5-6% dans les sondages. Le problème c’est qu’on va frapper un plafond de verre, parce que notre image va se figer comme étant un parti pogné avec des complotistes qui vont penser qu’ils ont une place chez nous.
Ensuite, notre parti est encore trop petit pour gérer la masse de gens qui arriveraient et prendraient le contrôle de l’organisation et des instances. »
Je n’ai pas été écouté, la directrice des communications de l’époque non plus et on s’est fait tous les deux clearé en l’espace de 2 jours du Parti. Elle d’abord, puis moi ensuite quand j’ai confronté l’Exécutif et que je me suis porté à sa défense.
Elle était bénévole, mais moi j’étais salarié et le responsable de mon salaire était Patrice Raza, le Représentant officiel du PCQ et qui l’est toujours aujourd’hui et qui faisait partie de ceux qui croyaient qu’on devait aller chercher l’argent, ne voyant que des bénéfices à court terme.
C’est là que mon histoire commence, mais une dernière mention avant : Les conversations qui ont lieu sur le réseau privé du Parti et qui ont conduit à mon départ relèvent du domaine privé et vous comprendrez qu’ayant signé un contrat de confidentialité, je ne peux pas les rapporter dans les détails ici. Rassurez-vous cependant, tout ce qui se déroule après, je peux en parler librement puisque je n’avais plus d’attaches au Parti.
La seule chose que je dirai est que j’ai constaté les mêmes choses que Raffael Cavalière à l’interne. La seule différence c’est que les visages ont changé, mais la culture malsaine est demeurée la même.
Sachez cependant que les normes du travail ont eu accès à l’ensemble de toutes les données nécessaire à la poursuite que j’ai dû entamée. Oui vous avez bien lu, c’est là que l’histoire nous amène.
Après mon congédiement, j’ai reçu un courriel de la part de Patrice Raza me disant quelles seraient les conditions. Je ne vous cacherai que je n’ai pas réagi avec calme. Je me sentais trahi par le Parti pour lequel j’avais donné du temps et négligé mes relations interpersonnelles pendant près de 4 ans. Un Parti en lequel j’ai cru jusqu’à la fin. On va dire les termes, j’étais en tabarnak.
J’ai donc revendiqué tout l’argent qui m’était dû : Congés non-payées, fériés, talons de paie, compensation pour congédiement sans préavis, tout le kit. J’étais un salarié et j’avais donc droit à tout cela.
La réponse de Patrice Raza a été une lettre à signer qui stipulait qu’en échange de recevoir mon salaire restant, que je devais m’engager à ne pas parler du PCQ négativement sur les réseaux sociaux.
Vous comprendrez rapidement qu’il est illégal d’imposer des conditions pour se faire verser un salaire légalement dû, alors j’ai refusé de signer et j’ai amené la situation aux normes du travail. On rappelle que j’étais employé.
Cette histoire a commencé en octobre 2020 et s’est terminée en avril 2021. Je possède encore dans mes dossiers tous les enregistrements téléphoniques, les courriels, les textos, les posts de réseaux sociaux et je n’ai pas l’intention de m’en débarrasser. Par contre, des journalistes les ont entre les mains depuis longtemps et ça fait un bout que je souhaite que cette histoire sorte.
Plusieurs choses sont ressorties :
1- Pendant mes procédures avec les normes du travail, Patrice Raza a essayé de mentir en disant que les normes ne s’appliquaient pas à moi parce que j’étais en fait un administrateur. Ce qui était faux. On m’a juste donné un pouvoir d’administrateur via un titre en plus de mon emploi, mais je restais d’abord et avant tout un employé et je prévoyais quitter le PCQ en 2019 pour faire le saut au fédéral et on m’a ramené avec la perspective d’un emploi (me permettant de quitter ma job étudiante).
2- Mon avocat m’a dit que c’était la première fois qu’il poursuivait un parti politique et que le dit parti avait des employés, mais n’était pas enregistré au registraire des entreprises du Québec. Notez qu’au moment d’écrire ces lignes, c’est toujours le cas si vous consultez le registraire.
3- Pendant les procédures, Patrice Raza a essayé de me contacter en privé pour me proposer un deal (cet appel est enregistré) et j’ai encore la lettre. J’ai décidé de consulter mon avocat pour savoir quoi en faire et il m’a déconseillé de la signer, car légalement, aucun salaire ne peut être retenu pour quelconque raison quand on est salarié.
Il a donc contacté Patrice Raza par courriel en me mettant en C.C et il lui a spécifiquement dit de ne plus me contacter et que c’était avec lui qu’il devait traiter désormais.
