Brivael Le Pogam

7.9K posts

Brivael Le Pogam banner
Brivael Le Pogam

Brivael Le Pogam

@brivael

Co-founder @argildotai (YC S24). 🇫🇷 voice on AI, Austrian econ & techno-optimism. 🟢 Strategy call & brand sponsorships👇

Paris Katılım Ocak 2025
483 Takip Edilen102.6K Takipçiler
Laurent
Laurent@L4UR3N7·
@Le_Bracq @brivael Se qui compte c'est la qualité de l'output. Le fond et la forme. Les autres questions sont futile.
Français
1
0
0
49
Brivael Le Pogam
Brivael Le Pogam@brivael·
Petit constat intéressant. J'ai que 24% de mon audience en français. J'ai fait quasi 100M de vues ces 2 derniers jours. Des centaines de threads pour rager. 100% de Français. Et des attaques de gens censés être dans le camp de la "liberté". Le logiciel socialiste est un virus qui infecte même ceux qui sont censés lutter contre. La France, le pays du jeu à somme nulle, le panier de crabes. Changez de mindset les gars, vous broyez du noir.
Brivael Le Pogam tweet media
Français
54
44
381
5.8K
Mathieu Cavada
Mathieu Cavada@MathieuCavada·
@brivael Dénoncer le nihilisme intellectuel en invoquant l'IA, triste exploit. La masculinité aux hommes, la féminité aux femmes et l'intelligence aux machines : le nouveau monde me fascine
Français
1
0
0
173
Brivael Le Pogam
Brivael Le Pogam@brivael·
Je veux présenter mes excuses, au nom des Français, pour avoir enfanté la French Theory (qui a enfanté la pire des merdes idéologiques : le wokisme). Nous avons donné au monde Descartes, Pascal, Tocqueville. Et puis, dans les ruines intellectuelles de l'après-68, nous avons donné Foucault, Derrida, Deleuze. Trois hommes brillants qui ont fabriqué, dans l'élégance de notre langue, l'arme idéologique qui paralyse aujourd'hui l'Occident. Il faut comprendre ce qu'ils ont fait. Foucault a enseigné que la vérité n'existe pas, qu'il n'y a que des rapports de pouvoir déguisés en savoir. Que la science, la raison, la justice, l'institution médicale, l'école, la prison, la sexualité, tout n'est qu'une mise en scène de la domination. Derrida a enseigné que les textes n'ont pas de sens stable, que tout signifiant glisse, que toute lecture est une trahison, que l'auteur est mort et que le lecteur règne. Deleuze a enseigné qu'il fallait préférer le rhizome à l'arbre, le nomade au sédentaire, le désir à la loi, le devenir à l'être, la différence à l'identité. Pris isolément, ce sont des thèses discutables. Combinées, exportées, vulgarisées, elles forment un système. Et ce système est un poison. Car voici ce qui s'est passé. Ces textes, illisibles en France, ont traversé l'Atlantique. Les départements de Yale, de Berkeley, de Columbia les ont absorbés dans les années 80. Ils y ont trouvé un terreau qui n'existait pas chez nous : le puritanisme américain, sa culpabilité raciale, son obsession identitaire. La French Theory s'est mariée à ce substrat, et l'enfant de ce mariage s'appelle le wokisme. Judith Butler lit Foucault et invente le genre performatif. Edward Said lit Foucault et invente le post-colonialisme académique. Kimberlé Crenshaw hérite du cadre et invente l'intersectionnalité. À chaque étape, la matrice est française : il n'y a pas de vérité, il n'y a que du pouvoir, donc toute hiérarchie est suspecte, toute institution est oppressive, toute norme est violence, toute identité est construite donc négociable, toute majorité est coupable. Voilà comment trois philosophes parisiens, qui n'ont probablement jamais imaginé leurs conséquences pratiques, ont fourni le logiciel d'exploitation à une génération entière d'activistes, de bureaucrates universitaires, de DRH, de journalistes, de législateurs. Voilà comment on a obtenu une civilisation qui ne sait plus dire si une femme est une femme, si sa propre histoire mérite d'être défendue, si le mérite existe, si la vérité se distingue de l'opinion. C'est de la merde pour une raison simple, et il faut la dire calmement. Une civilisation se tient debout sur trois piliers : la croyance qu'il existe une vérité accessible à la raison, la croyance qu'il existe un bien distinct du mal, la croyance qu'il existe un héritage à transmettre. La French Theory a entrepris de dynamiter les trois. Pas par méchanceté. Par jeu intellectuel, par fascination du soupçon, par haine de la bourgeoisie qui les avait nourris. Mais le résultat est là. Une génération entière a appris à déconstruire et n'a jamais appris à construire. Une génération entière sait soupçonner et ne sait plus admirer. Une génération entière voit le pouvoir partout et la beauté nulle part. Je m'excuse parce que nous, Français, avons une responsabilité particulière. C'est notre langue, nos universités, nos éditeurs, notre prestige qui ont donné à ce nihilisme son emballage chic. Sans la légitimité de la Sorbonne et de Vincennes, ces idées n'auraient jamais traversé l'océan. Nous avons exporté le doute comme d'autres exportent des armes. Ce qui se construit maintenant, en silicon valley, dans les labos d'IA, dans les startups, dans les ateliers, dans tous les lieux où des gens fabriquent encore des choses au lieu de les déconstruire, c'est la réponse. Une civilisation se reconstruit par les bâtisseurs, pas par les commentateurs. Par ceux qui croient que la vérité existe et qu'elle vaut qu'on s'y consacre. Par ceux qui assument une hiérarchie du beau, du vrai, du bon, et qui n'ont pas honte de la transmettre. Alors pardon. Et au travail.
Français
4K
20.5K
70.1K
54M
Outofnone
Outofnone@Outofnone1·
Dans la lignée de ce que vous disiez @SamuelFitouss10, le texte d'un auteur a souvent du poids parce qu'il est en relation avec l'expérience humaine et cognitive de celui qui l'écrit, et cela lui donne un poids indéniable. Les slops IA à la Brivael n'ont aucun poids, et sont juste des objets conceptuels qui flottent dans l'air. Des corps sans âme.
Brivael Le Pogam@brivael

