Brivael@brivael
C'est exactement la phrase qui résume tout le débat. Et elle mérite d'être développée parce qu'elle pose le bon cadre, celui que la France a oublié depuis 40 ans.
Il y a deux façons de réduire les inégalités. Le nivellement par le haut, et le nivellement par le bas. Ce sont deux philosophies opposées, et le choix entre les deux détermine la trajectoire d'un pays sur un siècle.
Le nivellement par le haut, c'est tirer les pauvres vers le haut. On accepte que des gens deviennent très riches, parce que leur richesse est créée, pas extraite. Et en créant cette richesse, ils créent des emplois, des produits, des infrastructures, des innovations qui élèvent le niveau de vie de tout le monde. Le pauvre d'aujourd'hui vit mieux que le bourgeois de 1900. Il a un smartphone, l'eau courante, l'électricité, l'accès aux soins, l'espérance de vie de 82 ans. Tout ça a été produit par des entrepreneurs qui sont devenus riches en le produisant.
Le nivellement par le bas, c'est l'inverse. On refuse que des gens deviennent très riches, par principe moral. Donc on taxe, on régule, on confisque. Le résultat n'est jamais que les pauvres deviennent riches. Le résultat est toujours que les riches partent ou ne se créent pas, et les pauvres restent pauvres. Mais l'écart se réduit, donc politiquement on peut dire qu'on a "réduit les inégalités". L'égalité dans la médiocrité partagée.
Le test empirique est imparable. Les États-Unis ont produit Bezos, Musk, Zuckerberg, Gates. Ils ont aussi un SMIC effectif, une fois converti en pouvoir d'achat, supérieur au nôtre. Le pauvre américain a une voiture, un grand frigo, et accès à des biens qu'un cadre français ne peut plus se payer. La Suisse, qui a refusé de taxer ses riches, a un salaire médian deux fois supérieur au nôtre. La France, qui a méthodiquement chassé ses riches depuis Mitterrand, a vu son pouvoir d'achat médian stagner pendant que celui de l'Allemagne, de la Suisse et des US explosait.
C'est ça le drame français. On ne s'est pas appauvri en chassant les riches. On a appauvri les pauvres en chassant les riches. Parce que les riches ne sont pas des oisifs assis sur un tas d'or. Ce sont des gens qui dirigent des entreprises, créent des emplois, paient des salaires, lèvent des capitaux, prennent des risques. Quand ils partent ou ne se créent pas, ce sont les emplois, les salaires et les capitaux qui partent avec eux.
Il faut vraiment intégrer ça : la richesse n'est pas un gâteau fixe qu'on se partage. C'est un gâteau qui grossit ou qui rétrécit selon les règles du jeu qu'on impose. En France on a passé 40 ans à punir ceux qui font grossir le gâteau, en se disant que ça ferait des plus grosses parts pour les autres. Résultat, le gâteau a rétréci pour tout le monde, sauf pour la classe des fonctionnaires d'État protégés du marché.
Et la dernière chose, qui devrait être enseignée à l'école. Pour qu'il y ait des moins pauvres, il faut qu'il y ait des plus riches. Ce n'est pas un slogan, c'est une identité comptable. Si vous voulez que le SMIC monte, il faut que la productivité monte. Si vous voulez que la productivité monte, il faut des entreprises qui investissent. Si vous voulez des entreprises qui investissent, il faut du capital. Si vous voulez du capital, il faut des gens qui ont accumulé des fortunes et qui acceptent de les risquer plutôt que de les planquer.
Tous les pays qui ont sorti leurs populations de la misère, sans exception, ont d'abord laissé émerger des riches. Coréens, Taïwanais, Singapouriens, Polonais, Chinois post-1978. Aucun pays n'a jamais enrichi ses pauvres en empêchant l'enrichissement de ses entrepreneurs. Aucun. Zéro. C'est l'expérience la plus massive de l'histoire des sciences sociales, et elle est sans appel.
Donc oui, qu'il y ait des gens riches ne devrait poser de problème à personne. Ce qui devrait poser problème, c'est de vivre dans un pays où on n'arrive plus à en produire.