Savez-vous quelle a été la réponse de Raza? Une tentative à peine voilée d’intimidation. Il a essayé de citer un article du Code Civil en disant que j’avais brisé la confidentialité du processus si j’en avais parlé à mon avocat et qu’il refusait de considérer sa réponse comme étant la mienne.
La réponse de mon avocat a été assez ferme et claire et il a fait comprendre à Raza qu’il vivait clairement au-dessus de ses connaissances juridiques.
Patrice Raza et le Parti conservateur ont fini par abandonner et ont transmis le paiement demandé aux normes du travail qui me l’ont ensuite transmis. Ça a pris plusieurs mois alors que moi, dans la semaine suivant mon congédiement, j’avais rendu tout le matériel appartenant au Parti.
Donc quand ce matin je vois que le PCQ a une plainte sur le dos concernant des histoires d’argent, la seule chose que je me dis est que c’est une parmi tant d’autres. Car avec les années, il y en a eu d’autres.
Le 17 avril 2024 sortait dans le Devoir par Isabelle Porter un article concernant Samuel Lamarche qui a été obligé d’aller aux normes du travail pour recevoir son salaire.
Pendant la partielle d’Arthabaska, il a eu des tentatives d’intimidation contre Raffael Cavalière parce qu’il parlait de Duhaime et soulignait sa malhonnêteté. Il a reçu une mise en demeure dont il était évident que c’était juste une tentative de censure.
Drôle de méthode pour un parti qui se dit tellement pour la liberté d’expression et qui hurle à la censure pour 20 internautes qui veulent boycotter une librairie. Faut croire que la liberté d’expression, c’est un privilège qui devrait être réservé à leur gang… bref.
Même 6 ans après mon départ, je constate que rien n’a changé alors que pourtant, j’ai eu l’opportunité de dire directement à Duhaime que s’il devenait chef du PCQ, il devait clearer tout le monde.
Ça s’est passé en hiver 2020-2021. Un rendez-vous avait été donné dans un des condos d’Éric, celui des fameuses taxes impayées de 2022. Il y avait plusieurs personnes présentes ce soir-là. Je ne les nommerai pas, elles n’ont pas demandé à faire partie de mon histoire, mais certaines me suivent et peut-être voudront-elles se dévoiler volontairement, libre à elles.
On m’avait demandé de venir (c’était après mon congédiement), car je connaissais bien le parti à l’interne et Éric voulait savoir un peu à quoi s’attendre.
Je lui ai clairement expliqué le fonctionnement de la Constitution du Parti (qui était disponible publiquement de toute façon) et la seule chose qui l’intéressait au final était de savoir combien de personnes étaient élues et combien de personnes étaient nommées par le Chef pour savoir combien il pouvait en contrôler.
Je lui ai dit que c’était dans son intérêt de clearer tout le monde et de mieux s’entourer et quelqu’un d’autre ayant été candidat du PCQ en 2014 était présent et a approuvé ce point aussi.
Finalement, Duhaime a gardé les deux éléments (dont Patrice Raza) qui étaient les plus problématiques dans le Parti et qui étaient les plus féroces représentants du camp qui voulait faire chic chic avec les conspis pour obtenir des votes. Les autres ont été remplacés par des gens qu’il pensait pouvoir contrôler. Jusqu’à ce que Raffael Cavalière le confronte. Nouveaux visages, mais même culture.
Ça fait plusieurs années que je ne me gêne pas pour taper sur le PCQ. J’ai souvent raconté cette histoire en privé, mais c’est la première fois que je la rend publique. J’ai essayé dans la dernière année de la faire passer dans les journaux, sans succès, car elle est trop vieille.
J’ai voulu renoncer par moment en me disant que c’était trop tard et que ce n’était plus digne d’intérêt, mais avec ce qui a été annoncé sur la partielle d’Arthabaska, je pense que ça redevient d’intérêt public.
Parce que ce genre de plainte, comme je le disais au début, ne se dépose pas à la légère. Si elle s’avère fausse, ça va se retourner solide contre le PQ et en plus, fort probablement en automne quand les élections commenceront. Rarement on verra un tel coup de dé en politique sans que les probabilités soient favorables, car c’est une stratégie dangereuse.
J’ai bien hâte de voir les résultats, mais je sais que si la plainte s’avère fondée, la seule chose que je pourrai me dire c’est : Aucune surprise. C’est dans leur ADN au même titre que la corruption l’est chez les Libéraux.