Je me rappelle au lycée, j'avais une prof de français qui me répétait : « Rousseau, c'est mon auteur préféré. » À l'époque, j'étais complètement illettré, je n'avais pas lu un roman. Depuis, j'ai rattrapé un peu le retard. Et force est de constater : Rousseau est lui aussi un poison pour l'esprit français. Tu as raison de remonter à lui. Le geste fondateur est là. L'homme naît bon, c'est la société qui le corrompt. La propriété, la hiérarchie, la tradition, l'institution, tout ce qui structure une civilisation devient suspect. Le mal n'est plus dans l'homme, il est dans l'ordre. Donc il suffit de défaire l'ordre. De cette intuition découle tout le reste. La Terreur, qui croit pouvoir régénérer l'homme par le décret. Le socialisme utopique, qui croit pouvoir abolir l'égoïsme par l'organisation. Le wokisme, qui croit pouvoir purifier la société en démantelant ses normes. À chaque fois la même logique : l'homme est innocent, l'institution est coupable, donc il faut casser l'institution. C'est faux. L'homme n'est pas né bon. Il est né pulsionnel, ambivalent, capable du meilleur et du pire. Les institutions n'oppriment pas une nature angélique, elles canalisent une nature ambiguë. Détruire les institutions ne libère pas un bon sauvage, ça libère un homme livré à ses pires instincts. Foucault, Derrida, Deleuze n'ont fait que radicaliser Rousseau avec les outils du XXᵉ siècle. La matrice est la même : soupçon de toute autorité, dissolution de toute hiérarchie, fantasme d'un état originel pur que les structures auraient trahi. Donc oui, le péché originel commence avec lui. Et la France a une double dette : avoir donné Rousseau au XVIIIᵉ, et avoir donné la French Theory au XXᵉ. Deux fois le même poison, juste recombiné. Au travail.

Français
4
0
12
868
Brivael Le Pogam
Brivael Le Pogam@brivael·
Il faut le dire en français clair. Le philosophe officiel de la gauche française a passé trente ans à couvrir des États qui assassinaient et à signer des pétitions pour décriminaliser le viol d'enfants. Ce n'est pas une dérive tardive. Ce n'est pas un égarement d'un soir. C'est la trajectoire entière. Et cette trajectoire a été récompensée par les honneurs, les chaires, les éditions Gallimard, les funérailles nationales, et l'admiration de générations de professeurs qui continuent à le faire lire en terminale.
Brivael Le Pogam@brivael

