
Christophe Daunique
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Christophe Daunique
@CDaunique
Consultant en stratégie et transformation, spécialisé dans le secteur public Sujet du moment : réforme du modèle fiscalo-social français, notamment retraites









Ce soir, je pousse un énorme coup de gueule contre une posture intellectuelle que je trouve insupportable dans le débat sur les retraites. J'assume de cibler en particulier deux économistes dont j'ai vu passer les échanges depuis hier @dav_cayla et @FrancoisGeerolf. Je vais être très cash, votre posture intellectuelle actuelle est franchement stérile voire médiocre car vous méprisez tous ceux qui essaient de proposer quelque chose pour régler le problème des retraites sans rien proposer en face. Vous passez votre temps à dire que : - la capitalisation ne peut pas marcher - c'est irréaliste politiquement - les transitions proposées sont délirantes - les gens sont allumés - on ne peut pas faire payer deux fois les actifs On n'a pas besoin d'un énième expert qui joue les arbitres désabusés pour nous dire que c'est foutu et que rien n'est possible. Ce n'est pas que j'attends d'un économiste. C'est d'autant plus frustrant que contrairement à d'autres économistes qui ne voient pas le problème lié au financement des retraites, j'ai l'impression que vous êtes en bien conscient. Je note en particulier que François Geerolf a bien proposé une désindexation des pensions à l'époque. Donc très sincèrement et sans aucune ironie, que proposez-vous concrètement ? Je ne partage probablement ni vos orientations économiques ni vos orientations politiques mais moi je serais intéressé de savoir comment vous envisagez les choses, sous réserve que votre objectif soit bien de rendre le financement des retraites plus soutenable. David Cayla, vous dites qu'on n'a pas besoin de l'usine à gaz du passage à la capitalisation pour diminuer le poids des retraites dans le PIB. Très bien donc vous faites comment ? Qu'est-ce qui vous empêche aujourd'hui de proposer des réformes, au moins à grands traits, comme peuvent le faire @sc_cath ou @smnjc ? En plus, il y a un point très important sur lequel je vous rejoins. Oui, la plupart des transitions proposées politiquement sont bancales. Oui, beaucoup de responsables politiques, notamment à droite, racontent des histoires. Oui, beaucoup veulent introduire de la capitalisation sans assumer le coût réel de transition. Nous sommes d'accord et je suppose que vous savez également qu'il n'y aura aucune transition réellement indolore au vu de l'ampleur des problèmes actuels de financement. La question est donc de savoir qui devra faire des efforts et l'attitude collectivement responsable que nous devrions avoir est d'en prendre acte comme des adultes, au lieu de se voiler la face, et de trouver un compromis satisfaisant sachant qu'il n'y aura pas de solution parfaite. Moi par exemple, j'assume totalement de faire contribuer significativement les retraités en dégradant leur niveau de vie mais je demande aussi des efforts aux actifs pour qu'ils travaillent plus longtemps. Quelqu'un d'autre peut très bien vouloir mettre le curseur ailleurs et préserver davantage les retraités. Ca se débat tant que ça règle de le problème du financement. Et franchement, arrêtez d'utiliser le caractère politiquement difficile des réformes comme si c’était une impossibilité technique. Bien entendu que la baisse des pensions ne sera pas accueillie avec bonheur par la population mais c'est trop facile d'introduire un verrou politique dans l'équation que vous présentez ensuite comme une contrainte quasi physique qui rend la transition impossible. A l'heure actuelle, il n'y a RIEN de réaliste politiquement de toute manière. Même la désindexation dont vous parlez ne passe pas. Maintenant, vous pouvez continuer à geindre dans votre coin en traitant tous les partisans de la capitalisations d'allumés ou vous pouvez faire quelque chose de constructif et contribuer au débat avec un angle différent. Montrez donc que vous pouvez être plus malin que le politique de base. Ce n'est pas votre job de proposer quelque chose de politiquement réaliste et ce n'est pas le mien non plus. Maintenant si vous pensez avoir une proposition politiquement réaliste, je suis tout ouïe et je pense qu'il y en a beaucoup dans ce réseau qui seront intéressés également.






