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#Burundi: Retour sur la conférence-débat du FOCODE du 13 décembre 2025 à Herstal — Alexandre Niyungeko analyse dix ans de journalisme burundais sous pression
#FocodeMagazine | 26 décembre 2025
Dix ans après la crise politique de 2015, la presse burundaise continue d’exister loin de ses rédactions détruites et de ses studios fermés. À Herstal, lors d’une conférence-débat organisée par le Forum pour la Conscience et le Développement (FOCODE), Alexandre Niyungeko, président de l’Union burundaise des journalistes et de la Radio Inzamba, a livré une analyse sans détour : au Burundi, informer est devenu un risque majeur. Mais l’exil n’a pas fait taire les journalistes.
Herstal (Liège), 13 décembre 2025 – Alexandre Niyungeko n’était pas présent physiquement à l’Espace Event LaFabrik. Un problème de santé l’a contraint à intervenir à distance. Son absence dans la salle n’a toutefois pas atténué la portée de son propos. Sa voix, posée mais ferme, a traversé l’assemblée pour raconter une décennie de pressions, de ruptures et de recompositions du journalisme burundais.
Le thème annoncé résumait à lui seul la situation : « Libertés étouffées, voix en exil ». Pour Alexandre Niyungeko, il ne s’agit ni d’un slogan ni d’une figure de style. « La liberté de la presse n’est pas un privilège des journalistes, c’est le droit du public à l’information », a-t-il rappelé d’emblée, inscrivant son intervention dans une défense du journalisme comme bien public.
Depuis la crise de 2015, explique-t-il, le métier de journaliste au Burundi est soumis à une pression constante. Sous couvert de sécurité et de stabilité, les autorités ont progressivement réduit l’espace d’expression des médias indépendants. Harcèlements, intimidations, arrestations, procès à charge : la liste est longue. Certains journalistes ont payé de leur vie le simple fait d’avoir voulu regarder la réalité en face. « Quand on s’attaque aux médias, ce n’est pas seulement une profession qu’on vise, c’est la capacité d’une société à se comprendre », a-t-il souligné.
Sans revenir longuement sur la destruction des médias indépendants en 2015, Alexandre Niyungeko en rappelle la logique : faire taire, dissuader, installer la peur. Il reprend alors une formule souvent citée par Marguerite Barankitse : « Ils ont voulu nous enterrer, ils ont oublié que nous étions des graines. » Une image qu’il utilise pour décrire la survie inattendue de l’information burundaise hors des frontières nationales.
Aujourd’hui, plus de 200 journalistes burundais vivent en exil. Ils sont dispersés en Europe, en Afrique et en Amérique du Nord. En Belgique seulement, près de la moitié des journalistes exilés seraient burundais, a-t-il précisé, soulignant l’ampleur d’un exil devenu structurel. Coupés de leurs familles, éloignés de leurs rédactions, ils continuent pourtant à travailler, souvent dans des conditions précaires.
Mais la répression ne se limite pas aux arrestations spectaculaires. Alexandre Niyungeko insiste sur un mécanisme plus insidieux : l’autocensure. « Le silence forcé est la forme la plus efficace de la censure », a-t-il rappelé, citant des journalistes contraints d’éviter certains sujets – corruption, gouvernance, forces de sécurité – parce qu’un article peut coûter la liberté ou la vie. Une rédaction où chaque mot est pesé, chaque phrase redoutée, devient, selon lui, le symptôme d’un journalisme étouffé.
À cela s’ajoutent les condamnations judiciaires. Il rappelle que plusieurs journalistes ont été condamnés à de lourdes peines de prison, parfois à perpétuité. Il cite le cas de la journaliste Sandra Muhoza, condamnée pour avoir partagé des informations jugées sensibles dans un groupe whatsap professionnel. « Quand un message devient un crime, c’est l’information elle-même qui est criminalisée », a-t-il déclaré.
Pour Alexandre Niyungeko, ces affaires ne sont ni accidentelles ni isolées. Elles relèvent d’une stratégie claire : transformer le journalisme en faute pénale. Criminaliser l’information indépendante revient, selon lui, à criminaliser la vérité.
Face à cette pression, l’exil apparaît comme une nécessité vitale. Jamais comme un choix. Il évoque des départs précipités, des menaces reçues après une enquête, des journalistes contraints de quitter leur pays en pleine nuit. « L’exil n’est pas une décision professionnelle, c’est une fuite pour rester vivant », a-t-il résumé.
Mais l’exil n’a pas réduit les journalistes burundais au silence. Bien au contraire. Depuis l’étranger, ils ont réinventé leurs pratiques. Radios numériques, plateformes sécurisées, collaborations internationales : de nouveaux espaces médiatiques ont émergé. Les journalistes contournent les blocages, maintiennent le lien avec les citoyens restés au pays et investissent les réseaux sociaux comme outils de diffusion et de solidarité. Des groupes de messagerie rassemblant des milliers de personnes deviennent des rédactions informelles.
Informer depuis l’exil, explique Alexandre Niyungeko, ce n’est plus seulement transmettre des faits. C’est documenter, archiver, préserver une mémoire collective. « Le journalisme est un acte de mémoire contre l’amnésie organisée », a-t-il insisté. Une mémoire indispensable à toute perspective de justice future.
Son propos dépasse ainsi le cadre strict de la profession. Lorsqu’un journaliste est réduit au silence, c’est le droit du citoyen à comprendre son propre pays qui disparaît. « Un citoyen mal informé n’est pas libre », a-t-il rappelé, citant Thomas Jefferson. Une démocratie privée d’une presse indépendante devient une façade, a-t-il averti.
Au terme de son intervention, Alexandre Niyungeko a livré une conclusion sans emphase, mais d’une grande clarté : tant qu’une voix continue de dire ce qui se passe, la liberté n’est pas morte. Exilés, dispersés, fragilisés, les journalistes burundais ont fait de la vérité leur ligne de front. Et c’est là, a-t-il conclu, que se joue encore l’avenir du droit à l’information au Burundi.
#FocodeMagazine | Gordien Niyungeko
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