Après la French Theory, il faut remonter d'une génération. Parce que la French Theory n'est pas tombée du ciel : elle a poussé sur un terrain défriché par deux hommes. Deux Français. Deux Prix Nobel. Deux destins opposés qui éclairent, mieux que mille manuels, ce que nous avons fait de bien et ce que nous avons fait de mal au XXe siècle. Sartre et Camus. Commençons par le second, parce qu'il mérite qu'on commence par lui. Albert Camus naît en 1913 dans une famille de pieds-noirs pauvres de Mondovi, en Algérie française. Son père meurt à la Marne quand il a moins d'un an. Sa mère, femme de ménage, est à demi sourde et quasi analphabète. Il grandit à Alger, dans deux pièces sans eau courante, avec sa grand-mère qui le bat. Il attrape la tuberculose à 17 ans, ce qui le poursuivra toute sa vie. Tout, dans son origine, lui ordonnait le ressentiment. Tout, dans sa vie, refuse le ressentiment. Il est boursier. Il est instituteur, puis journaliste à Alger Républicain où il écrit, dès 1939, des reportages sur la misère kabyle qui restent parmi les plus honnêtes jamais produits sur la condition coloniale. Il entre dans la Résistance, dirige Combat sous l'Occupation, écrit dans la clandestinité avec une corde autour du cou. Il publie L'Étranger en 1942, Le Mythe de Sisyphe la même année, La Peste en 1947, L'Homme révolté en 1951. Il reçoit le Nobel en 1957, à 44 ans, et dit qu'il aurait préféré le voir aller à Malraux. Il meurt en 1960 dans un accident de voiture stupide, sur une route de l'Yonne, à 46 ans, avec dans sa sacoche le manuscrit inachevé du Premier Homme, qui est peut-être le plus beau livre français du siècle. Voilà la vie. Maintenant, l'œuvre, en une phrase : Camus a passé sa vie à dire que rien n'autorise l'homme à tuer un autre homme au nom d'une idée. Rien. Pas la révolution, pas le sens de l'histoire, pas le bonheur futur de l'humanité, pas le tribunal du peuple, pas la nécessité dialectique. Rien. C'est cette phrase qui le perdra dans le Paris intellectuel d'après-guerre. Parce qu'à Saint-Germain-des-Prés, en 1951, dire cela c'était trahir. Trahir qui ? Le sens de l'histoire. Trahir quoi ? La cause. Et qui prononce l'excommunication ? Sartre. Passons à lui. Jean-Paul Sartre naît en 1905 dans une famille bourgeoise parisienne. Père officier de marine mort tôt, mère qui le ramène chez son grand-père Karl Schweitzer, germaniste réputé, oncle d'Albert. Il grandit dans une bibliothèque. Khâgne à Louis-le-Grand, École normale supérieure, agrégation de philosophie. Il enseigne au Havre, à Berlin, à Laon, à Paris. Il écrit La Nausée en 1938, L'Être et le Néant en 1943, et invente l'existentialisme parisien dans les caves de Saint-Germain. Il refuse le Nobel en 1964 — geste élégant, le seul peut-être de toute sa carrière publique. Il meurt en 1980. Cinquante mille personnes suivent son cercueil au Montparnasse. Et qu'a-t-il fait, entre ces deux dates, de l'intelligence prodigieuse qui lui avait été donnée ? Il a menti. Il a menti froidement, savamment, longuement, sur le siècle le plus meurtrier de l'histoire humaine. En 1954, Sartre fait son premier voyage en URSS. Il a 49 ans. Le Goulag est connu. Kravchenko a publié J'ai choisi la liberté en 1946. Le procès Kravchenko-Lettres françaises s'est tenu en 1949 à Paris, en public, et les survivants des camps soviétiques sont venus témoigner sous serment à la barre. Sartre sait. Tout le monde, à Paris, en 1954, sait. Pourtant il part. Il est reçu comme un prince par l'Union des écrivains soviétiques, hôtels, banquets, vodka, à tel point qu'il finit hospitalisé dix jours en coma éthylique. Il revient. Il accorde à Libération, en juillet 1954, une série d'entretiens. Il y déclare que le citoyen soviétique jouit d'une « entière liberté de critique », que la liberté d'expression y est plus réelle qu'en France. Cinq ans après le procès Kravchenko. Un an après la mort de Staline. Au moment même où les zeks remontent des camps par centaines de milliers et racontent. Ce n'est pas une erreur. C'est un mensonge. Un mensonge proféré par un homme qui sait, à un public qui ne sait pas encore, pour servir un État qui assassine. Et c'est ce mensonge-là qui définit Sartre, pas la phénoménologie. Il recommencera. En 1956, les chars soviétiques écrasent Budapest. Sartre prend ses distances pendant six ans. Puis il revient en URSS, onze voyages au total entre 1954 et 1966. En 1968, Prague. En 1973, Soljenitsyne publie L'Archipel du Goulag. Beauvoir, sa compagne, avait écrit dix ans plus tôt, en 1963, que les camps soviétiques étaient « vraiment des centres de rééducation » avec un « travail modéré », un « régime libéral », « des théâtres, des bibliothèques », et « des relations presque amicales entre les responsables et les détenus ». Voilà ce qu'écrivait sur le Goulag la femme qui sera ensuite canonisée féministe par l'Amérique woke. Sartre ne l'a jamais démentie. Puis vient le maoïsme. À 65 ans, le philosophe le plus célèbre de France se met à vendre La Cause du Peuple sur les Champs-Élysées. Il soutient les Khmers rouges naissants. Il bénit, depuis Paris, des régimes qui sont en train d'inventer le massacre de masse asiatique. Quand le Cambodge bascule en 1975 et que Pol Pot vide Phnom Penh en trois jours, il ne dit rien. Camus est mort depuis quinze ans. Mais Camus, lui, avait tout dit dès 1951. Et puis il y a la pétition. Le 26 janvier 1977, Le Monde publie une lettre ouverte adressée au Parlement français. Elle demande l'abrogation des articles du code pénal qui répriment les relations sexuelles entre adultes et enfants de moins de quinze ans. Le texte a été rédigé par l'écrivain Gabriel Matzneff, qui revendiquera la paternité du document en 2013 et ne reniera rien. La pétition soutient trois hommes en détention provisoire à Versailles, accusés d'avoir eu des relations sexuelles avec des enfants de 12 à 14 ans et de les avoir photographiés. Elle affirme que les enfants étaient « consentants », qu'ils n'ont subi « aucune violence », et elle conclut sur cette phrase : « Si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c'est pour quoi faire ? » Soixante-neuf signatures. Parmi elles : Aragon, Beauvoir, Barthes, Deleuze, Derrida, Dolto, Glucksmann, Guattari, Kouchner, Lang, Robbe-Grillet, Sollers. Et Sartre. Jean-Paul Sartre, 71 ans, philosophe de l'existence, prix Nobel refusé, conscience de la gauche française, a signé un texte demandant la dépénalisation des relations sexuelles avec des enfants de 12 ans. Foucault, à qui on l'a tant reproché, avait au moins refusé celle-ci, même s'il a signé d'autres textes du même esprit. Sartre, lui, a signé. Sans hésiter. Avec Beauvoir. Il faut le dire en français clair. Le philosophe officiel de la gauche française a passé trente ans à couvrir des États qui assassinaient et à signer des pétitions pour décriminaliser le viol d'enfants. Ce n'est pas une dérive tardive. Ce n'est pas un égarement d'un soir. C'est la trajectoire entière. Et cette trajectoire a été récompensée par les honneurs, les chaires, les éditions Gallimard, les funérailles nationales, et l'admiration de générations de professeurs qui continuent à le faire lire en terminale. Camus, lui, a été traité d'idiot. De moraliste. De réactionnaire. De « belle âme ». Quand il publie L'Homme révolté en 1951 et qu'il y démontre, avec une rigueur que personne n'a jamais réfutée, que le marxisme-léninisme est un nihilisme qui justifie le meurtre par l'histoire, Sartre confie la recension du livre à Francis Jeanson, qui exécute Camus sur vingt et une pages dans Les Temps modernes. Camus répond. Sartre rétorque dans une lettre publique d'une cruauté inouïe : « notre amitié n'était pas facile, mais je la regretterai ». Camus est traité de petit bourgeois pied-noir qui se permet de juger les forces de l'histoire. Tout Saint-Germain rit. Camus rentre chez lui. Il a raison sur tout, et il le sait, et personne ne veut l'entendre. Il continue. Il défend les ouvriers hongrois en 1956 quand Sartre se tait. Il refuse de choisir entre le terrorisme FLN et la torture française parce qu'il refuse, par principe, qu'on tue des civils dans un tramway à Alger. Il dit cette phrase à Stockholm en recevant le Nobel : « Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. » Phrase qui lui vaut, encore aujourd'hui, le mépris des gens qui n'ont jamais aimé personne d'autre qu'une abstraction. Il meurt à 46 ans. Sartre vit jusqu'à 74 ans, perclus, alcoolique, aveugle à la fin, signant tout ce que ses gardiens lui font signer. Le siècle a donné raison à Camus point par point. L'URSS s'est effondrée sous le poids de ses propres mensonges. Les Khmers rouges ont tué deux millions de Cambodgiens. Soljenitsyne avait raison. Kravchenko avait raison. Camus avait raison. Sartre s'est trompé sur tout ce qui comptait, et a aidé à couvrir, par le prestige de sa signature, tout ce qui méritait d'être combattu. Et pourtant, dans les programmes de terminale, dans les bibliographies universitaires, dans les hommages d'État, c'est Sartre qui reste le philosophe. Camus est rangé au rayon littérature, comme un romancier sympathique mais un peu mineur. Le tribunal des intellectuels parisiens, qui s'est trompé sur tout, n'a jamais révisé son jugement. Je m'excuse, donc, une seconde fois, au nom des Français. Pour avoir donné à Sartre l'autorité morale qu'il n'a jamais méritée. Pour avoir laissé Camus mourir presque seul, lâché par tous ceux qui auraient dû le défendre. Pour avoir transmis à trois générations l'idée qu'être de gauche c'était excuser les massacres pourvu qu'ils soient commis au bon nom. Pour avoir fait de la complaisance envers la pédophilie, en 1977, une signature de respectabilité intellectuelle. Il faut renverser le panthéon. Camus au centre, Sartre au sous-sol. Pas par esprit de revanche. Par hygiène. Une civilisation qui confond ces deux hommes ne peut pas se défendre. Pardon. Et au travail.