Les détails intragénérationnels sont pour l’essentiel une diversion. Ils absorbent une part disproportionnée du débat relativement aux déséquilibres intergénérationnels. Dans le privé, la distinction entre les régimes généraux et complémentaires est une fiction technocratique. Il s’agit de deux blocs d’un même pilier par répartition : vous pourriez très bien transférer des points de cotisation d’un régime à l’autre pour que celui qui dispose de réserves soit celui qui porte les dettes. Les deux sont alimentés par la même assiette contributive. Quant à la distinction public/privé, elle n’a pas beaucoup de sens non plus, car les déséquilibres démographiques des régimes de la fonction publique sont causés par des pertes de cotisants au profit des régimes du privé, via les changements de périmètre de l’État (privatisation de France Télécom, de La Poste) ou le remplacement de fonctionnaires par des agents publics sous contrat de droit privé. Ce qui creuse en partie le déficit du public contribue ainsi à équilibrer le solde du privé. Le principal scandale intragénérationnel, ce sont les régimes spéciaux. Mais, à l’échelle de l’ensemble du système, cela ne pèse pas si lourd. En revanche, le fait que les cohortes retraitées soient globalement parties trois ans plus tôt que dans le reste de l’OCDE, avec des pensions légèrement plus élevées, représente autour de 100 milliards d’euros par an de coût supplémentaire pour les actifs et/ou la dette publique — pour les seules pensions. Davantage encore si l’on prend en compte l’ensemble des implications fiscales de cette inactivité précoce.



Franchement, il n'y a plus rien à attendre au niveau intellectuel du PS @partisocialiste lorsque ses députés annonce une commission d’enquête sur l’augmentation de la pauvreté, en ciblant notamment les personnes âgées. C'est un énième exemple de la nullité abyssale de ce parti aujourd'hui après : - leurs erreurs économiques majeures (retraite à 60 ans, 35 heures...) - leur programme économique récent totalement hors-sol On se fiche de savoir que le taux de pauvreté des plus âgés a crû de 3,4 points et que ce soit la tranche d'âge avec la plus forte augmentation. C'est la pauvreté dans son ensemble qui pose problème dans un pays avec une activité économique atone car on matraque les actifs avec des prélèvements trop élevés. En plus, je rappelle qu'il y a un mois, la DREES a publié une étude qui disait que le passage à la retraite faisait BAISSER le taux de pauvreté, et que le niveau de vie était globalement maintenu avec un taux de remplacement médian de 91 %. Il faut être sérieux deux minutes, le modèle social français protège déjà massivement les retraités via la retraite par répartition. Le vrai sujet est le financement de cette retraite par les actifs via ce que j'ai appelé une extraction intergénérationnelle qui permet de garantir un niveau de vie élevé à une partie de la population en ponctionnant lourdement les revenus de la parti qui travaille. C'est franchement stupide de s'intéresser à la pauvreté des plus âgés alors que le vrai sujet est celui des actifs pauvres, notamment les plus jeunes, qui n'arrivent pas à trouver un travail ou qui n'arrivent à boucler leurs fins de mois car ils se sacrifient pour les plus âgés. Si le PS pouvait pour une fois être intelligent et se rendre utile, ses députés travailleraient sur des vrais sujets, soit les actifs pauvres, soit les travailleurs âgés en s'intéressant à des questions structurantes comme : - pourquoi les travailleurs seniors sortent du marché du travail - pourquoi ils sont difficilement réemployables - comment on organise la transition de l'emploi vers la retraite Et surtout, ils aborderaient le sujet rigoureusement avec une vraie clé de lecture économique et ils ne sortiraient pas des usines à gaz autour de la pénibilité pour complexifier encore une fois le problème. On a besoin d'une refonte globale de notre modèle fiscalo-social, il peut y avoir une version plutôt de gauche et progressive mais le PS continue à faire preuve d'amateurisme. Ce parti est vraiment devenu le meilleur allié des inactifs improductifs et il s'enfonce chaque jour davantage dans ses réflexes de gauchisme économique sans être capable de voir correctement le réel.










