JBG 🇫🇷@j_bg
La liberté d'expression ne cesse pas d'être un droit parce que quelqu'un a inventé un algorithme.
Soyons clairs sur ce que sont réellement les algorithmes : des mécanismes de distribution. C'est tout. Pendant des décennies, les rédacteurs en chef de la télévision ont décidé quel invité passait en prime time, les directeurs de journaux ont choisi quel article faisait la une, les producteurs radio ont sélectionné quelle voix prenait l'antenne. Personne n'a jamais qualifié la liberté d'expression de « connerie » parce qu'une chaîne de télévision avait des préférences éditoriales. L'idée que la curation algorithmique changerait la nature même du droit est soit profondément confuse, soit profondément cynique.
La liberté d'expression n'est pas un privilège que les gouvernements vous accordent quand ils approuvent la façon dont vos paroles circulent. Elle existe précisément parce que le pouvoir — politique, économique, technologique — a toujours la capacité de façonner ce que les gens voient, entendent et lisent. Ce n'est pas un défaut. C'est la raison pour laquelle le principe a été inventé.
Alors, faut-il exiger de la transparence sur la façon dont les algorithmes classent et amplifient les contenus ? Absolument. Faut-il insister sur la pluralité pour qu'aucune plateforme ne devienne l'unique gardien de l'accès à l'information ? Sans aucun doute. Mais ce sont des questions de plomberie — pas des questions sur l'eau. On répare les tuyaux. On ne déclare pas que l'eau est « de la pure connerie ».
Voici ce que l'histoire nous enseigne réellement. La plus grande menace pour la liberté d'expression n'est jamais venue d'une distribution imparfaite par des acteurs privés. Elle surgit au moment précis où les autorités politiques décident qu'elles ont le pouvoir de définir quelle parole est légitime, laquelle est nocive, laquelle est acceptable. Une fois cette ligne franchie, la frontière de l'expression permise cesse d'être déterminée par la loi et les tribunaux, et commence à se déplacer au gré de la doctrine administrative, de l'opportunisme politique et de l'idéologie qui se trouve au pouvoir.
C'est exactement ce qui se passe en Europe en ce moment. Et appeler cela « régulation » ne change rien à ce que c'est, une censure.
La liberté d'expression n'est pas un slogan. La liberté d'expression a toujours protégé le faible contre le fort, le citoyen contre l'Etat. C'est une contrainte sur le pouvoir. Et le fait que les moyens d'amplification aient changé est un argument pour l'appliquer avec plus de vigilance — pas pour l'abandonner d'un revers de main.