Français
3
14
63
2.9K
Lamsito
Lamsito@Lamsito_eth·
Voici ma théorie. @brivael n’est pas un génie. Et c’est justement pour ça que son cas est intéressant. Parce qu’il représente probablement l’une des meilleures démonstrations de ce que devient l’autorité intellectuelle à l’ère de l’IA, du scroll infini et de l’effondrement de l’attention. Avant, pour passer pour brillant, il fallait lire, comprendre, produire une pensée, tenir la contradiction, maîtriser un sujet dans la durée. Aujourd’hui, il suffit parfois de comprendre la forme que prend l’intelligence dans le feed. > Un ton posé. > Une cadence industrielle. > Quelques références bien choisies. > Des sujets sérieux survolés avec suffisamment d’assurance. > Une esthétique de builder. > Un peu de techno-optimisme. > Un peu de Hayek, Girard, Taleb, Nietzsche. > Un QRT d’Elon. Et soudain, une partie du public croit lire un penseur. Sauf que quand on gratte un peu, l’illusion se fissure assez vite. Quand il est sous IA, tout paraît propre. Les phrases sont lisses, les concepts s’enchaînent, la posture est maîtrisée, le vernis intellectuel tient debout. Quand il sort du script, c’est déjà autre chose. > Orthographe fragile. > Formulations bancales. > Confusions basiques. > Avis très affirmatifs sur des sujets qu’il ne semble maîtriser qu’en surface. > Cette manière de prendre une idée complexe, de la réduire en punchline LinkedIn-libertarienne, puis de la vendre comme une révélation civilisationnelle. C’est là que le phénomène devient drôle. Parce que ce n’est pas forcément un mec profondément smart. C’est peut-être juste un mec assez smart pour comprendre que les gens ne savent plus reconnaître ce qui est smart. Et ça, paradoxalement, c’est déjà une forme d’intelligence. Pas l’intelligence du chercheur. Pas l’intelligence du bâtisseur profond. Pas l’intelligence du mec qui a passé dix ans à maîtriser un sujet. Plutôt l’intelligence du marketer qui a compris le bug humain. Le bug, c’est que la majorité des gens ne juge pas la qualité d’une pensée. Ils jugent les signaux sociaux autour de la pensée. Kahneman appelait ça la fluidité cognitive : plus une idée est facile à consommer, plus elle paraît vraie. Bourdieu parlait de capital symbolique : dans certains milieux, parler avec les bons codes suffit déjà à produire de l’autorité. Girard expliquait que nos désirs et nos opinions sont mimétiques : si assez de gens donnent de la valeur à quelqu’un, d’autres vont mécaniquement lui en attribuer aussi. Maintenant, ajoute l’IA dans l’équation: > Tu peux analyser les tweets qui performent. > Repérer les structures qui déclenchent de l’engagement. > Étudier les QRT d’Elon pour reproduire > Copier les angles les plus viraux. > Demander à un modèle de produire 50 variations par jour. > Poster en boucle. > Mesurer. > Optimiser. > Recommencer. À ce stade, ce n’est plus vraiment de la pensée. C’est du growth hacking intellectuel. Et il faut lui reconnaître ça : il a compris la mécanique. Il a compris qu’en 2026, beaucoup de gens ne lisent plus. Ne vérifient plus. Ne sourcent plus. Ne comparent plus. Ne creusent plus. Ils consomment des postures. Donc si tu arrives avec la bonne posture, tu peux paraître beaucoup plus profond que tu ne l’es réellement. Tu n’as pas besoin d’être expert en économie. Tu dois parler comme quelqu’un qui a lu Hayek. Tu n’as pas besoin d’être sociologue. Tu dois placer Girard au bon moment. Tu n’as pas besoin d’être philosophe. Tu dois citer Nietzsche avec le ton d’un mec qui vient de débloquer une vérité interdite. Tu n’as pas besoin d’avoir construit un empire. Tu dois répéter “YC”, “AI”, “agents”, “top 5%”, “builders”, “civilisation”. Et le feed fait le reste. C’est ça qui est fascinant avec Brivael. Son principal fait d’armes public, pour l’instant, ce n’est pas d’avoir révolutionné l’IA, ni d’avoir construit une boîte iconique, ni d’avoir produit une pensée réellement originale. C’est d’avoir bien pitché YC, d’avoir compris Twitter, d’avoir été QRT par Elon, et d’avoir transformé tout ça en machine à statut. Très bien. Bravo. Mais ça ne fait pas automatiquement de lui un penseur, un expert macro, un philosophe politique, un économiste, un sociologue, un spécialiste du quantique, un oracle de l’IA et un prophète civilisationnel. Ça fait de lui un excellent cas d’école. Le cas d’un mec qui a compris avant beaucoup d’autres que le marché de l’attention ne récompense plus forcément l’intelligence. Il récompense la mise en scène de l’intelligence. Et dans un monde où le niveau moyen d’attention est au sol, où les gens confondent confiance et compétence, longueur et profondeur, vocabulaire et expertise, cadence et talent, ce genre de profil peut exploser très vite. Brivael n’est donc pas le sujet. Le vrai sujet, c’est nous. C’est le public. C’est la tech FR. C’est cette époque où il suffit d’avoir l’air de penser pour être traité comme quelqu’un qui pense. Il n’a peut-être pas prouvé qu’il était plus intelligent que les autres. Il a surtout prouvé qu’il avait compris à quel point il était facile de leur faire croire.
Lamsito tweet media
Français
54
16
110
15K
Brivael Le Pogam
Brivael Le Pogam@brivael·
Brivael Le Pogam@brivael

