Meloni
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Si vous voulez le libéralisme complet pour les médecins (comme l'ont subi les ingénieurs), je vous soutiens, mais je doute que ça vous plaise : 1) on importe massivement des médecins pas chers du tiers-monde autorisés automatiquement à exercer en France. 2) on autorise les téléconsultations avec des médecins basés n'importe où dans le monde qui peuvent prescrire en France (délocalisations) et fixer leurs prix. 3) on fait exploser la formation express de médecins "au rabais" par des écoles privées "pay-to-win". 4) on cesse de protéger le titre de "médecin" et n'importe qui peut désormais s'en prévaloir sans vérification et exercer ce métier. Alors dites-moi, pensez-vous que les médecins gagneraient mieux leur vie dans un tel système ? C'est exactement ce qu'ont subi les ingénieurs ces 50 dernières années, et ils sont passés de riches notables propriétaires d'immeubles à Paris à ingésclaves à 2 SMIC dans 30 m² en banlieue éloignée. PS : Oui, mais on peut choisir son assurance auto, tandis qu'on ne peut choisir sa Sécu.



Je vais revenir sur la santé à partir de ce tweet de @VieDeCarabin. Je vais poser pour la réflexion que la situation décrite est avérée, c'est quasi impossible de trouver un médecin rapidement. Ce qu’il décrit n’est pas un malaise subjectif, c’est une équation économique simple. Première variable : la demande. Elle explose mécaniquement avec le vieillissement démographique --> plus d’âge, plus de pathologies chroniques, plus de suivi, plus de consultations. Ce n’est ni moral ni politique, c’est arithmétique. Deuxième variable : le prix perçu. Dans le système français, toute consultation a vocation à être remboursée par l'AMO. Pour le patient, le coût marginal est donc quasi nul pour peu qu'il ait une complémentaire. Quand le prix est nul, la demande n’a aucune raison de se limiter. Il faut arrêter de croire que les appels au civisme des patients suffisent. C'est du wishful thinking. Troisième variable : l’offre. Elle est humaine, finie, et soumise à une contrainte évidente : le revenu. Les médecins ne sont pas des martyrs, ce sont des acteurs rationnels. Si travailler plus ne vaut pas le coup financièrement, entre fiscalité, charges, et poids administratif, ils ne travaillent pas plus, et personne ne peut les y forcer. On a donc créé un système absurde : - une demande structurellement croissante, - un prix virtuellement gratuit, - et une offre rationnellement plafonnée. Sans mécanisme de régulation par le prix, sans limite explicite de volume, et sans priorisation collective, l’ajustement se fait ailleurs : par l’attente, par le réseau, ou par l'abandon. C'est un rationnement caché, socialement inégal et moralement hypocrite. Comme je l'ai déjà dit, tant qu'on ne priorisera dans le système de santé, on subira la demande de soins, et pour cela il va bien falloir un jour poser clairement la limite de la couverture publique en matière de santé et arrêtez de croire qu'elle ne doit pas exister. Concernant l'offre, si on veut qu'elle augmente, il n'y pas des tas de solutions. Soit on augmente le nombre de médecins mais c'est compliqué à court terme, soit on les incite à travailler davantage car ils y ont un intérêt financier. Ils ne le feront pas par un simple appel à la bonne volonté, c'est aussi niais que les appels au civisme des patients. Je précise que tout ce raisonnement repose sur un cadre simple : une médecine libérale, avec des professionnels autonomes et rationnels. On peut bien sûr imaginer d’autres modèles, plus administrés ou plus contraints mais cela ne change rien au problème fondamental, une demande de santé potentiellement illimitée face à une offre humaine finie. L’IA, la télémédecine et les outils d’aide au diagnostic modifieront le métier, c’est certain, mais aujourd’hui encore, il faut un médecin pour diagnostiquer, prescrire et engager la responsabilité médicale. Tant que ce point reste vrai, aucune pirouette technologique ne supprimera la contrainte d’offre.

