Je suis 100 % aligné avec Sylvain Catherine @sc_cath sur ce tweet et je serais même beaucoup plus direct. Il y en a marre des demi-habiles comme @pascalperri qui font de l'intragénérationnel et qui dissèquent en permanence les régimes de retraite pour éviter de regarder le problème global. C'est toujours la même opposition entre : - public vs privé - régime général vs complémentaire - régimes spéciaux et le reste - régime excédentaire ou déficitaire C'est une opposition stérile qui cache la vraie question qui est simple : est-ce que le financement global de notre système de retraite par répartition est soutenable économiquement ? La réponse est clairement NON : - les retraités sont très nombreux - ils vivent plus longtemps à la retraite - en plus les retraites sont globalement trop généreuses - il y a proportionnellement moins d’actifs pour les financer par rapport à avant Ce qui était soutenable économiquement avant ne l'est plus. Le vrai problème de notre système de retraite est un problème de DEPENSES à cause d'une extraction intergénérationnelle massive des seniors qui refusent toujours de faire des efforts pour modérer ce qu'ils demandent comme transferts. Comme le dit Sylvain, on se moque même de savoir que le système soit déficitaire ou non. Il n'y aucun moyen d'équilibrer le système à l'heure actuelle sans affaiblir l'appareil productif car ça impliquerait un coin fiscalo-social encore plus massif qui détruirait encore plus les incitations des actifs et qui renchérirait le coût du travail. C'est donc un bien un problème global du système et non un problème spécifique d'un régime. Pour autant, cela ne veut pas dire que les déséquilibres intragénérationnels n’existent pas. Oui, certains régimes spéciaux ont bénéficié de conditions plus favorables. Oui, certaines pensions ont été plus généreuses relativement aux cotisations réellement versées. En revanche, c'est naïf de croire qu'agir sur ces régimes suffirait à rééquilibrer le système. Je serais le premier le proposer si c'était le cas mais il n'y a pas 8 millions de retraités concernés dans ces régimes spéciaux. Leur impact sur la soutenabilité globale reste minoritaire à l'échelle du système. Cela justifie en revanche des efforts différenciés et probablement plus importants des retraités concernés. C'est d'ailleurs ce que je propose quand je parle de méthodes possibles pour réduire les pensions. La conclusion logique de tout ce raisonnement est que si c'est un problème de dépenses, il faut trouver le moyen de les réduire. Je suis d'ailleurs plutôt aligné avec l'ordre de grandeur de 100 Md€ que Sylvain évoque que je trouve cohérent même si idéalement, j'irais plus loin. Pour ce faire, il n'y a pas 36 solutions et comme je le dis régulièrement, les efforts doivent être partagés : - il faut que les actifs travaillent plus longtemps et partent plus tard à la retraite car l'inactivité coûte au-delà de la retraite et car il faut aussi que la France redevienne un pays de production - il faut réduire les pensions d'une manière ou d'une autre Enfin, il faut aussi arrêter avec un autre raisonnement simpliste, typique de la pensée boomer, où il suffit d’avoir plus d’activité et plus d’actifs. Le problème est précisément que le mode de financement actuel pénalise déjà lui-même l’activité. On ne peut pas augmenter les recettes avec le niveau de financement actuel car l'appareil productif ne suivra pas. Il faut d'abord diminuer ce niveau de financement pour que l'appareil productif se rétablisse.

La France est-elle une gérontocratie comme le dit M. Villeroy de Galhau, @banquedefrance ? Certains régimes de retraite sont excédentaires. Les réserves @AgircArrco sont de 90 Mds, alors que les 3 régimes publics sont déficitaires de 51 Mds! La vérité se cache dans les détails.




D’accord avec @AdeMontchalin⤵️ « Il me semble essentiel de remettre dans ce débat, non pas des opinions ni même des propositions mais bien un point de départ factuel commun. Et ce, afin de disposer d'une photographie lisible, exploitable permettant de guider une action publique »