Après la French Theory, il faut remonter d'une génération. Parce que la French Theory n'est pas tombée du ciel : elle a poussé sur un terrain défriché par deux hommes. Deux Français. Deux Prix Nobel. Deux destins opposés qui éclairent, mieux que mille manuels, ce que nous avons fait de bien et ce que nous avons fait de mal au XXe siècle. Sartre et Camus. Commençons par le second, parce qu'il mérite qu'on commence par lui. Albert Camus naît en 1913 dans une famille de pieds-noirs pauvres de Mondovi, en Algérie française. Son père meurt à la Marne quand il a moins d'un an. Sa mère, femme de ménage, est à demi sourde et quasi analphabète. Il grandit à Alger, dans deux pièces sans eau courante, avec sa grand-mère qui le bat. Il attrape la tuberculose à 17 ans, ce qui le poursuivra toute sa vie. Tout, dans son origine, lui ordonnait le ressentiment. Tout, dans sa vie, refuse le ressentiment. Il est boursier. Il est instituteur, puis journaliste à Alger Républicain où il écrit, dès 1939, des reportages sur la misère kabyle qui restent parmi les plus honnêtes jamais produits sur la condition coloniale. Il entre dans la Résistance, dirige Combat sous l'Occupation, écrit dans la clandestinité avec une corde autour du cou. Il publie L'Étranger en 1942, Le Mythe de Sisyphe la même année, La Peste en 1947, L'Homme révolté en 1951. Il reçoit le Nobel en 1957, à 44 ans, et dit qu'il aurait préféré le voir aller à Malraux. Il meurt en 1960 dans un accident de voiture stupide, sur une route de l'Yonne, à 46 ans, avec dans sa sacoche le manuscrit inachevé du Premier Homme, qui est peut-être le plus beau livre français du siècle. Voilà la vie. Maintenant, l'œuvre, en une phrase : Camus a passé sa vie à dire que rien n'autorise l'homme à tuer un autre homme au nom d'une idée. Rien. Pas la révolution, pas le sens de l'histoire, pas le bonheur futur de l'humanité, pas le tribunal du peuple, pas la nécessité dialectique. Rien. C'est cette phrase qui le perdra dans le Paris intellectuel d'après-guerre. Parce qu'à Saint-Germain-des-Prés, en 1951, dire cela c'était trahir. Trahir qui ? Le sens de l'histoire. Trahir quoi ? La cause. Et qui prononce l'excommunication ? Sartre. Passons à lui. Jean-Paul Sartre naît en 1905 dans une famille bourgeoise parisienne. Père officier de marine mort tôt, mère qui le ramène chez son grand-père Karl Schweitzer, germaniste réputé, oncle d'Albert. Il grandit dans une bibliothèque. Khâgne à Louis-le-Grand, École normale supérieure, agrégation de philosophie. Il enseigne au Havre, à Berlin, à Laon, à Paris. Il écrit La Nausée en 1938, L'Être et le Néant en 1943, et invente l'existentialisme parisien dans les caves de Saint-Germain. Il refuse le Nobel en 1964 — geste élégant, le seul peut-être de toute sa carrière publique. Il meurt en 1980. Cinquante mille personnes suivent son cercueil au Montparnasse. Et qu'a-t-il fait, entre ces deux dates, de l'intelligence prodigieuse qui lui avait été donnée ? Il a menti. Il a menti froidement, savamment, longuement, sur le siècle le plus meurtrier de l'histoire humaine. En 1954, Sartre fait son premier voyage en URSS. Il a 49 ans. Le Goulag est connu. Kravchenko a publié J'ai choisi la liberté en 1946. Le procès Kravchenko-Lettres françaises s'est tenu en 1949 à Paris, en public, et les survivants des camps soviétiques sont venus témoigner sous serment à la barre. Sartre sait. Tout le monde, à Paris, en 1954, sait. Pourtant il part. Il est reçu comme un prince par l'Union des écrivains soviétiques, hôtels, banquets, vodka, à tel point qu'il finit hospitalisé dix jours en coma éthylique. Il revient. Il accorde à Libération, en juillet 1954, une série d'entretiens. Il y déclare que le citoyen soviétique jouit d'une « entière liberté de critique », que la liberté d'expression y est plus réelle qu'en France. Cinq ans après le procès Kravchenko. Un an après la mort de Staline. Au moment même où les zeks remontent des camps par centaines de milliers et racontent. Ce n'est pas une erreur. C'est un mensonge. Un mensonge proféré par un homme qui sait, à un public qui ne sait pas encore, pour servir un État qui assassine. Et c'est ce mensonge-là qui définit Sartre, pas la phénoménologie. Il recommencera. En 1956, les chars soviétiques écrasent Budapest. Sartre prend ses distances pendant six ans. Puis il revient en URSS, onze voyages au total entre 1954 et 1966. En 1968, Prague. En 1973, Soljenitsyne publie L'Archipel du Goulag. Beauvoir, sa compagne, avait écrit dix ans plus tôt, en 1963, que les camps soviétiques étaient « vraiment des centres de rééducation » avec un « travail modéré », un « régime libéral », « des théâtres, des bibliothèques », et « des relations presque amicales entre les responsables et les détenus ». Voilà ce qu'écrivait sur le Goulag la femme qui sera ensuite canonisée féministe par l'Amérique woke. Sartre ne l'a jamais démentie. Puis vient le maoïsme. À 65 ans, le philosophe le plus célèbre de France se met à vendre La Cause du Peuple sur les Champs-Élysées. Il soutient les Khmers rouges naissants. Il bénit, depuis Paris, des régimes qui sont en train d'inventer le massacre de masse asiatique. Quand le Cambodge bascule en 1975 et que Pol Pot vide Phnom Penh en trois jours, il ne dit rien. Camus est mort depuis quinze ans. Mais Camus, lui, avait tout dit dès 1951. Et puis il y a la pétition. Le 26 janvier 1977, Le Monde publie une lettre ouverte adressée au Parlement français. Elle demande l'abrogation des articles du code pénal qui répriment les relations sexuelles entre adultes et enfants de moins de quinze ans. Le texte a été rédigé par l'écrivain Gabriel Matzneff, qui revendiquera la paternité du document en 2013 et ne reniera rien. La pétition soutient trois hommes en détention provisoire à Versailles, accusés d'avoir eu des relations sexuelles avec des enfants de 12 à 14 ans et de les avoir photographiés. Elle affirme que les enfants étaient « consentants », qu'ils n'ont subi « aucune violence », et elle conclut sur cette phrase : « Si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c'est pour quoi faire ? » Soixante-neuf signatures. Parmi elles : Aragon, Beauvoir, Barthes, Deleuze, Derrida, Dolto, Glucksmann, Guattari, Kouchner, Lang, Robbe-Grillet, Sollers. Et Sartre. Jean-Paul Sartre, 71 ans, philosophe de l'existence, prix Nobel refusé, conscience de la gauche française, a signé un texte demandant la dépénalisation des relations sexuelles avec des enfants de 12 ans. Foucault, à qui on l'a tant reproché, avait au moins refusé celle-ci, même s'il a signé d'autres textes du même esprit. Sartre, lui, a signé. Sans hésiter. Avec Beauvoir. Il faut le dire en français clair. Le philosophe officiel de la gauche française a passé trente ans à couvrir des États qui assassinaient et à signer des pétitions pour décriminaliser le viol d'enfants. Ce n'est pas une dérive tardive. Ce n'est pas un égarement d'un soir. C'est la trajectoire entière. Et cette trajectoire a été récompensée par les honneurs, les chaires, les éditions Gallimard, les funérailles nationales, et l'admiration de générations de professeurs qui continuent à le faire lire en terminale. Camus, lui, a été traité d'idiot. De moraliste. De réactionnaire. De « belle âme ». Quand il publie L'Homme révolté en 1951 et qu'il y démontre, avec une rigueur que personne n'a jamais réfutée, que le marxisme-léninisme est un nihilisme qui justifie le meurtre par l'histoire, Sartre confie la recension du livre à Francis Jeanson, qui exécute Camus sur vingt et une pages dans Les Temps modernes. Camus répond. Sartre rétorque dans une lettre publique d'une cruauté inouïe : « notre amitié n'était pas facile, mais je la regretterai ». Camus est traité de petit bourgeois pied-noir qui se permet de juger les forces de l'histoire. Tout Saint-Germain rit. Camus rentre chez lui. Il a raison sur tout, et il le sait, et personne ne veut l'entendre. Il continue. Il défend les ouvriers hongrois en 1956 quand Sartre se tait. Il refuse de choisir entre le terrorisme FLN et la torture française parce qu'il refuse, par principe, qu'on tue des civils dans un tramway à Alger. Il dit cette phrase à Stockholm en recevant le Nobel : « Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. » Phrase qui lui vaut, encore aujourd'hui, le mépris des gens qui n'ont jamais aimé personne d'autre qu'une abstraction. Il meurt à 46 ans. Sartre vit jusqu'à 74 ans, perclus, alcoolique, aveugle à la fin, signant tout ce que ses gardiens lui font signer. Le siècle a donné raison à Camus point par point. L'URSS s'est effondrée sous le poids de ses propres mensonges. Les Khmers rouges ont tué deux millions de Cambodgiens. Soljenitsyne avait raison. Kravchenko avait raison. Camus avait raison. Sartre s'est trompé sur tout ce qui comptait, et a aidé à couvrir, par le prestige de sa signature, tout ce qui méritait d'être combattu. Et pourtant, dans les programmes de terminale, dans les bibliographies universitaires, dans les hommages d'État, c'est Sartre qui reste le philosophe. Camus est rangé au rayon littérature, comme un romancier sympathique mais un peu mineur. Le tribunal des intellectuels parisiens, qui s'est trompé sur tout, n'a jamais révisé son jugement. Je m'excuse, donc, une seconde fois, au nom des Français. Pour avoir donné à Sartre l'autorité morale qu'il n'a jamais méritée. Pour avoir laissé Camus mourir presque seul, lâché par tous ceux qui auraient dû le défendre. Pour avoir transmis à trois générations l'idée qu'être de gauche c'était excuser les massacres pourvu qu'ils soient commis au bon nom. Pour avoir fait de la complaisance envers la pédophilie, en 1977, une signature de respectabilité intellectuelle. Il faut renverser le panthéon. Camus au centre, Sartre au sous-sol. Pas par esprit de revanche. Par hygiène. Une civilisation qui confond ces deux hommes ne peut pas se défendre. Pardon. Et au travail.

