Mo Alani@_so_bored
J’ai fait de bonnes études. Une bonne école d’ingénieur.
Et je me souviens qu’on pensait être une élite.
Et on se le disait entre nous.
Dans l’imaginaire collectif, être ingénieur c’est élitiste. C’est la garantie d’avoir une belle vie. La garantie de ne pas galérer financièrement.
Eh bah.
On était bien cons quand même.
Le schéma classique c’est ça :
D’élite de la nation à consultant en transformation digitale dans une ESN, vendu à des entreprises pour se faire fouetter en open space pour 2 700€ net.
Tu te mets en couple avec une autre snob, Product Owner dans une boîte du CAC40.
Tu paies ton appart de 32,5m² près de la Défense 1 600€. Tu fais des brunchs à 40€ le dimanche avec d’autres snobs qui croient encore à leur rêve élitiste. Vous parlez de votre prochain voyage à Bali en sirotant votre flat white.
Tu es épuisé mentalement de tout ce bullshit. Tu parles encore de ton diplôme de fou et tu rêves d’être manager dans ton 9h-17h où en vrai tu bosses 1h30 par jour.
Et puis tu te retrouves à 35 ans devant cette réalisation : t’as un crédit sur 25 ans pour un appart dégueulasse qui suffit même pas à ta petite famille.
Et surtout, tu te rends compte que tes 5 ans d’école d’ingé à te bourrer la gueule tous les soirs ne t’ont pas donné le niveau de vie que t’espérais.
Donc t’es frustré.
Tu t’intéresses à la politique parce que le système est cassé.
Bah oui. C’est la faute des autres.
Tu vois les entrepreneurs à côté qui bossent dur et… échouent. Ça te satisfait. Ils avaient qu’à suivre le schéma classique, quelle bande de cons d’anticonformistes.
Et ceux qui arrivent à sortir beaucoup de revenu ? Mouais, ça peut pas être honnête. Sûrement des arnaqueurs, des influvoleurs ou des vendeurs de formations.
Toi t’es une élite, t’as un cerveau qui est fait différemment. Tu te dis que toi tu vas lancer un projet révolutionnaire. Que toi tu peux lancer un truc et que tu vas leur montrer à ces entrepreneurs de pacotille.
T’as bossé comme consultant en transfo digitale chez SNCF pendant 15 ans quand même. Ton titre LinkedIn est impressionnant.
Tu as une idée de fou : lancer le Netflix du théâtre. C’est génial ! En plus le théâtre, toi, tu aimes ça. T’as toujours rêvé de faire ce que tu aimes.
Tu te fais financer par des fonds publics pendant 2 ans pour construire ça. Tu te fais incuber à Paris et tu passes tes journées en chaussettes pour vivre « l’esprit start-up ». Tu postes des photos LinkedIn de ton équipe devant un tableau blanc avec des post-it.
Évidemment ça rate. Mais c’est de la faute des gens, ils sont pas assez éduqués sur le théâtre.
Tu retournes dans ta boîte. T’es grincheux. T’as été bloqué par un système beaucoup trop injuste. Mais tu souris à ton manager et tu fais semblant de bosser.
Tu crées tes propres règles. Tu bloques des process. Ça appuie ton importance dans la boîte. Personne te vire parce que personne comprend ce que tu fais.
Puis c’est la retraite. Ah merde, l’État te lâche 1 400€ par mois. Toi qui pensais finir tes jours dans une villa au soleil, tu fais tes courses le samedi à 9h en grognant contre Macron.
Bossez dur, apportez de la valeur dans ce que vous faites. Le diplôme ça vous pousse. Ça fait pas tout.