ZXX
0
0
4
2K
Brivael Le Pogam
Brivael Le Pogam@brivael·
Après la French Theory, il faut remonter d'une génération. Parce que la French Theory n'est pas tombée du ciel : elle a poussé sur un terrain défriché par deux hommes. Deux Français. Deux Prix Nobel. Deux destins opposés qui éclairent, mieux que mille manuels, ce que nous avons fait de bien et ce que nous avons fait de mal au XXe siècle. Sartre et Camus. Commençons par le second, parce qu'il mérite qu'on commence par lui. Albert Camus naît en 1913 dans une famille de pieds-noirs pauvres de Mondovi, en Algérie française. Son père meurt à la Marne quand il a moins d'un an. Sa mère, femme de ménage, est à demi sourde et quasi analphabète. Il grandit à Alger, dans deux pièces sans eau courante, avec sa grand-mère qui le bat. Il attrape la tuberculose à 17 ans, ce qui le poursuivra toute sa vie. Tout, dans son origine, lui ordonnait le ressentiment. Tout, dans sa vie, refuse le ressentiment. Il est boursier. Il est instituteur, puis journaliste à Alger Républicain où il écrit, dès 1939, des reportages sur la misère kabyle qui restent parmi les plus honnêtes jamais produits sur la condition coloniale. Il entre dans la Résistance, dirige Combat sous l'Occupation, écrit dans la clandestinité avec une corde autour du cou. Il publie L'Étranger en 1942, Le Mythe de Sisyphe la même année, La Peste en 1947, L'Homme révolté en 1951. Il reçoit le Nobel en 1957, à 44 ans, et dit qu'il aurait préféré le voir aller à Malraux. Il meurt en 1960 dans un accident de voiture stupide, sur une route de l'Yonne, à 46 ans, avec dans sa sacoche le manuscrit inachevé du Premier Homme, qui est peut-être le plus beau livre français du siècle. Voilà la vie. Maintenant, l'œuvre, en une phrase : Camus a passé sa vie à dire que rien n'autorise l'homme à tuer un autre homme au nom d'une idée. Rien. Pas la révolution, pas le sens de l'histoire, pas le bonheur futur de l'humanité, pas le tribunal du peuple, pas la nécessité dialectique. Rien. C'est cette phrase qui le perdra dans le Paris intellectuel d'après-guerre. Parce qu'à Saint-Germain-des-Prés, en 1951, dire cela c'était trahir. Trahir qui ? Le sens de l'histoire. Trahir quoi ? La cause. Et qui prononce l'excommunication ? Sartre. Passons à lui. Jean-Paul Sartre naît en 1905 dans une famille bourgeoise parisienne. Père officier de marine mort tôt, mère qui le ramène chez son grand-père Karl Schweitzer, germaniste réputé, oncle d'Albert. Il grandit dans une bibliothèque. Khâgne à Louis-le-Grand, École normale supérieure, agrégation de philosophie. Il enseigne au Havre, à Berlin, à Laon, à Paris. Il écrit La Nausée en 1938, L'Être et le Néant en 1943, et invente l'existentialisme parisien dans les caves de Saint-Germain. Il refuse le Nobel en 1964 — geste élégant, le seul peut-être de toute sa carrière publique. Il meurt en 1980. Cinquante mille personnes suivent son cercueil au Montparnasse. Et qu'a-t-il fait, entre ces deux dates, de l'intelligence prodigieuse qui lui avait été donnée ? Il a menti. Il a menti froidement, savamment, longuement, sur le siècle le plus meurtrier de l'histoire humaine. En 1954, Sartre fait son premier voyage en URSS. Il a 49 ans. Le Goulag est connu. Kravchenko a publié J'ai choisi la liberté en 1946. Le procès Kravchenko-Lettres françaises s'est tenu en 1949 à Paris, en public, et les survivants des camps soviétiques sont venus témoigner sous serment à la barre. Sartre sait. Tout le monde, à Paris, en 1954, sait. Pourtant il part. Il est reçu comme un prince par l'Union des écrivains soviétiques, hôtels, banquets, vodka, à tel point qu'il finit hospitalisé dix jours en coma éthylique. Il revient. Il accorde à Libération, en juillet 1954, une série d'entretiens. Il y déclare que le citoyen soviétique jouit d'une « entière liberté de critique », que la liberté d'expression y est plus réelle qu'en France. Cinq ans après le procès Kravchenko. Un an après la mort de Staline. Au moment même où les zeks remontent des camps par centaines de milliers et racontent. Ce n'est pas une erreur. C'est un mensonge. Un mensonge proféré par un homme qui sait, à un public qui ne sait pas encore, pour servir un État qui assassine. Et c'est ce mensonge-là qui définit Sartre, pas la phénoménologie. Il recommencera. En 1956, les chars soviétiques écrasent Budapest. Sartre prend ses distances pendant six ans. Puis il revient en URSS, onze voyages au total entre 1954 et 1966. En 1968, Prague. En 1973, Soljenitsyne publie L'Archipel du Goulag. Beauvoir, sa compagne, avait écrit dix ans plus tôt, en 1963, que les camps soviétiques étaient « vraiment des centres de rééducation » avec un « travail modéré », un « régime libéral », « des théâtres, des bibliothèques », et « des relations presque amicales entre les responsables et les détenus ». Voilà ce qu'écrivait sur le Goulag la femme qui sera ensuite canonisée féministe par l'Amérique woke. Sartre ne l'a jamais démentie. Puis vient le maoïsme. À 65 ans, le philosophe le plus célèbre de France se met à vendre La Cause du Peuple sur les Champs-Élysées. Il soutient les Khmers rouges naissants. Il bénit, depuis Paris, des régimes qui sont en train d'inventer le massacre de masse asiatique. Quand le Cambodge bascule en 1975 et que Pol Pot vide Phnom Penh en trois jours, il ne dit rien. Camus est mort depuis quinze ans. Mais Camus, lui, avait tout dit dès 1951. Et puis il y a la pétition. Le 26 janvier 1977, Le Monde publie une lettre ouverte adressée au Parlement français. Elle demande l'abrogation des articles du code pénal qui répriment les relations sexuelles entre adultes et enfants de moins de quinze ans. Le texte a été rédigé par l'écrivain Gabriel Matzneff, qui revendiquera la paternité du document en 2013 et ne reniera rien. La pétition soutient trois hommes en détention provisoire à Versailles, accusés d'avoir eu des relations sexuelles avec des enfants de 12 à 14 ans et de les avoir photographiés. Elle affirme que les enfants étaient « consentants », qu'ils n'ont subi « aucune violence », et elle conclut sur cette phrase : « Si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c'est pour quoi faire ? » Soixante-neuf signatures. Parmi elles : Aragon, Beauvoir, Barthes, Deleuze, Derrida, Dolto, Glucksmann, Guattari, Kouchner, Lang, Robbe-Grillet, Sollers. Et Sartre. Jean-Paul Sartre, 71 ans, philosophe de l'existence, prix Nobel refusé, conscience de la gauche française, a signé un texte demandant la dépénalisation des relations sexuelles avec des enfants de 12 ans. Foucault, à qui on l'a tant reproché, avait au moins refusé celle-ci, même s'il a signé d'autres textes du même esprit. Sartre, lui, a signé. Sans hésiter. Avec Beauvoir. Il faut le dire en français clair. Le philosophe officiel de la gauche française a passé trente ans à couvrir des États qui assassinaient et à signer des pétitions pour décriminaliser le viol d'enfants. Ce n'est pas une dérive tardive. Ce n'est pas un égarement d'un soir. C'est la trajectoire entière. Et cette trajectoire a été récompensée par les honneurs, les chaires, les éditions Gallimard, les funérailles nationales, et l'admiration de générations de professeurs qui continuent à le faire lire en terminale. Camus, lui, a été traité d'idiot. De moraliste. De réactionnaire. De « belle âme ». Quand il publie L'Homme révolté en 1951 et qu'il y démontre, avec une rigueur que personne n'a jamais réfutée, que le marxisme-léninisme est un nihilisme qui justifie le meurtre par l'histoire, Sartre confie la recension du livre à Francis Jeanson, qui exécute Camus sur vingt et une pages dans Les Temps modernes. Camus répond. Sartre rétorque dans une lettre publique d'une cruauté inouïe : « notre amitié n'était pas facile, mais je la regretterai ». Camus est traité de petit bourgeois pied-noir qui se permet de juger les forces de l'histoire. Tout Saint-Germain rit. Camus rentre chez lui. Il a raison sur tout, et il le sait, et personne ne veut l'entendre. Il continue. Il défend les ouvriers hongrois en 1956 quand Sartre se tait. Il refuse de choisir entre le terrorisme FLN et la torture française parce qu'il refuse, par principe, qu'on tue des civils dans un tramway à Alger. Il dit cette phrase à Stockholm en recevant le Nobel : « Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. » Phrase qui lui vaut, encore aujourd'hui, le mépris des gens qui n'ont jamais aimé personne d'autre qu'une abstraction. Il meurt à 46 ans. Sartre vit jusqu'à 74 ans, perclus, alcoolique, aveugle à la fin, signant tout ce que ses gardiens lui font signer. Le siècle a donné raison à Camus point par point. L'URSS s'est effondrée sous le poids de ses propres mensonges. Les Khmers rouges ont tué deux millions de Cambodgiens. Soljenitsyne avait raison. Kravchenko avait raison. Camus avait raison. Sartre s'est trompé sur tout ce qui comptait, et a aidé à couvrir, par le prestige de sa signature, tout ce qui méritait d'être combattu. Et pourtant, dans les programmes de terminale, dans les bibliographies universitaires, dans les hommages d'État, c'est Sartre qui reste le philosophe. Camus est rangé au rayon littérature, comme un romancier sympathique mais un peu mineur. Le tribunal des intellectuels parisiens, qui s'est trompé sur tout, n'a jamais révisé son jugement. Je m'excuse, donc, une seconde fois, au nom des Français. Pour avoir donné à Sartre l'autorité morale qu'il n'a jamais méritée. Pour avoir laissé Camus mourir presque seul, lâché par tous ceux qui auraient dû le défendre. Pour avoir transmis à trois générations l'idée qu'être de gauche c'était excuser les massacres pourvu qu'ils soient commis au bon nom. Pour avoir fait de la complaisance envers la pédophilie, en 1977, une signature de respectabilité intellectuelle. Il faut renverser le panthéon. Camus au centre, Sartre au sous-sol. Pas par esprit de revanche. Par hygiène. Une civilisation qui confond ces deux hommes ne peut pas se défendre. Pardon. Et au travail.
Brivael Le Pogam@brivael

Je veux présenter mes excuses, au nom des Français, pour avoir enfanté la French Theory (qui a enfanté la pire des merdes idéologiques : le wokisme). Nous avons donné au monde Descartes, Pascal, Tocqueville. Et puis, dans les ruines intellectuelles de l'après-68, nous avons donné Foucault, Derrida, Deleuze. Trois hommes brillants qui ont fabriqué, dans l'élégance de notre langue, l'arme idéologique qui paralyse aujourd'hui l'Occident. Il faut comprendre ce qu'ils ont fait. Foucault a enseigné que la vérité n'existe pas, qu'il n'y a que des rapports de pouvoir déguisés en savoir. Que la science, la raison, la justice, l'institution médicale, l'école, la prison, la sexualité, tout n'est qu'une mise en scène de la domination. Derrida a enseigné que les textes n'ont pas de sens stable, que tout signifiant glisse, que toute lecture est une trahison, que l'auteur est mort et que le lecteur règne. Deleuze a enseigné qu'il fallait préférer le rhizome à l'arbre, le nomade au sédentaire, le désir à la loi, le devenir à l'être, la différence à l'identité. Pris isolément, ce sont des thèses discutables. Combinées, exportées, vulgarisées, elles forment un système. Et ce système est un poison. Car voici ce qui s'est passé. Ces textes, illisibles en France, ont traversé l'Atlantique. Les départements de Yale, de Berkeley, de Columbia les ont absorbés dans les années 80. Ils y ont trouvé un terreau qui n'existait pas chez nous : le puritanisme américain, sa culpabilité raciale, son obsession identitaire. La French Theory s'est mariée à ce substrat, et l'enfant de ce mariage s'appelle le wokisme. Judith Butler lit Foucault et invente le genre performatif. Edward Said lit Foucault et invente le post-colonialisme académique. Kimberlé Crenshaw hérite du cadre et invente l'intersectionnalité. À chaque étape, la matrice est française : il n'y a pas de vérité, il n'y a que du pouvoir, donc toute hiérarchie est suspecte, toute institution est oppressive, toute norme est violence, toute identité est construite donc négociable, toute majorité est coupable. Voilà comment trois philosophes parisiens, qui n'ont probablement jamais imaginé leurs conséquences pratiques, ont fourni le logiciel d'exploitation à une génération entière d'activistes, de bureaucrates universitaires, de DRH, de journalistes, de législateurs. Voilà comment on a obtenu une civilisation qui ne sait plus dire si une femme est une femme, si sa propre histoire mérite d'être défendue, si le mérite existe, si la vérité se distingue de l'opinion. C'est de la merde pour une raison simple, et il faut la dire calmement. Une civilisation se tient debout sur trois piliers : la croyance qu'il existe une vérité accessible à la raison, la croyance qu'il existe un bien distinct du mal, la croyance qu'il existe un héritage à transmettre. La French Theory a entrepris de dynamiter les trois. Pas par méchanceté. Par jeu intellectuel, par fascination du soupçon, par haine de la bourgeoisie qui les avait nourris. Mais le résultat est là. Une génération entière a appris à déconstruire et n'a jamais appris à construire. Une génération entière sait soupçonner et ne sait plus admirer. Une génération entière voit le pouvoir partout et la beauté nulle part. Je m'excuse parce que nous, Français, avons une responsabilité particulière. C'est notre langue, nos universités, nos éditeurs, notre prestige qui ont donné à ce nihilisme son emballage chic. Sans la légitimité de la Sorbonne et de Vincennes, ces idées n'auraient jamais traversé l'océan. Nous avons exporté le doute comme d'autres exportent des armes. Ce qui se construit maintenant, en silicon valley, dans les labos d'IA, dans les startups, dans les ateliers, dans tous les lieux où des gens fabriquent encore des choses au lieu de les déconstruire, c'est la réponse. Une civilisation se reconstruit par les bâtisseurs, pas par les commentateurs. Par ceux qui croient que la vérité existe et qu'elle vaut qu'on s'y consacre. Par ceux qui assument une hiérarchie du beau, du vrai, du bon, et qui n'ont pas honte de la transmettre. Alors pardon. Et au travail.

Français
15
40
133
10.1K
Jon Root
Jon Root@JonnyRoot_·
Just watched 60 Minutes ft. “The Odyssey” dir. Christopher Nolan He’s so meticulous & cares a lot about his legacy. That’s why it’s mind-blowing he’s race-swapping characters, bowing down to the DEI agenda, & dumbing down dialogue. He’s better than this
English
522
143
4.7K
403.8K
Brivael Le Pogam retweetledi
Sarah Knafo
Sarah Knafo@knafo_sarah·
Vous êtes partis. Vous êtes Français, mais vous vivez désormais à l'étranger. Pour vos études, pour le travail, pour l'amour, pour votre sécurité ou celle de votre famille, pour mille raisons. Et vous aviez de bonnes raisons. Mais soyons honnêtes : il y a une autre raison, celle qu'on dit moins. Vous êtes partis parce que la France ne vous offrait plus ce qu'elle aurait dû vous offrir. Un avenir, une stabilité, une fierté. Vous avez trouvé une fiscalité qui respecte votre travail, une économie qui récompense l'effort, des institutions qui fonctionnent. Et pourtant, malgré tout ce qui ne va plus chez nous, la France vous manque...
Français
94
511
1.6K
29.7K
Brivael Le Pogam
Brivael Le Pogam@brivael·
Si tu es brillant. Et tu veux devenir un bon builder. Apply à @ycombinator. C’est le meilleur endroit sur Terre. Une machine à laver le marécage intellectuel francophone de l’entre-soi hors-sol.
Brivael Le Pogam@brivael

Petit ajout pour les intellectuels français qui lisent ce thread. Si tout ce que t'as produit dans ta vie, c'est des concepts, tu vas te faire bouffer. Je sais, c'est une blessure narcissique profonde. Mais tout n'est jamais perdu : tu peux toujours t'en sortir en apprenant ce qui compte vraiment. Pourquoi ? Parce que jusqu'à maintenant, les builders n'avaient pas le temps de construire des concepts. Trop occupés à livrer. Tu avais donc un monopole confortable sur l'abstraction. Ce monopole vient de tomber. L'IA donne aux builders le levier intellectuel qui leur manquait. Eux ont déjà le levier d'exécution. Toi tu n'as que l'abstraction et l'abstraction seule ne produit rien. Prenons un cas en France, @dr_l_alexandre . S'il est aussi successful, c'est pas parce qu'il pense bien. C'est l'intersection Doctissimo × chirurgien × énarque × penseur. Doctissimo = le builder (il a construit et vendu une boîte). Chirurgien = l'expert technique (un monopole de compétence dure, vérifiable, qui prend 15 ans à acquérir). Énarque = l'accès au réseau et aux codes du pouvoir français. Penseur = la couche d'abstraction qui rend le tout audible. Les quatre seuls, personne. Les quatre empilés, Laurent Alexandre. Quatre monopoles de compétence qui se renforcent. Le penseur seul n'aurait jamais percé. Steve Jobs disait : "the doers are the major thinkers." Ceux qui font finissent par penser mieux que ceux qui ne font que penser, parce que le réel corrige en permanence leurs modèles. Conseil de fin pour les penseurs purs : si tu veux avoir un avenir, va apprendre des compétences de builder et connecte-les à ta capacité d'abstraction. Sinon tu vas finir comme un commentateur de match dans un stade vide. PS : oui je dis builder et je continuerai. "Constructeur" c'est lame as fuck.

Français
1
1
14
2.2K
WeWonWeb
WeWonWeb@wewonweb·
@brivael C'est la touche "soustraction" qui est restée coincé je crois 😂 Faut souffler sur les piles, avant ça marchait bien ça !
Français
1
0
1
44
Brivael Le Pogam
Brivael Le Pogam@brivael·
Je pourrais donner 1 million à chaque français, et il me resterait encore 307 millions !
GRM@grm_off

@brivael Je pense que tu devrais redistribuer tes revenus au nom de la lutte contre les inégalités. Notamment à tous ceux qui n'utilisent pas l'IA.

Français
2
1
16
2.7K
Brivael Le Pogam
Brivael Le Pogam@brivael·
@Le_Bracq J’ai rien contre ça évidemment ;) Je suis pour une liberté d’expression absolue. Mon constat est macro, pas micro ;)
Français
0
0
2
355
Le Bracq Partiel Era 🎓
Je fais parti sûrement des « attaques de gens cens’es être dans le camp de la liberté » et je ne pense pas, et pareillement pour les développement argumentés que j’ai pu lire à ce sujet, que le but a été de rabaisser/empêcher ta réussite. Mais la question de la production de l’IA est de manière naturelle au cœur du débat vu que c’est littéralement ce que l’on risque de consommer massivement dans les prochaines années. Nous avons le droit d’émettre des critiques ou des aprioris sur cela.
Français
2
0
5
474